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Emor, le groupe de réflexion juif qui offre un forum aux critiques d’Israël

Créé par des leaders progressistes, Emor a pour objectif d'influencer le discours et la politique américaine en matière de racisme, d'immigration et de droits LGBTQ

L'appel du rabbi Jill Jacobs, PDG de T'ruah pour les droits de l'homme. (Crédit : Autorisation via JTA)
L'appel du rabbi Jill Jacobs, PDG de T'ruah pour les droits de l'homme. (Crédit : Autorisation via JTA)

JTA – Des dirigeants juifs progressistes ont lancé un nouveau groupe de réflexion destiné à contrer ce que ses fondateurs considèrent comme étant un effort de plusieurs milliardaires pour inonder le monde juif d’idées conservatrices.

Emor Institute for Bold Jewish Thought – un institut pour une pensée juive audacieuse – est un projet de T’ruah, une organisation de rabbins qui se consacre à la promotion des droits de l’homme et de la justice sociale. En hébreu, « emor » est une directive qui signifie « parler ».

Le groupe de réflexion financera des recherches, organisera des événements avec des universitaires et publiera des essais qui s’appuient sur les traditions et les enseignements juifs pour influencer le discours public et la politique sur des questions telles que le racisme, l’immigration et les droits LGBTQ aux États-Unis. Emor fournira également un forum pour les universitaires et les penseurs qui critiquent Israël.

« La droite a consacré d’importantes ressources au cours des dernières décennies au leadership intellectuel », a déclaré la rabbi Jill Jacobs, directrice générale de T’ruah. « Dans le monde juif, nous avons le Tikvah Fund, le Maimonides Fund (Maimonides est un partisan de 70 Faces Media, l’organisation mère de la Jewish Telegraphic Agency), entre autres, qui investissent massivement dans la diffusion d’idées conservatrices qui se cachent dans le langage juif et qui revendiquent leur authenticité. Emor est une réponse au besoin du monde juif progressiste d’aller vraiment en profondeur dans nos textes, dans nos traditions et dans notre histoire, et de répondre aux plus grandes questions de notre époque. »

Avant son lancement officiel, Emor s’est immiscé dans le travail des groupes de réflexion, en mettant en relation des universitaires pour des conversations sur « la démocratie, le nationalisme et les droits de l’homme dans un État juif » et en participant à l’organisation d’un symposium sur la démocratie et le judaïsme.

Au printemps prochain, Emor prévoit de publier un magazine à numéro unique intitulé Freedom qui « reprend l’idée de liberté à ceux qui cherchent à l’utiliser pour compromettre la sûreté, la sécurité et les droits des autres », selon un communiqué de presse.

Au cours des deux dernières années, les dirigeants juifs progressistes tels que Jacobs ont observé, avec consternation, leurs rivaux idéologiques lancer une série d’initiatives intellectuelles qui ont attiré l’attention à l’intérieur et à l’extérieur des communautés juives. L’année dernière, par exemple, Sapir, un journal d’idées édité par le commentateur conservateur Bret Stephens au nom du Maimonides Fund, a été lancé. Pour sa part, ce dernier rejette l’idée qu’il défend un programme conservateur, et Stephens a déclaré que Sapir cherche à publier un éventail de points de vue, y compris ceux qui se situent à la gauche du sien, tout en s’opposant à l’anti-sionisme et au soutien au mouvement BDS.

Peu après le lancement de Sapir, un nouveau groupe connu sous le nom de Jewish Institute for Liberal Values, a été à l’origine d’une lettre ouverte pour mettre en garde contre « l’idéologie de la justice sociale », en tant que force « pernicieuse » qui est « antithétique au judaïsme ».

Plus récemment, le Tikvah Fund, un organisme de droite, a fait du républicain Ron DeSantis, gouverneur de Floride, l’orateur principal de sa Jewish Leadership Conference, lors de laquelle lui et d’autres conservateurs se sont déchaînés contre la gauche et ont fait valoir que le judaïsme est bien plus compatible avec le conservatisme qu’il n’y parait.

Selon Jacobs, ce qui distingue Emor de ces initiatives conservatrices, outre l’idéologie, c’est son mode de financement. Selon elle, alors que les idées de droite sont promues dans le monde juif par un nombre relativement restreint de donateurs ultra-riches, Emor collecte des dons plus modestes auprès d’un plus grand nombre de partisans.

« Cette base de financement plus large reflète le fait que la majorité de la communauté juive ne se situe pas au niveau de ces publications conservatrices mais qu’elle serait, en réalité, engagée en faveur des droits de l’homme », a-t-elle déclaré.

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