Épargne et retraites fondent à mesure que le coronavirus infecte les marchés
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Épargne et retraites fondent à mesure que le coronavirus infecte les marchés

Les personnes en début de carrière ont le luxe d'attendre la reprise ; celles qui prévoyaient de prendre leur retraite doivent se tourner vers leur conseiller financier

Un trader est à son poste à la Bourse de New York, le 11 mars 2020. (AP Photo/Richard Drew)
Un trader est à son poste à la Bourse de New York, le 11 mars 2020. (AP Photo/Richard Drew)

Mark, un guide touristique israélien diplômé de 61 ans, avait jusqu’à récemment un planning bien rempli de voyages avec des familles et des groupes de touristes dans tout le pays, destinés à leur montrer l’histoire et la beauté du pays où coulent le lait et le miel.

Mais lorsque le coronavirus a frappé, la pandémie a bouleversé les plans de millions de voyageurs dans le monde entier, et placé de nombreux salariés et ménages en confinement chez eux.

« Avant le coronavirus, j’avais des réservations mensuelles de 15 à 20 jours par mois, un peu plus certains mois, ce qui est la capacité mensuelle optimale pour un guide », a-t-il indiqué lors d’un entretien téléphonique depuis chez lui, dans une ville située dans le centre d’Israël.

« Désormais, pour les deux prochains mois, je n’ai plus de travail, et je ne sais pas encore quand ça changera », a-t-il déploré. « Je ne suis même pas sûr que les groupes qui ont réservé pour l’été 2020 et au-delà viendront comme prévu. Il se peut que les gens manquent d’argent et que les priorités changent, qu’il y ait encore des restrictions de voyage imposées par certains pays et que certains s’inquiètent encore d’une nouvelle flambée du virus. »

« Nous espérons tous revenir à la normale, mais il s’agira d’une ‘nouvelle normalité’ et non d’un retour à la situation antérieure. »

Le hall d’embarquement vide de l’aéroport international Ben Gurion, le 11 mars 2020. (Crédit : Flash90)

Mark a fait une demande de prestations que le gouvernement a promis de verser aux travailleurs indépendants en cette période de besoin. Il ne sait pas quelle somme il recevra, mais quelle qu’elle soit, « elle ne peut pas couvrir la perte de revenus ». De plus, l’aide ne sera pas éternelle, seulement pour quelques mois tout au plus ».

Avant de devenir guide indépendant il y a trois ans, Mark était un salarié bénéficiant de prestations, notamment d’un fonds d’épargne et d’un plan de retraite. Il a continué à les alimenter une fois devenu indépendant, mais si la situation persiste pendant une longue période, il risque de ne pas pouvoir continuer à le faire.

De plus, il s’inquiète, à l’approche de la retraite, de la façon dont la chute des marchés boursiers a déjà affecté le fonds de retraite auquel il a contribué au fil des ans. En Israël, l’âge de la retraite pour les hommes est de 67 ans.

« Y aura-t-il suffisamment de temps pour que le fonds de retraite récupère l’argent perdu avant que je n’aie besoin de l’utiliser », s’interroge-t-il.

Selon les premiers chiffres du marché, les instruments d’épargne à long terme – y compris les fonds de prévoyance, les assurances et les caisses de retraite, ainsi que les fonds d’études avancées – ont subi en mars des pertes mensuelles parmi les plus importantes jamais enregistrées. Les marchés boursiers israéliens et mondiaux ont été mis à mal par la propagation du coronavirus et la chute du prix du pétrole, qui ont provoqué des pertes de plusieurs milliards de dollars sur les marchés boursiers. Beaucoup de ces fonds d’épargne sont plus ou moins investis dans ces marchés. Ainsi, les investisseurs, petits et grands, ont vu leurs retraites et leur épargne fondre.

Yaniv Pagot, économiste et responsable de la stratégie du groupe Ayalon. (Autorisation)

« Ce fut un mois sans précédent – nous n’avions jamais rien vu de tel », a déclaré Yaniv Pagot, économiste et ancien chef de la stratégie du groupe Ayalon, un investisseur institutionnel. « Les rendements des fonds d’épargne, des fonds de prévoyance et des fonds d’éducation supérieure à court terme ont connu une baisse de valeur à presque deux chiffres. »

Un fonds de prévoyance est un instrument d’épargne à long terme qui permet aux particuliers d’épargner pour leur retraite par des versements mensuels ou annuels, tout en bénéficiant d’avantages fiscaux. L’argent accumulé dans le fonds est géré par des sociétés d’investissement et des gestionnaires de placements, dans le but de générer un rendement sur l’argent investi au fil des ans et, espérons-le, d’augmenter son épargne.

Les fonds peuvent être investis dans une variété d’options de placement dont le niveau de risque varie en fonction des préférences, de l’âge et des besoins de l’épargnant.

Le fonds d’études avancées, également appelé fonds d’éducation – ou, en hébreu, keren hishtalmut – est le seul plan d’épargne à court terme exempt d’impôt en Israël. Le fonds permet aux investisseurs de retirer l’argent accumulé après six ans sans payer d’impôt sur les gains en capital. Si l’argent est retiré avant la fin des six ans, les propriétaires du fonds sont pénalisés fiscalement.

Les fonds de pension s’accumulent en franchise d’impôt jusqu’à l’âge de la retraite. Tous les employeurs israéliens sont tenus par la loi de mettre en place des régimes de retraite pour leurs employés. Au moment de la retraite, les contribuables reçoivent normalement une pension mensuelle fixe, qui est fixée en divisant le solde principal du fonds – ou ce qu’il en reste – selon une certaine formule.

Image d’écrans montrant des fortes baisses à la bourse de Tel Aviv. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Les marchés des actions dans le monde entier et à Tel Aviv ont fortement chuté, de 10 à 20 %, au cours des quatre premières semaines de mars 2020, et les instruments d’investissement à court et long terme dans lesquels sont investis les fonds publics – tels que les ETF et les fonds communs de placement, et les fonds de prévoyance et de formation – ont « subi de lourdes pertes », selon un rapport du département de recherche de la Bourse de Tel Aviv publié mardi.

L’indice blue-chip TA-35 a plongé de quelque 20 % au cours des quatre premières semaines de mars, selon le rapport, alors que l’indice NASDAQ 100 a chuté de 10 %, le S&P 500 de 15 % et l’indice Dow Jones de 14 %.

Les chiffres estimatifs compilés par Pagot – les résultats officiels seront publiés à la mi-avril – montrent que les fonds d’épargne à long terme ont enregistré des pertes de 8 à 9 % en mars – parmi les plus importantes pertes mensuelles jamais enregistrées, a-t-il déclaré – les fonds de pension affichant des baisses de valeur de 6 à 10 %.

D’autres estimations préliminaires du marché reçues par le Times of Israël montrent que les instruments d’épargne à long terme – y compris les fonds de prévoyance, les plans d’assurance et les fonds d’études avancées – ont diminué en mars de jusqu’à 6 % dans les plans peu exposés aux actions, et d’environ 15 % et plus dans les plans plus exposés aux actions. On estime que les pertes pour les trois premiers mois de l’année ont été à deux chiffres.

Meitav Dash Investment Ltd., une société de gestion d’investissements, a publié mercredi des chiffres montrant que les fonds de prévoyance ont enregistré leur pire mois de mars, avec des rendements négatifs de 8 à 11 %.

Yael Geltman-levin, responsable du conseil en matière de retraites à la Bank Leumi Le-Israel Ltd. (Autorisation)

« La situation du coronavirus a incité beaucoup de nos clients à nous appeler, préoccupés par leur épargne. Ils veulent savoir quelle est leur situation », rapporte Yael Geltman-levin, responsable conseil en matière de retraites à la Bank Leumi Le-Israel Ltd., l’une des deux plus grandes banques du pays.

Il est important de s’assurer que les plans d’épargne existants prennent en considération le profil du client, ses besoins et le niveau de risque qui lui convient, comme il se doit s’ils sont correctement établis, explique-t-elle. Une fois ces facteurs pris en compte, puisqu’il s’agit d’économies à long terme, les gens ne devraient pas être poussés à faire « des changements radicaux immédiats », souligne-t-elle.

« Nos clients font preuve de maturité et de pondération, peut-être parce qu’ils ont tiré les leçons de la crise de 2008, où nous avons constaté un nombre élevé de rachats, y compris dans les fonds d’épargne à long terme », relate Mme Geltman-levin. « Si vous n’avez pas besoin de l’argent immédiatement, il n’est pas nécessaire de faire des changements radicaux. L’expérience passée nous montre que les marchés se corrigent généralement d’eux-mêmes. »

Yudith, une employée de 31 ans d’une entreprise de relations publiques, a été mise en congé sans solde le 16 mars. Depuis, elle a demandé et obtenu des allocations chômage, dans le cadre du plan gouvernemental visant à aider les entreprises, les salariés et les familles à faire face à la pandémie.

Le ministre des Finances Moshe Kahlon a annoncé lundi un plan de sauvetage économique de 80 milliards de shekels (environ 20 milliards d’euros), le plus important de l’histoire d’Israël. Il a déclaré envisager que l’activité économique reprenne progressivement après la fête de Pessah ce mois-ci.

Mercredi, Israël a enregistré plus d’un million de chômeurs pour la première fois de son existence, alors que la pandémie de coronavirus mettait de plus en plus d’entreprises en faillite.

L’agence nationale pour l’emploi a indiqué que plus de 7 200 Israéliens se sont inscrits pour toucher des allocations chômage mercredi, et 35 668 nouvelles mardi – le chiffre quotidien le plus élevé depuis jeudi dernier.

Près d’un quart de la main-d’œuvre israélienne – 24,9 % – est au chômage depuis jeudi, dont quelque 160 000 personnes déjà sans emploi avant la crise.

Image illustrative de la récession économique, du ralentissement et de l’effondrement des marchés boursiers. (Crédit : SARINYAPINNGAM ; iStock par Getty Images)

« Je ne sais pas combien d’argent je vais recevoir du gouvernement », s’inquiète Yudith. Selon ses calculs, effectués à l’aide d’une formule fournie par l’Agence nationale pour l’emploi, elle devrait recevoir environ 70 % de son salaire mensuel.

Elle a appelé son gestionnaire de retraite lorsqu’elle a su qu’elle allait prendre un congé sans solde, pour savoir quelle serait sa situation concernant les paiements qu’elle et son employeur étaient censés effectuer dans son fonds d’épargne.

« Ils m’ont dit qu’il y a une sorte de chose automatique qui maintient toujours ma police en vie avec juste un facteur de risque, sans que nous n’ayons besoin d’ajouter de l’argent dans le fonds », a-t-elle déclaré. Cela s’arrêtera au bout de cinq mois. « Je ne suis pas vraiment sûre d’avoir compris ce qu’ils m’ont dit. »

Elle est « quelque peu inquiète » de sa situation financière, confie-t-elle. « Même si je suis au chômage, ce ne sera pas le montant total du salaire, et on ne sait pas quand nous pourrons reprendre le travail. Et c’est contrariant. »

Les fonds de retraite et les plans d’assurance vie ont tous une composante d’épargne, qui s’accumule dans chaque fonds, ainsi qu’une composante de risque, qui fournit une couverture aux membres (les propriétaires de police) et à leurs familles en cas de perte de capacité de travail due à une maladie ou à un accident. Cette composante de risque permet également aux membres d’obtenir des paiements d’invalidité et fournit aux membres de la famille et aux bénéficiaires les paiements de la retraite ou de l’assurance vie du propriétaire de la police.

Ezra Poran, conseiller en matière de retraites à la Bank Leumi Le-Israel Ltd. (Autorisation)

« Les salariés qui sont en congé sans solde ou au chômage doivent s’assurer que pendant cette période, les paiements pour l’élément de risque dans leurs plans d’épargne se poursuivront. Il existe des déclencheurs automatiques pour maintenir l’élément de risque en vie pendant cinq mois », et le ministère des Finances envisage de prolonger cette période, a déclaré Ezra Poran, conseiller en matière de retraite à la Bank Leumi. Les primes pour l’élément de risque proviennent de l’épargne elle-même, a-t-il expliqué.

Après cinq mois, le propriétaire du contrat doit contacter son gestionnaire de pension pour prolonger le contrat, a ajouté M. Poran.

Lorsque l’on considère le coup porté aux fonds de retraite, il faut faire une distinction entre les personnes qui ont la trentaine et celles qui ont la soixantaine, souligne-t-il.

« À trente ans, vous êtes encore au début de votre parcours », a-t-il dit. « Vous avez des dizaines d’années pour constituer votre retraite, vous avez donc amplement le temps d’attendre que les marchés se redressent et se remettent à monter. »

Toutefois, si vous êtes proche de la retraite, « vous devriez contacter votre conseiller retraite et lui faire part de votre situation et de la date à laquelle vous prévoyez de prendre votre retraite. Et, en conséquence, il faut prendre des décisions qui sont pertinentes pour leurs plans de retraite », indique le spécialiste.

« Quel que soit son âge, si quelqu’un veut et doit utiliser les fonds maintenant, le rachat d’un plan de retraite peut réduire considérablement l’épargne-retraite de la personne pour le reste de sa vie », a-t-il déclaré. « Un plan doit être établi pour voir comment réduire les dégâts. » Chaque cas est individuel, donc aucune généralisation ne peut être faite sur cette question, a-t-il ajouté.

Une courtière réagit à la bourse allemande de Francfort, en Allemagne, le 24 juin 2016. (Crédit : PHOTO AFP / DANIEL ROLAND)

Les personnes qui sont à court d’argent en raison du chômage forcé peuvent décider de piocher dans leur fonds d’éducation plus facilement accessible, avec franchise d’impôt si cela est fait tous les six ans ou avec une pénalité si ce n’est pas le cas, explique l’économiste Yaniv Pagot.

Beaucoup n’ont peut-être pas le luxe d’attendre la fin de la crise, convient-il. Au lieu d’utiliser leurs économies pour des vacances, une nouvelle voiture ou un apport pour une maison, ils pourraient puiser dans leurs économies pour leurs besoins quotidiens.

L’argent investi dans les fonds de retraite à long terme n’a enregistré des baisses que sur le papier pour l’instant, a-t-il dit. « Tant que la crise ne durera pas des années, et qu’elle sera résolue en quelques semaines ou quelques mois, la valeur de ces fonds augmentera probablement à nouveau lorsque les marchés boursiers se redresseront après la crise », confirme M. Pagot.

Ainsi, si la crise est de courte durée, comme le prévoient la plupart des économistes, le coup porté à ceux qui n’ont commencé que récemment leurs plans d’épargne et de retraite sera limité. Si elle est de plus longue durée, la population jeune en souffrira également.

« Si vous êtes au chômage, vous n’avez pas de plan de pension », a-t-il dit. Les entreprises en difficulté peuvent décider de se tourner vers les indépendants plutôt que vers les salariés à plein temps afin d’éviter d’avoir à verser des retraites, a-t-il noté.

Pendant ce temps, Yudith, l’employée des relations publiques en congé sans solde, venait de terminer un entraînement en ligne en utilisant l’application de vidéoconférence Zoom à son domicile à Tel Aviv. Sa situation financière n’était « pas son plus grand souci », a-t-elle déclaré. La quarantaine imposée par le coronavirus lui complique la tâche pour « garder un mode de vie sain, sans routine, sans entraînement régulier, en dormant moins et en mangeant beaucoup plus, et sans mes amis ».

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