Israël réactive ses bunkers dans l’Est du pays pour contrer les menaces d’Iran
Tirant les leçons du 7-Octobre, l'armée renforce sa frontière avec la Jordanie pour lutter contre le trafic d'armes et les drones sous influence iranienne
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GESHER ADAM, Cisjordanie — Le 24 août dernier, dans la soirée, les forces de l’ordre israéliennes reçoivent des informations indiquant qu’un trafic d’armes entre la Jordanie et la Cisjordanie allait avoir lieu dans les heures suivantes.
Dans le but de piéger les trafiquants, policiers et soldats israéliens prennent position, à couvert, non loin d’un pont désaffecté du nom de Gesher Adam, ou pont Damiyah, dans le nord de Jéricho, qui enjambait autrefois le Jourdain. Pendant ce temps, d’autres membres des forces de l’ordre inspectent la zone avec le soutien de l’armée de l’air israélienne et d’autres systèmes de surveillance.
Au lever du jour, les soldats du 47e bataillon mixte d’infanterie légère « Lions de la Vallée », qui ont passé la nuit à surveiller la zone frontalière, repèrent deux suspects et se lancent à leur poursuite.
Les contrebandiers – deux Palestiniens originaires de Jéricho âgés d’une vingtaine d’années – sont capturés et interrogés par les policiers venus au contact des militaires. Ensuite, les trafiquants présumés conduisent les forces de l’ordre vers un sac caché dans les environs, destiné à être récupéré plus tard, lequel renferme 10 armes à feu.
Le trafic d’armes est un problème constant pour Israël, tout du long de sa vaste et perméable frontière avec la Jordanie, à l’Est. Contrairement aux autres frontières d’Israël — avec l’Égypte, le Liban et la Syrie —, la frontière avec la Jordanie est en grande partie ouverte, à l’exception d’un grillage, et la surveillance y est limitée, ce qui en fait un lieu facile pour des trafics à grande échelle.
Selon les estimations de l’armée israélienne, une grande partie du trafic d’armes entre la Jordanie et la Cisjordanie via Israël est orchestrée par l’Iran. En 2024, des responsables avaient déclaré au New York Times que l’Iran tentait de « noyer » le territoire sous les armes dans le but de « fomenter des troubles » contre Israël.
Il y a de cela près de quatre ans, je relatais les mesures prises par Israël pour contrecarrer le trafic d’armes à la frontière. En retournant à la frontière le mois dernier, le Times of Israel s’est vu expliquer par un officier de Tsahal que si les tentatives de contrebande n’ont guère changé depuis, l’armée, elle, a évolué.
Lors de la guerre de juin 2025 contre l’Iran, la toute nouvelle 96e division régionale de l’armée israélienne, surnommée Gilad, a, en 48 heures, parachevé sa formation rapide, alors même que son déploiement était prévu pour le 1er août de cette même année.
Jusque-là, la partie nord de la vallée du Jourdain, y compris certaines parties de la Cisjordanie, était tenue par une seule brigade. Avec l’arrivée d’une division complète, non seulement y a-t-il eu davantage de militaires, mais aussi des officiers plus gradés et plus de ressources pour assurer la surveillance de cette région frontalière escarpée.
Depuis son déploiement, la 96e division a étendu sa zone de couverture vers le sud jusqu’à la mer Morte et devrait, à terme, assurer la surveillance de la totalité de la frontière, du point où se joignent les frontières entre Israël, la Jordanie et la Syrie jusqu’à l’extrême sud, avec le renfort de la brigade régionale Yoav, qui fait actuellement partie de la 80e division « Edom ».
A l’occasion d’une visite, le mois dernier, dans un poste militaire proche de Gesher Adam, le chef des opérations de la division a déclaré au Times of Israel que le déploiement de la 96e division s’était traduite par une nette amélioration de l’interception des tentatives de contrebande d’armes.
« Auparavant, nous ne voyions pas nécessairement tout. Avec cette division, la montée en puissance de nos capacités et l’apport de nouveaux outils, nous pouvons désormais voir et stopper les trafics », explique l’officier, dont l’identité doit être tenue secrète, comme l’exige le protocole militaire.
« Je crois que les choses ont changé depuis que la division est là, que ce soit au niveau de la quantité d’armes saisies ou celui de notre capacité à déjouer les tentatives », ajoute-t-il.
Les leçons du 7-Octobre
L’une des premières décisions du chef de division, le général de brigade Oren Simcha, lorsqu’il a pris la responsabilité de la frontière, a été de rétablir 45 postes militaires abandonnés depuis longtemps le long des berges du fleuve Jourdain, qui est la véritable frontière.
En 1994, la signature de l’accord de paix entre Israël et la Jordanie s’est traduite par l’abandon des postes frontaliers fortifiés construits des dizaines d’années plus tôt au profit de bases à la fois plus grandes et légèrement en retrait de la frontière, avec des patrouilles le long de la frontière.
En juin 2025, lorsque les militaires sont retournés dans ces avant-postes abandonnés, ils y ont trouvé de la « terre, de la poussière et des immondices […] jusqu’à la hauteur des genoux », rappelle le responsable des opérations. « Personne n’y était allé depuis longtemps, et la plupart des gens ignoraient même leur existence. »
Les militaires passent des jours à déblayer la terre, nettoyer et repeindre ces postes situés le long de la frontière, avant d’y installer l’électricité, de faire venir du ravitaillement et de nouveaux systèmes de surveillance.
L’une des principales leçons tactiques tirées par l’armée suite au pogrom des terroristes du Hamas originaires de la bande de Gaza, le 7 octobre 2023, est qu’une simple barrière ne suffit pas à défendre une frontière. Il faut des militaires tout du long de la frontière.
Par exemple, la base militaire de Nahal Oz, située à quelques centaines de mètres de la frontière avec Gaza, n’avait pas été construite comme un avant-poste fortifié. La base ne disposait que de très peu d’infrastructures défensives et ses postes de garde, face à la bande de Gaza, n’étaient que rarement occupés, ce qui a permis aux terroristes du Hamas de la submerger rapidement.
Malgré des dizaines d’années de calme le long de la frontière et une bonne coordination entre les armées israélienne et jordanienne, l’armée israélienne se prépare au pire. Elle estime en effet qu’en cas d’attaque majeure venue de l’Est, les bases existantes, en retrait de la frontière, ne suffiront pas.
Pour autant, l’armée ne stationne pas à titre permanent ses soldats au sein de ces avant-postes réhabilités.
Lorsque le Times of Israel a visité les bunkers, positions de combat et tranchées de la position fortifiée nouvellement équipée, près de Gesher Adam, il n’y avait pas de militaires, à l’exception d’un unique poste de garde. Les soldats passent la majeure partie de leur temps dans une base « moderne » toute proche. Et en cas d’urgence, ils ont pour consigne de se rendre au plus vite sur le site fortifié pour défendre la frontière, explique le responsable des opérations.
Au-delà de la remise en état de ces 45 postes, Israël modernise par ailleurs deux tronçons – de 40 kilomètres – de sa barrière vieillissante, le long de la frontière jordanienne, à plusieurs centaines de mètres de la frontière réelle — le fleuve.
Le premier tronçon relie les sources chaudes de Hamat Gader, à l’extrémité sud du plateau du Golan, à la ville de Yardena : le second relie le point de passage de la vallée du Jourdain-Cisjordanie à l’implantation de Yafit. Le jour de la venue du Times of Israel, le second tronçon était en cours de finalisation.
En revenant du poste frontalier en suivant la nouvelle barrière, le responsable des opérations reçoit un appel téléphonique du quartier général l’informant d’une attaque de drones dans la zone d’opérations de la division.
Selon l’armée, les deux drones ne viennent pas de la Jordanie ni des Jordaniens, mais plus probablement de milices pro-iraniennes installées en Irak.
Les deux drones sont abattus au-dessus de la mer Morte.
« La frontière jordanienne est une frontière paisible », conclut l’officier. « Nous surveillons tout particulièrement ce qui vient de plus loin. »
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