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Élections dans le Massachusetts : Markey devrait écraser son rival centriste

Le sénateur sortant de 80 ans, critique d'Israël, affronte mardi un rival plus modéré de 33 ans son cadet lors de la primaire démocrate, qu'il est pressenti pour remporter.

Le sénateur Ed Markey prend la parole lors d'un événement de campagne, le 29 août 2026 à Boston. (AP Photo/Mark Stockwell)
Le sénateur Ed Markey prend la parole lors d'un événement de campagne, le 29 août 2026 à Boston. (AP Photo/Mark Stockwell)

JTA — Le sénateur sortant du Massachusetts et critique d’Israël, Ed Markey, 80 ans, devrait facilement l’emporter sur le Représentant plus modéré Seth Moulton, 47 ans, ce mardi, lors des primaires démocrates pour le Sénat du Massachusetts.

Bien que les sondages prévoient que Markey, une figure du courant progressiste, conserve son siège, la campagne a été serrée entre l’ancienne et la nouvelle garde. Pourtant, contrairement à de nombreuses primaires récentes, le candidat le plus jeune est, dans ce cas, le plus centriste des deux.

Si les chiffres actuels se maintiennent, Markey pourrait passer d’une avance à un chiffre sur Moulton, il y a deux mois, à une victoire écrasante avec 30 points d’écart.

Le sénateur sortant a récemment « creusé l’écart », le sondage Bay State de l’Université du New Hampshire prévoyant une victoire de 63 % contre 28 %. Il s’agit d’un changement spectaculaire par rapport au mois de juin, lorsque le sondage estimait l’écart à 41 % contre 35 %. Depuis lors, selon Bay State, Moulton a perdu le soutien des modérés tandis que Markey a consolidé l’appui des socialistes et des progressistes.

L’Université du Massachusetts Amherst a formulé des prédictions similaires, plaçant Markey loin devant son concurrent, à 60 % contre 32 %. Emerson College Polling a pour sa part montré une avance comparable pour Markey, le sortant étant crédité de 60 % contre 33 % pour Moulton.

« En fin de compte, l’une des raisons de l’effondrement de Moulton est qu’il n’avait pas d’autre argument à faire valoir que ‘je suis plus jeune qu’Ed Markey’ », explique à la Jewish Telegraphic Agency Jeff Robbins, avocat de Boston et ex-conseiller au Sénat.

« Il n’a pas réussi à le camoufler », ajoute Robbins, qui a par ailleurs été délégué auprès de la Commission des droits humains des Nations unies du temps de l’ex-président américain Bill Clinton. Il a aussi organisé des manifestations en soutien à Israël en 2012, lorsqu’il présidait le bureau Nouvelle-Angleterre de l’Anti-Defamation League.

Markey siège à la Chambre des Représentants des États-Unis depuis 50 ans, et a occupé ce poste jusqu’à son élection au Sénat en 2013. Durant son passage à la Chambre, il a été membre du Congressional Progressive Caucus, et au Sénat, il a voté en faveur de multiples résolutions visant à réduire l’aide militaire et les ventes de munitions à Israël.

Moulton, quant à lui, est né deux ans après l’arrivée de Markey au Capitole. Il siège à la Chambre des Représentants des États-Unis depuis 2015 et s’est montré critique envers l’agenda socialiste démocrate ainsi qu’envers l’establishment vieillissant, appelant à « une nouvelle énergie, de nouvelles idées et des dirigeants prêts à faire passer les gens avant la politique ».

Il a créé le Serve America PAC en 2017 pour soutenir les campagnes de « vétérans militaires, d’autres candidats axés sur le service public et de dirigeants de la prochaine génération » lors du cycle électoral de 2020. Le Boston Globe a récemment apporté son soutien à Moulton, appelant à « une vision et une vigueur nouvelles » au sein d’un « Parti Démocrate vieillissant, en souffrance et très impopulaire ».

Pourtant, un article récent du New York Times décrit Moulton comme un « rebelle sans cause », qui « s’est laissé porter là où il pensait que les vents politiques soufflaient ». L’un de ces changements de cap concerne sa rupture avec l’American Israel Public Affairs Committee (AIPAC) en octobre dernier, lorsqu’il a annoncé qu’il « restituait les dons de l’AIPAC et refusait d’accepter tout don ou soutien de leur part ».

Le Représentant américain Seth Moulton, en campagne pour succéder au sénateur Ed Markey, s’adresse à de potentiels électeurs le 29 août 2026 à Wakefield, dans le Massachusetts. (AP Photo/Josh Reynolds)

« Ces dernières années, l’AIPAC s’est trop aligné sur le gouvernement du Premier ministre Netanyahu », a déclaré Moulton. « Je suis un ami d’Israël, mais pas de son gouvernement actuel. »

Track AIPAC, un groupe qui documente les dépenses politiques des lobbies pro-israéliens, a déclaré en réponse que « le fait de restituer l’argent du sang de l’AIPAC était une bonne chose, même si c’était un peu tard ». Le groupe a exigé que Moulton qualifie la guerre à Gaza de génocide et « cesse de signer des chèques en blanc » au « régime tyrannique » d’Israël.

Citant les registres de la Federal Election Commission, Track AIPAC a constaté que les PAC pro-israéliens avaient dépensé près de 101 500 dollars pour Moulton lors de sa carrière — un montant relativement modeste pour un élu effectuant son sixième mandat à la Chambre.

« Il est prudent, si vous briguez l’investiture du Parti démocrate, de prendre vigoureusement vos distances avec Israël », estime Robbins.

Il dit que cette situation est « le reflet de la réalité que nous avons eu devant les yeux ces douze derniers mois », avec des candidats Démocrates qui ont « pris leurs jambes à leur cou en ce qui concerne l’AIPAC, qui fait désormais figure de repoussoir ».

Non seulement la décision de Moulton n’a pas suffi à rallier les détracteurs de l’AIPAC, mais de surcroit elle a ébranlé de nombreux membres de la communauté juive.

A l’époque, le politologue Samuel Abrams a parlé du « moment où un Démocrate ambitieux du courant dominant s’est aperçu qu’en prenant ses distances avec la communauté juive organisée, il s’ajoutait un atout politique, et non un fardeau ».

« Dans l’écosystème Démocrate d’aujourd’hui, le fait de rejeter les institutions juives traditionnelles est un gage de crédibilité progressiste », écrit Abrams, chercheur sénior à l’American Enterprise Institute, un think tank de centre droit spécialisé dans les politiques publiques.

Photo d’illustration : Des manifestants pro-palestiniens et anti-Israël se rassemblent devant le siège de l’AIPAC et les bureaux des sénateurs Chuck Schumer et Kirsten Gillibrand, tous deux soutenus par le groupe, à New York, le 22 février 2024. (Selcuk Acar/Anadolu via Getty Images/ via JTA)

Selon David Frum, rédacteur pour The Atlantic et ex-plume de l’ancien président George W. Bush, Moulton « ouvre un tout petit peu la porte au sentiment anti-juif ». En d’autres termes, Moulton cherche à gagner les primaires en prenant un peu d’« énergie à la Mamdani », explique Frum, en parlant du populaire maire progressiste de la ville de New York, Zohran Mamdani.

« Si vous voulez une chance d’être élu lors d’une primaire Démocrate, dans ce pays, vous avez intérêt à dire : ‘Je n’accepte pas d’argent de l’AIPAC. En fait, je n’en avais jamais entendu parler auparavant’ », explique Robbins, avant d’ajouter que les 30 points de retard de Moulton dans les sondages n’ont rien à voir avec Israël mais tout avec la finesse politique de son rival et son refus de laisser quiconque « le doubler par la gauche ».

Markey n’en est pas à son coup d’essai pour évincer un candidat plus jeune du centre gauche. En 2020, à l’agence de 74 ans, il a battu le Représentant Joe Kennedy III, alors âgé de 39 ans — ce qui a été la toute première défaite d’un membre de la famille Kennedy à une élection dans le Massachusetts, selon le Cook Political Report.

Si les sondages actuels se révèlent exacts, la course de mardi pourrait « refléter l’approche victorieuse de Markey en 2020, consistant à ‘atteindre le sommet tardivement’ », explique Spencer Kimball, directeur exécutif d’Emerson College Polling, dans un communiqué.

« Les jeunes électeurs semblent plus enclins que les plus âgés à soutenir Markey, ce qui suggère que la campagne n’a pas créé la fracture générationnelle à laquelle Moulton s’attendait peut-être. »

S’agissant des relations de Moulton avec les Juifs américains, il dénonce depuis longtemps les actes antisémites et a voté en faveur de résolutions sur l’antisémitisme. Il a également condamné Claudine Gay, ex-présidente de son université, Harvard, lorsqu’elle a refusé de déclarer que le fait d’appeler au génocide des Juifs était contraire au code de conduite de l’établissement.

Avant son rejet des fonds de l’AIPAC, la position de Moulton sur Israël était relativement équilibrée, comportant des messages constants sur le droit d’Israël à se défendre, aux côtés de critiques sur les opérations militaires du pays à Gaza et d’appels à l’intensification de l’aide humanitaire.

Les objections de Moulton sont restées bien en deçà de la position de Markey, qui a varié entre l’exigence d’un arrêt des ventes d’armes et l’accusation de crimes de guerre.

Le Représentant Seth Moulton parle avec le commandant du Corps des Marines, le général David H. Berger, avant le début de l’audition de la commission des services armés de la Chambre sur la demande de budget du département de la Marine pour l’année fiscale 2024, au Capitole à Washington, le 28 avril 2023. (AP Photo/Carolyn Kaster)

Markey a bien condamné le pogrom commis par le Hamas, le 7 octobre 2023 en Israël, qu’il a qualifié de terrorisme, continuant à déplorer cette « journée sombre » et « odieuse » dans une déclaration, deux ans plus tard. Dans cette même déclaration, il a également souligné que « plus de 65 000 Palestiniens avaient perdu la vie dans la brutalité de la guerre à Gaza », appelant « à stopper les effusions de sang ».

Le Sénateur n’a pas toujours désapprouvé Israël.

« Pendant longtemps, il a été au coude à coude avec la communauté juive », explique à la JTA Barry Shrage, professeur à l’Université Brandeis et ex-président de la Combined Jewish Philanthropies of Greater Boston.

En fait, Shrage et Robbins ont rappelé dans une récente chronique du Boston Herald que lors d’un conflit entre le Hamas et Israël, en novembre 2012, Markey leur avait demandé de l’aider à organiser un rassemblement pro-Israël. L’événement, ont-ils écrit, était « empreint de la prise de conscience qu’Israël était entouré d’acteurs étatiques et non étatiques qui voulaient l’anéantir ».

Moins de deux ans plus tard, la tendance s’était inversée. Après avoir remporté une élection partielle en 2013 pour effectuer le reste du mandat de John Kerry au Sénat, Markey a ensuite fait face à une élection générale en 2014 pour un mandat complet au Sénat. Cet été-là, les roquettes du Hamas ont à nouveau plu sur Israël, et l’armée a riposté aux attaques, comme elle l’avait fait en novembre 2012.

Robbins rappelle que lorsque ses collègues et lui ont décidé d’organiser une nouvelle manifestation en soutien à Israël, ils ont contacté Markey.

« Il s’est dérobé. Il a esquivé. Il n’a pas rappelé. N’a pas répondu aux e-mails », se rappelle Robbins. « Il avait compris qu’il n’était plus dans son intérêt d’avoir quoi que ce soit à voir avec Israël. »

Shrage est du même avis, ajoutant qu’« il s’est avéré que c’était, du moins d’un point de vue politique sinon d’un point de vue moral, la bonne solution ».

Le sénateur Ed Markey, accompagné d’autres membres du Congrès, s’adresse à la foule lors d’un rassemblement contre Elon Musk devant le Département du Trésor à Washington, le 4 février 2025. (AP Photo/Jose Luis Magana)

« Ce n’est pas une surprise que Markey prenne ses distances avec Israël de toutes les manières possibles », ajoute-t-il.

Pour ce qui est du futur, Shrage espère un virement de situation sur Israël au sein du Parti Démocrate, par exemple si le vainqueur d’une récente primaire progressiste venait à perdre face à un Républicain aux élections générales. Parmi les exemples possibles pourraient figurer les candidats au Sénat Angie Nixon en Floride ou Abdul El-Sayed dans le Michigan.

Bien que Robbins ait convenu qu’une défaite d’El-Sayed pourrait donner une légère impulsion aux partisans Démocrates d’Israël, il est pessimiste quant-à la capacité à long terme d’inverser l’hostilité du parti envers l’État juif.

« Le seul facteur déclencheur concevable pour un recul de cette tendance serait un massacre d’Israéliens si terrible que même la gauche devrait concéder qu’Israël avait le droit de faire ce qu’il a fait », souligne Robbins.

« Le problème, c’est que cela a déjà eu lieu », conclut-il.

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