En Espagne, l’extrême droite décomplexée de Vox
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En Espagne, l’extrême droite décomplexée de Vox

Le parti s'est normalisé dans le paysage politique depuis que la droite a profité de son soutien pour regagner ou conserver le pouvoir dans différentes régions et villes

Des militants du parti d'extrême droite Vox agitent des drapeaux espagnols lors d'un meeting de campagne à Santander, le 1 novembre 2019, avant les élections législatives du 10 novembre. (Photo par ANDER GILLENEA / AFP)
Des militants du parti d'extrême droite Vox agitent des drapeaux espagnols lors d'un meeting de campagne à Santander, le 1 novembre 2019, avant les élections législatives du 10 novembre. (Photo par ANDER GILLENEA / AFP)

Ils partagent leurs vidéos sur les réseaux sociaux et font ondoyer leurs drapeaux espagnols : les électeurs d’extrême droite de Vox s’exhibent désormais, sûrs que leur parti fera un tabac électoral dimanche en exploitant l’émoi suscité par les troubles en Catalogne.

« Avant, ça semblait affreux mais maintenant c’est de moins en moins tabou d’être de Vox », dit Marcos Alvarez, médecin de 31 ans.

Comme lui, ils étaient plus de 2 000 à un meeting de Vox vendredi à Santander (nord-ouest) : hommes, femmes et enfants agitant avec ferveur le drapeau rouge et or au rythme de l’hymne de la Légion espagnole « le fiancé de la mort », avant d’étrenner sur le front de mer des parapluies patriotiques achetés au parti.

La très chic Santander – où trône le siège de la banque homonyme – est un fief du Parti populaire (PP, conservateur) dans la région de Cantabrie (nord-ouest) où Vox espère obtenir pour la première fois un député.

« Je suis d’un village de pêcheurs et, comme moi, de nombreuses personnes sont passées chez Vox dont d’anciens électeurs du Parti socialiste », soutient un ancien « capitaine de pêche » de 64 ans, Alfonso Albeniz, ex-électeur du PP.

Entré en force au Parlement en avril, le parti s’est normalisé dans le paysage politique depuis que la droite a profité de son soutien pour regagner ou conserver le pouvoir dans différentes régions et villes dont Madrid.

Les sondages lui attribuent jusqu’à 49 députés, contre 24 actuellement.

Son candidat, Santiago Abascal, s’est retrouvé lundi au centre du débat électoral télévisé – le premier auquel participait l’extrême droite depuis le rétablissement de la démocratie en 1977 – multipliant exagérations et mensonges.

Des militants du parti espagnol d’extrême droite déploient un drapeau espagnol géant sur la plage El Sardinero à Santander le 2 novembre 2019 avant les élections législatives du 10 novembre. (Photo par ANDER GILLENEA / AFP)

Lancé en 2014, « Vox est un parti comparable à d’autres en Europe, de droite populiste radicale et d’extrême droite », comme le Rassemblement national de Marine Le Pen ou la Ligue de Matteo Salvini, explique l’historien Xavier Casals.

Il provient de « l’aile dure du PP et utilise des thèmes que ce parti avait soulevés puis retirés », ajoute ce spécialiste de l’extrême droite : rejet de l’avortement, du mariage homosexuel ou de la loi contre la violence faites aux femmes, que le parti accuse de « criminaliser l’homme ».

Santiago Abascal développe aussi un discours violemment hostile aux immigrés, qu’il associe à des « meutes » de violeurs, et va jusqu’à prôner l’expulsion des mineurs sans papiers isolés, que tout pays se doit de prendre en charge.

Mais « l’anti-séparatisme reste l’article vedette de son fonds de commerce et Vox peut canaliser une grande partie de la réaction contre le scissionnisme » catalan, dit M. Casals.

Et de récents troubles en Catalogne, qui ont fait plus de 600 blessés en réaction à la condamnation le 14 octobre de neuf dirigeants indépendantistes à la prison pour leur rôle dans la tentative de sécession de 2017, ont renforcé la colère de son électorat.

Persuadé que les séparatistes « sont en train de détruire Barcelone et la Catalogne », Alfonso applaudit quand Santiago Abascal propose d’éliminer le problème en « interdisant les partis indépendantistes », en supprimant l’autonomie des régions ou en arrêtant « immédiatement » le président catalan Quim Torra.

La communication de Vox se centre sur ce chef de 43 ans, ancien élu du PP au Pays basque, qu’une vidéo projetée aux meetings montre, seul, viril, traversant champs et forêts pour atteindre les sommets.

Abascal compte aussi profiter de son passage dans une émission humoristique où souriant et blagueur, il a répondu à la négative devant 4 millions de téléspectateurs à l’animateur lui demandant « tu n’es pas
facho ? ».

Les liens du nouveau parti avec les défenseurs de la dictature de Francisco Franco (1939-1975) ne sont pas publiquement assumés et quand un électeur sort un drapeau franquiste en meeting, un organisateur l’incite à le ranger.

Mais Santiago Abascal qualifie de « profanation » la récente exhumation de Franco de son gigantesque mausolée et soutient que le véritable but du chef du gouvernement socialiste Pedro Sanchez est de « renverser » le roi Felipe VI.

A Santander, le dirigeant régional de Vox, Ricardo Garrudo, a conclu son discours en souhaitant « une Espagne libérée », « unie et grande de nouveau », rappelant le slogan franquiste « Une, grande et libre ».

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