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Interview

« Fauda » : le compositeur canalise le traumatisme du 7-Octobre dans la saison 5

Les huit épisodes arrivent sur Netflix avec la musique de Gilad Benamram, réécrite pour refléter le paysage émotionnel d'Israël après le pogrom

Jessica Steinberg est responsable notre rubrique « Culture & Art de vivre »

Le compositeur Gilad Benamram travaille sur la musique de la cinquième et dernière saison de 'Fauda', diffusée sur Netflix depuis le 8 septembre 2026 (Autorisation)
Le compositeur Gilad Benamram travaille sur la musique de la cinquième et dernière saison de 'Fauda', diffusée sur Netflix depuis le 8 septembre 2026 (Autorisation)

Que ce soit dans son intrigue ou sa bande originale émouvante, la cinquième saison de « Fauda » est radicalement marquée par le pogrom commis par le Hamas le 7 octobre 2023 dans le sud d’Israël.

La musique, composée par Gilad Benamram et interprétée par la chanteuse Marina Maximilian, est une sorte d’écho des trois années traumatisantes qui viennent de s’écouler, avec des titres tels que « Like a Dream », « Pray », « Dance Again », « Ten Seven », « I Will Wait for You » et « Never Forget ».

La nouvelle saison, sortie ce mardi sur Netflix, a été entièrement réécrite par les créateurs Avi Issacharoff et Lior Raz suite au pogrom et à la guerre entre Israël et le Hamas dans la bande de Gaza. Sans surprise, le scénario a subi l’influence de ce qu’ont vécu les auteurs, acteurs et membres de l’équipe de tournage.

Les derniers épisodes s’inspirent directement des événements du 7 octobre 2023, au cours desquels des milliers de terroristes menés par le Hamas ont envahi le sud d’Israël pour y massacrer plus de 1 200 personnes, principalement des civils, et en enlevant 251 vers la bande de Gaza.

Gilad Benamram, l’auteur de la musique des cinq saisons de « Fauda », explique au Times of Israel qu’il était pleinement conscient de composer cette nouvelle bande originale dans un monde irrévocablement façonné par ces tragédies.

« Je savais déjà pour quoi j’écrivais ; j’étais sur le plateau et nous composions autour du traumatisme, de la colère, de la tristesse, de tous ces sentiments nés ce jour-là et qui persistent aujourd’hui encore », explique Benamram, qui a également signé la musique d’autres séries, dont « Suspicion », sur Apple TV+ en 2022.

La saison a été diffusée en avant-première en Israël sur le réseau Yes le 18 mai dernier et y a fait le meilleur score de toute l’histoire de la chaîne.

L’acteur Idan Amedi, présent dans les saisons 2, 3 et 4, et qui devait initialement figurer dans la première version de la saison 5, a été grièvement blessé lors d’une explosion alors qu’il servait comme réserviste dans le corps du génie militaire à Gaza, en janvier 2024.

L’auteur-compositeur-interprète, acteur et réserviste israélien Idan Amedi lors d’une conférence de presse à sa sortie du centre hospitalier Sheba à Ramat Gan, le 25 janvier 2024. (Miriam Alster/Flash90)

Idan Amedi soit aujourd’hui rétabli mais il ne joue pas dans cette nouvelle saison.

Par ailleurs, un membre de longue date de l’équipe technique de « Fauda », Matan Meir, a été tué par l’explosion d’un explosif à l’entrée d’un tunnel, près d’une mosquée à Beit Hanoun, dans le nord de la bande de Gaza, en décembre 2023, alors qu’il servait dans les réservistes de l’armée israélienne. Le premier épisode de la saison lui est dédié.

La majeure partie de cette nouvelle version se déroule deux ans après le 7-octobre, évoquant la vie après le choc et le traumatisme de l’attaque du Hamas.

Filmé dans le sud d’Israël et à Budapest, ce cinquième volet aborde également la montée de l’opposition à la guerre et du sentiment anti-israélien partout dans le monde.

Selon Benamram, l’équipe de production a très fortement ressenti que la situation en Israël était perçue à l’étranger de manière « déformée ».

« C’est très agaçant, et cet agacement est passé dans l’écriture », souligne-t-il.

Une grande partie de la saison tourne autour d’une mélodie principale, une ligne mélodique dissonante et colérique qui « semble ne jamais finir », ajoute Benamram. « C’est la mélodie que j’ai écrite : elle contient presque toutes ces émotions. »

« C’est la matrice de toutes les mélodies que l’on entend dans « Fauda » ; elle concentre tout », poursuit Benamram. « La musique amène progressivement le spectateur vers le jour du 7-octobre, et à ce moment-là, une simple nuance suffit à raviver toutes les émotions. »

C’est Marina Maximilian, qui a travaillé avec des survivants du 7-Octobre et d’ex-otages dans le cadre de plusieurs projets — dont le récent concert de l’ex-otage Sagui Dekel-Chen, au kibboutz Nir Oz, en août dernier —, qui interprète le morceau « Ten Seven ».

L’ex-otage Sagui Dekel-Chen et la chanteuse Marina Maximilian interprètent des chansons composées durant sa captivité, au kibboutz Nir Oz, le 10 août 2026. (Orit Pnini)

« Elle apporte une puissance particulière qui est la pierre angulaire de l’ensemble », souligne Benamram, qui a également travaillé avec les producteurs de musique électronique israéliens Guy Mantzur, Tamir Regev, Yuvèe et Chicola pour cette nouvelle saison.

Là où la musique des premières saisons mêlait sonorités occidentales et arabes, la bande-son évolue, cette saison, pour refléter l’esprit du temps en Israël, ajoute Benamram.

« Il n’y avait pas moyen d’y échapper ; je vis avec cette tristesse qui est désormais empreinte en chacun de nous », confie le compositeur.

Benamram est également revenu sur son parcours personnel, ces trois dernières années. Pour cet Israélien qui a passé les vingt dernières années à travailler dans l’industrie du divertissement à New York et Los Angeles avant de revenir en Israël, il y a de cela dix ans. l’attitude de certains de ses collègues de longue date a changé, dans le sens d’une sorte de froideur « lorsqu’Israël est devenu le démon », après le début de la guerre à Gaza.

Pour Benamram, cette nouvelle saison de « Fauda » est une manière de s’adresser aux téléspectateurs par delà des frontières israéliennes.

« C’est le moment de se lever », affirme-t-il. « Et je peux le faire grâce à cette musique et à une série comme ‘Fauda’, dont la portée internationale est immense. Les gens peuvent ne pas aimer Israël, mais ils aiment la série, et c’est ce qui rend ‘Fauda’ si extraordinaire. »

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