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Enfants yéménites: Rencontre de ministres pour une grâce posthume d’Uzi Mushalem

Ohana et Gamliel ont discuté avec le fils du militant, emprisonné en 1994 après un siège meurtrier lors d'une campagne sur le sort des enfants qui auraient été enlevés par l'Etat

Le militant des droits de l'Homme Uzi Mushalem. (Crédit : capture d'écran YouTube)
Le militant des droits de l'Homme Uzi Mushalem. (Crédit : capture d'écran YouTube)

Le ministre de la Justice Amir Ohana s’est spécialement entretenu mercredi avec une ministre et des responsables pour évoquer la grâce posthume qui pourrait être accordée à un militant controversé qui avait été emprisonné suite à un siège et à des affrontements meurtriers qui avaient mené à la mort de l’un de ses partisans, en 1994.

Cette rencontre a eu lieu après une demande soumise au président Reuven Rivlin par la ministre de l’Egalité sociale Gila Gamliel, qui a réclamé l’effacement du casier judiciaire d’Uzi Mushale, qui avait fait campagne pour révéler ce qui était arrivé à des milliers d’enfants d’immigrants yéménites qui auraient été kidnappés par les autorités à leur arrivée dans le pays, dans les années 1950.

L’intense campagne de Meshulam avait atteint son paroxysme en 1994 quand, avec ses partisans, lourdement armés, ils s’étaient barricadés à son domicile pendant plusieurs semaines. La police avait entouré le bâtiment. L’incident s’était soldé par un affrontement violent qui a conduit à la mort d’un militant et à 11 arrestations.

Meshulam et ses partisans avaient été inculpés d’une multitude de chefs d’accusation, notamment de complot en vue de commettre un crime, d’obstruction à la justice, de blessures intentionnelles et de fabrication d’armes illégales. Le militant avait été condamné à six ans et demi de réclusion criminelle et le président Ezer Weizman avait écourté sa peine de sept mois.

Sa santé s’était détériorée en prison et il s’était retiré de la vie publique après avoir été libéré. Il était décédé en 2013, à l’âge de 60 ans.

« Je n’ai aucun doute sur le fait qu’il y a eu une grande injustice à l’encontre de feu le rabbin Uzi Meshulam concernant la couverture de son indignation qui avait été présentée comme erronée, infondée et sans pertinence », a dit Ohana, des propos repris par le journal Maariv.

Gamliel, qui a déposé la requête aux côtés du fils de Mushalem, Ami, a estimé que Meshulma méritait sa grâce.

« En 2019, il est unanimement reconnu que des injustices ont été causées aux Juifs du Yémen, de l’Est et des Balkans, et l’Etat d’Israël comme la société ont une dette morale envers Rabbi Meshulam », a-t-elle déclaré. « La dette doit être payée après la mort de l’homme qui avait été le premier à identifier l’injustice et à lutter pour la justice ».

Des responsables du département en charge des grâces, au sein du ministère de la Justice, auraient participé à cette rencontre.

Quelque 49 000 Juifs yéménites avaient été amenés vers l’État naissant d’Israël dans le cadre de l’Opération Tapis volant en 1949-50. Depuis les années 1950, plus d’un millier de familles – pour la plupart des immigrés du Yémen, mais aussi des dizaines de familles des Balkans, d’Afrique du Nord et d’autres pays du Moyen Orient – ont affirmé que leurs enfants avaient été enlevés dans des hôpitaux israéliens et placés en adoption, parfois à l’étranger, dans ce qui est connu comme « l’affaire des enfants yéménites ».

Photo d’illustration – des enfants juifs yéménites et leurs jouets dans le camp de Hashed, à proximité d’Aden, au Yémen, en 1949 (Crédit : David Eldan/GPO photo archive)

Contestée par les chercheurs et apparemment réfutée par trois commissions d’État qui ont examiné l’affaire et conclu que la plupart des enfants étaient morts, l’affaire a refait surface, notamment parce que la plupart des familles n’ont pas récupéré le corps des enfants ni été informées des lieux où leurs tombes se trouvent.

Ces revendications s’inscrivent également dans un contexte de négligence et de marginalisation dans lequel de nombreux immigrants juifs du monde musulman ont été accueillis lorsqu’ils sont arrivés dans un Israël contrôlé à l’époque par une élite juive ashkénaze.

En 2017, la Dixième chaîne avait fait savoir que des dizaines de familles de Juifs yéménites qui affirment que leurs enfants leur avaient été enlevés avaient intenté une action en justice pour réclamer des millions de shekels de réparations de l’État d’Israël et de l’Agence juive.

Stuart Winer a contribué à cet article.

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