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En Iran, la répression jusque dans les chambres d’hôpitaux

Dans la semaine, le ministère de la Santé avait exhorté les protestataires blessés à se rendre à l'hôpital. "Vous ne devez pas être inquiets en vous rendant dans un centre médical", avait-il dit

Des Iraniens passent devant un panneau d'affichage montrant le guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, avec des slogans anti-américains, à Téhéran, le 27 janvier 2026. (Crédit : Atta Kenare/AFP)
Des Iraniens passent devant un panneau d'affichage montrant le guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, avec des slogans anti-américains, à Téhéran, le 27 janvier 2026. (Crédit : Atta Kenare/AFP)

Blessés, médecins et soignants arrêtés: en Iran, la répression des manifestations ayant défié début janvier la République islamique s’abat jusque dans les hôpitaux, selon des ONG.

Sajad Rahimi, 36 ans, pourtant grièvement blessé par balles, a refusé que ses amis le transportent à l’hôpital, raconte l’organisation Iran Human Rights (IHR), basée en Norvège, qui a enquêté sur ce cas et s’est entretenue avec le frère de la victime.

Originaire de Fars (sud), il redoutait que les forces de sécurité ne viennent l’y « achever ». Sa famille a finalement décidé de le transférer dans un établissement hospitalier, où il est décédé des suites d’une hémorragie sévère.

« Le médecin a expliqué que s’il était arrivé à l’hôpital seulement dix minutes plus tôt, il aurait probablement survécu », a confié son frère à IHR.

Durant la vague de contestation qui a secoué l’Iran, les forces de sécurité ont tué des milliers de personnes et blessé un grand nombre de manifestants en les visant directement, souvent avec des munitions au plomb, d’après les organisations de défense des droits humains.

Ces projectiles peuvent laisser des bouts de métal incrustés dans le corps, nécessitant une extraction médicale.

« Descentes »

Or, accusent les ONG, les autorités iraniennes sont allées traquer dans les hôpitaux les patients présentant ce type de blessures.

Amnesty International ajoute avoir reçu des informations selon lesquelles le personnel médical de la province d’Ispahan, dans le centre du pays, avait reçu l’ordre de les signaler aux autorités.

Le Centre pour les droits humains en Iran (CHRI), dont le siège est à New York, a également « documenté des cas dans lesquels les forces de sécurité ont pris d’assaut des hôpitaux » à la recherche de manifestants. L’Association médicale mondiale (WMA) a dit avoir reçu des informations similaires.

Le personnel médical est lui aussi ciblé, IHR mentionnant des « descentes des autorités dans certains établissements médicaux et centres improvisés pour blessés afin d’arrêter le personnel médical et des secouristes bénévoles ».

L’organisation Hengaw, également basée en Norvège, a mis en avant le cas du docteur Ali Reza Golchni, de la ville de Qazvin, au nord-ouest de Téhéran, qui aurait été arrêté « pour avoir prodigué des soins à des manifestants blessés ».

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) s’est aussi inquiétée d’informations faisant état de l’interpellation d’au moins cinq médecins.

Cette image, extraite de vidéos tournées entre le 9 et le 11 janvier 2026 et diffusées sur les réseaux sociaux, montrerait une morgue où gisent des dizaines de corps et où se sont rassemblés des proches après la répression dans la banlieue de la capitale iranienne, à Kahrizak, dans la province de Téhéran. (Crédit : UGC via AP)

« Ne soyez pas inquiets »

« Aucun cas d’arrestation pour avoir soigné des patients n’a été signalé », a démenti vendredi Mohammad Raeeszadeh, président du Conseil de l’Ordre des médecins.

« Seul un nombre très limité » de membres du personnel médical a été arrêté en lien avec les manifestations, a-t-il ajouté, cité par l’agence de presse Tasnim, sans préciser les raisons de leur interpellation.

Plus tôt dans la semaine, le ministère de la Santé avait exhorté les protestataires blessés à se rendre à l’hôpital. « Vous ne devez pas être inquiets en vous rendant dans un centre médical », a-t-il lancé.

Et quand les manifestants ne sont pas arrêtés, leurs proches font l’objet d’intimidations, dénonce l’organisation Hengaw.

Elle cite le cas de Taher Malekshahi, un garçon kurdo-iranien de 12 ans originaire de Qorveh, dans l’ouest de l’Iran, qui a perdu un oeil. Sur une photo, son visage apparaît criblé de marques de plombs.

Alors qu’il reçoit actuellement des soins intensifs à Téhéran, « les autorités ont fait pression sur sa famille pour qu’elle affirme qu’il avait été blessé par des ‘terroristes’, en échange da sa reconnaissance par l’Etat comme invalide de guerre », selon l’ONG.

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