En quittant l’accord nucléaire, Trump donne raison à Netanyahu – pour l’instant
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Analyse

En quittant l’accord nucléaire, Trump donne raison à Netanyahu – pour l’instant

Trump a dit tout ce que Netanyahu pouvait espérer, sauf une menace d'action militaire ; l'avenir dira si l'Iran revient à la table des négociations ou à ses centrifugeuses

Raphael Ahren

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le président américain Donald Trump signe un document réinstituant les sanctions contre l'Iran après avoir annoncé le retrait des Etats-Unis de l'accord sur le nucléaire iranien à la Maison Blanche, le 8 mai 2018  (Crédit :  / AFP PHOTO / SAUL LOEB)
Le président américain Donald Trump signe un document réinstituant les sanctions contre l'Iran après avoir annoncé le retrait des Etats-Unis de l'accord sur le nucléaire iranien à la Maison Blanche, le 8 mai 2018 (Crédit : / AFP PHOTO / SAUL LOEB)

Corrigez-le ou abandonnez-le, avait demandé le Premier ministre Benjamin Netanyahu. Donald Trump l’a abandonné mardi.

L’annonce faite par le président américain que les Etats-Unis se retiraient de l’accord sur le nucléaire signé avec l’Iran, en promettant d’instituer « le plus haut niveau de sanctions économiques » sur la République islamique, peut-être considéré comme l’un des résultats de politique étrangère les plus spectaculaires obtenus par Netanyahu, au même niveau – ou plus important encore – que la reconnaissance par Trump de Jérusalem en tant que capitale d’Israël.

Dans sa première réaction au discours de Trump, Netanyahu a salué la décision « courageuse » de Trump mais s’est abstenu de s’en attribuer le mérite. D’autres l’ont fait pour lui.

« Tous ceux qui, à l’époque, avaient attaqué le Premier ministre pour sa détermination à combattre l’accord et qui avaient affirmé qu’il n’y avait aucune chance que l’accord soit abrogé, doivent ravaler leur fierté aujourd’hui et devraient présenter leurs excuses à Netanyahu », s’est exclamé le ministre issu du Likud Zeev Elkin said.

Un grand nombre avaient critiqué le Premier ministre qui s’était rendu en 2015 au congrès pour dénoncer le pacte avec l’Iran qui allait être signé. Ils avaient estimé que ce discours ne serait pas en mesure de saborder l’accord et qu’il mettrait inutilement en colère le président de l’époque, Barack Obama. Et en effet, avaient noté les critiques de Netanyahu ultérieurement, Obama s’était vengé d’Israël en n’opposant pas son veto lors du vote d’une résolution anti-implantations au Conseil de sécurité des Nations unies au mois de décembre 2016.

Ainsi, le camp Netanyahu a le sentiment que l’annonce de Trump de rejeter ce qui avait été l’un des accomplissements les plus importants d’Obama en termes de politique étrangère, une annonce faite mardi à l’aide d’un discours qui aurait pu être écrit à Jérusalem, lui a donné raison. L’allocution a cité tous les points que le Premier ministre aurait repris s’il l’avait conçue lui-même : les failles désastreuses de l’accord sur le nucléaire, le soutien apporté par l’Iran au terrorisme, son développement de missiles balistiques, et ainsi de suite.

Le président a même mentionné la révélation faite par l’Etat juif, la semaine dernière, des archives atomiques secrètes de Téhéran grâce à une opération sidérante effectuée par le Mossad, disant qu’elle prouvait « de manière concluante » les antécédents du régime en termes de recherche de l’arme nucléaire.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu expose des dossiers prouvant le programme nucléaire iranien lors d’une conférence de presse à Tel Aviv, le 30 avril 2018 (Miriam Alster / Flash90)

Ce que Netanyahu aurait toutefois rajouté au discours est la menace d’une action militaire si l’Iran devait tenter de se doter de capacités d’armement nucléaire. Jérusalem a la certitude que la République islamique ne sera empêchée d’atteindre son objectif que par le biais de sanctions paralysantes, associées à une menace crédible de recours à la force militaire.

« Comme cela a été prouvé dans le cas de la Corée du nord, le seul moyen de contrôler des dictatures déterminées en quête de l’arme nucléaire, c’est d’imposer des sanctions sévères et de montrer une volonté d’utiliser la force », a déclaré le ministre des Renseignements Yisrael Katz dans un communiqué émis quelques minutes après le discours de Trump.

Mais le président américain, qui ne veut probablement pas être considéré comme désireux de lancer de nouvelles guerres au Moyen-Orient, n’a pas affiché cette volonté.

Il n’a même pas dit que « toutes les options sont sur la table » ou quoi que ce soit de tel. Il a simplement déclaré que si l’Iran devait continuer à nourrir ses aspirations nucléaires, la République islamique « rencontrera les plus gros problèmes qu’elle n’a jamais rencontré », menace vague dans un contexte de « sanctions fortes » plutôt que de puissance militaire américaine.

Quel mérite pour Netanyahu ?

Le mérite dont peut véritablement s’enorgueillir Netanyahu pour l’abandon de l’accord avec l’Iran par le président Trump est difficile à déterminer en termes d’ampleur. Après tout, Donald Trump n’avait jamais caché son profond mépris pour le pacte.

Prenant la parole lors d’une conférence de l’AIPAC organisée au mois de mars 2016, lorsqu’il était encore un candidat présidentiel dont l’entrée dans le Bureau Ovale paraissait encore peu crédible, il avait indiqué avoir étudié le problème iranien « en grand détail, je pourrais même dire beaucoup plus que n’importe qui d’autre » et il avait promis que sa « priorité numéro un » serait de démanteler cet « accord désastreux ».

La décision prise par Trump de se désengager du pacte sur le nucléaire suit ses décisions de revenir pratiquement sur tous les accomplissements historiques accomplis par son prédécesseur : la réforme de santé d’Obama, la détente avec Cuba, l’accord sur le Climat de Paris et autres conventions internationales.

Donald Trump, alors candidat républicain à la présidentielle américaine, devant la conférence politique 2016 de l’AIPAC, à Washington, D.C., le 21 mars 2016. (Crédit : Saul Loeb/Getty Images/AFP via JTA)

Pour Israël, ce qui aura motivé Trump importe peu, tant que cet accord haï appartient dorénavant au passé. L’avenir reste toutefois actuellement totalement indéterminé.

Une implication imminente du retrait des Etats-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien pourrait être le renouveau de ce qui est appelé la théorie du « lien », qui part du principe que Washington pourrait faire preuve de dureté envers Téhéran si Jérusalem se montre avenant sur la question palestinienne. Au cours des premières années de la présidence d’Obama, cette vénérable équationétait connue en hébreu sous le terme « Garin tmurat Falestin » — la question du nucléaire en échange de la Palestine.

Finalement, Obama n’avait pas pris en considération les inquiétudes israéliennes concernant l’Iran  et avait permis à une résolution pro-palestinienne du Conseil de sécurité d’être adoptée.

Trump a dorénavant fait deux cadeaux à Israël : la relocalisation de l’ambassade américaine à Jérusalem et l’annulation de l’accord iranien. Il est possible qu’il réclame aux Israéliens des concessions en échange une fois qu’il aura révélé son plan pour l’accord de paix ultime avec les Palestiniens. Cela pourrait être un accord que Netanyahu pourrait avoir du mal à faire annuler.

Un retour à la table des négociations ou aux centrifugeuses ?

La République islamique et les cinq puissances mondiales qui restent dans l’accord – Royaume-Uni, France, Allemagne, Chine et Russie – vont évaluer minutieusement les prochaines étapes. Des issues possibles évoquées dans les scénarios variés discutés par les analystes vont d’un Iran réformé reconnaissant une défaite inconditionnelle (fortement improbable) à une course à l’armement nucléaire et à la guerre régionale.

Dans un angle, il y a les Etats-Unis et Israël, qui estiment que les nouvelles sanctions imposées par Trump contraindront tôt ou tard l’Iran à revenir à la table des négociations et amèneront la République islamique à accepter un accord bien meilleur – un pacte qui démantèlerait le programme nucléaire voyou dans son entier, qui ne contiendrait pas de clauses de révision, et qui entraverait le développement de missiles balistiques et le comportement agressif de l’Iran dans la région.

Vœu pieux, répondent pour leur part les Européens qui continuent à défendre la convention en disant que son annulation « peut mener à l’escalade », comme l’a indiqué le ministre allemand des affaires étrangères Heiko Maas.

Le président américain Donald Trump signe un document réinstituant les sanctions contre l’Iran après avoir annoncé le retrait des Etats-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien à la Maison Blanche, le 8 mai 2018 (Crédit : / AFP PHOTO / SAUL LOEB)

Après le discours de Trump, mardi, de nombreuses questions perdurent : les sanctions américaines seront-elles suffisantes pour que les Iraniens cèdent ? Téhéran s’en tiendra-t-il à l’accord, ou reprendra-t-il son programme d’enrichissement nucléaire ? L’Union européenne oeuvrera-t-elle à « protéger ses investissements économiques » et défiera-t-elle les sanctions américaines, comme l’a annoncé Federica Mogherini ?

Tandis que Jérusalem a aujourd’hui toutes les raisons de se réjouir, il faudra probablement des mois avant de se rendre compte comment se concrétisera la décision de Trump – pour les Etats-Unis, pour l’Iran, pour le reste du monde et pour Israël.

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