Israël: L’économie va régresser et le déficit augmenter – la reprise sera rapide
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Israël: L’économie va régresser et le déficit augmenter – la reprise sera rapide

Selon l'économiste en chef adjoint du ministère des Finances, l'économie aura une croissance négative de -2 % cette année ; la bonne nouvelle, la reprise sera probablement rapide

Une image illustrant la façon dont le coronavirus affecte les économies et les marchés boursiers du monde entier. (Dina Damotseva ; iStock par Getty Images)
Une image illustrant la façon dont le coronavirus affecte les économies et les marchés boursiers du monde entier. (Dina Damotseva ; iStock par Getty Images)

L’économie israélienne affichera une croissance négative cette année en raison de la crise du coronavirus, mais elle se redressera au second semestre et reprendra sa croissance l’année prochaine, a prévu un économiste de haut niveau du ministère des Finances dans un entretien avec le Times of Israel.

« Notre prévision pour le taux de croissance global pour 2020 sera de -2 % », a déclaré par téléphone Lev Drucker, économiste en chef adjoint, alors que le ministère des Finances doit publier prochainement les détails d’un plan de sauvetage économique. L’économie israélienne a connu une flambée du taux de chômage après que des entreprises ont cessé leurs activités et que des salariés ont été renvoyés chez eux suite à la propagation du coronavirus, qui a tué des milliers de personnes dans le monde et 16 en Israël.

Le ministère travaille en accord avec les projections mondiales qui prévoient une reprise en forme de V, a-t-il expliqué, dans laquelle les économies du monde entier et d’Israël verront « un très fort déclin au départ » de l’activité économique et une augmentation du chômage, mais avec une hypothèse de reprise rapide.

Globalement, la croissance mondiale en 2020 devrait être « proche de zéro dans le meilleur des cas, voire négative ». Mais… une partie de l’impact négatif que subit l’économie mondiale sera récupérée au cours de l’année prochaine », a déclaré M. Drucker.

Lev Drucker, économiste en chef adjoint au ministère des Finances d’Israël (Autorisation)

L’économie israélienne a connu une croissance de 3,3 % en 2019, son rythme le plus lent depuis 2015 et inférieur au taux de 3,4 % de 2018, selon une estimation du Bureau central des statistiques en décembre. Ce chiffre est cependant le plus élevé des pays occidentaux et représente presque le double de la moyenne de l’OCDE, qui est de 1,7 %.

Drucker a déclaré que pour calculer l’impact du coronavirus sur l’économie, le ministère a tenu compte à la fois des développements mondiaux et de leur impact sur Israël et des mesures de quarantaine strictes imposées localement par le ministère de la Santé.

Il a déclaré que le ministère pensait que les développements mondiaux réduiraient le PIB d’Israël de 2,3 %, tandis que les mesures mises en œuvre par le ministère, si elles sont en vigueur jusqu’à la fin avril, affecteraient la croissance de 1,7 % supplémentaire.

« En ajoutant cette estimation à notre évaluation de la baisse due à la situation mondiale et au rythme de la reprise, nous estimons que le coût économique global du coronavirus pour l’économie israélienne est proche de 5 % du PIB – ce qui signifie essentiellement que notre projection du taux de croissance global pour 2020 sera de -2 % ».

Les prévisions de croissance du ministère pour l’année, avant la crise, étaient de 3 %, a déclaré M. Drucker.

Plutôt que d’appeler cela une récession, M. Drucker préfère utiliser le terme « récession technique », signifiant un déclin de l’activité économique qui « pourrait être résolu assez rapidement et très tôt ».

Les membres de l’équipe médicale d’Hadassah Ein Kerem, portant des équipements de protection, manipulent un échantillon de test de Coronavirus, à Jérusalem le 24 mars 2020. (Crédit : Yossi Zamir/Flash90 )

Par le passé, a-t-il dit, Israël a connu des baisses de croissance et des années consécutives de très faible croissance, comme au début des années 2000.

Dans l’ensemble, a-t-il déclaré, « nous sommes une économie très agile. Je crois vraiment au potentiel de reprise assez rapide – compte tenu du fait que l’économie mondiale se redressera également ».

La série de mesures que le ministère des Finances a déjà présentées et qu’il s’apprête à annoncer, a-t-il dit sans entrer dans les détails, car le dernier plan a été élaboré par le département du budget, se concentrera sur trois points principaux : fournir des liquidités aux entreprises grâce à des prêts subventionnés par le gouvernement ; s’assurer que les salariés et les professionnels indépendants continuent à avoir de l’argent à dépenser ; et injecter des fonds dans le système de santé.

Les responsables gouvernementaux envisageraient une enveloppe globale de 80 milliards de shekels (20 milliards d’euros) pour aider les entreprises confrontées à la crise du coronavirus.

Le paquet d’aide devait être publié plus tard dans la journée de lundi après les délibérations entre les responsables du Trésor et le bureau du Premier ministre Benjamin Netanyahu, car il est apparu clairement qu’un plan antérieur de 4 milliards de shekels n’arriverait pas à sauver l’économie en difficulté.

L’accord comprendrait un fonds de 5 milliards de shekels (1,25 milliard d’euros) pour aider les petites entreprises et de 6 milliards de shekels (1,5 milliard d’euros) pour les grandes entreprises. L’accord comprend également un fonds pour les prêts à effet de levier afin d’aider les entreprises qui se sont déjà lourdement endettées à gérer le resserrement du crédit alors que l’économie mondiale est en récession, selon le quotidien économique Calcalist, citant des sources anonymes impliquées dans les négociations.

Image illustrative de la récession économique, du ralentissement et de l’effondrement des marchés boursiers. (SARINYAPINNGAM ; iStock par Getty Images)

Le gouvernement versera également des allocations de chômage aux personnes qui ont été mises en congé sans solde par leur employeur.

Plus de 750 000 personnes, soit plus de 20 % de la population active, se sont retrouvées au chômage depuis début mars, les restrictions imposées par le virus ayant d’abord touché l’industrie du tourisme, puis le reste de l’économie.

Ces mesures sont nécessaires « pour minimiser les dommages durables à l’économie et permettre une reprise rapide », a déclaré M. Drucker, et elles seront modifiées et ajustées en fonction de l’évolution de la situation sanitaire sur le terrain.

La Banque d’Israël a annoncé la semaine dernière qu’elle achèterait pour 50 milliards de shekels d’obligations d’État sur le marché libre afin d’assouplir les conditions de crédit et de soutenir l’économie dans le contexte de la crise du coronavirus.

Cette décision était la dernière d’une série de mesures prises par la banque pour stabiliser l’économie qui se détériorait dans un contexte de chômage galopant, de restrictions gouvernementales, de fermetures d’entreprises, de chute des actions et d’inquiétudes des consommateurs.

Le gouverneur de la Banque d’Israël, Amir Yaron. (Capture d’écran YouTube)

Les achats massifs d’obligations permettront à la banque d’influencer les rendements des obligations, de réduire le coût du crédit à long terme pour les entreprises et les ménages, de modérer la volatilité des obligations et de stabiliser les marchés, a déclaré la banque.

L’initiative « est importante pour fournir plus de crédits indirects à l’économie israélienne » et permettre au gouvernement de financer ses activités, a déclaré M. Drucker.

M. Drucker a prévu que la crise et les mesures prises pour en limiter l’impact feraient grimper le déficit budgétaire – la différence entre les revenus d’un gouvernement et ses dépenses – à 7 % du PIB. En 2019, le déficit d’Israël s’élevait à 3,7 % du PIB, soit plus que l’objectif de 2,9 % fixé par le gouvernement pour cette année-là.

Un déficit budgétaire qui respecte les objectifs fixés est l’un des indicateurs de restriction et de responsabilité budgétaires, données sur lesquelles les agences de notation internationales telles que Standard and Poor’s et Moody’s se fondent pour évaluer la solvabilité.

Les notations fournies par ces agences déterminent la facilité avec laquelle Israël et d’autres nations peuvent lever des fonds sur les marchés internationaux de la dette, et ce à moindre coût. Une notation plus faible signifie que les pays doivent payer des taux d’intérêt plus élevés sur l’argent qu’ils empruntent. Un déficit croissant pourrait donc rendre plus onéreuse la collecte de fonds à l’étranger pour Israël, si les agences de crédit modifient leur notation pour le pays.

« Nous vivons une époque extraordinaire », a déclaré M. Drucker. « Les agences de crédit comprennent également que nous sommes dans une situation temporaire en raison de la crise mondiale, qui n’est pas propre à Israël, et qu’il existe une plus grande marge de manœuvre budgétaire à court terme ».

Cette crise est-elle similaire à l’effondrement financier de 2008 ou est-elle différente ?

« En 2008, il y a eu un problème structurel », a-t-il déclaré. Les marchés financiers ne fonctionnaient pas, il y avait des actifs toxiques et il y avait un manque de crédit.

« La crise financière a conduit à une véritable crise, puis à une crise budgétaire dans certains pays – en particulier en Europe ».

Si le scénario d’aujourd’hui « est tel que les prévisionnistes mondiaux l’envisagent, dans le sens où nous allons nous redresser dans la deuxième partie de cette année et l’année prochaine, il n’y a actuellement rien qui ‘a été brisé’ dans l’économie mondiale, et c’est différent de 2008 », a déclaré M. Drucker.

Cela « laisse plus de place à l’optimisme », a-t-il déclaré.

M. Drucker a averti qu’il y a un risque que de nombreux scénarios imprévus se déroulent encore, principalement du côté de la santé plutôt que du côté économique. « L’éventail des scénarios possibles est large – et certains pourraient être moins positifs ».

Dans l’ensemble, l’économie d’Israël devrait être en phase avec l’évolution de l’économie mondiale.

« Certains des secteurs pourraient même être affectés positivement – comme le travail à distance entraînera une demande de solutions technologiques israéliennes – mais il est très tôt à ce stade pour en discuter », a-t-il déclaré.

Il n’y a aucune raison que l’économie israélienne soit plus affectée que d’autres économies, a-t-il ajouté. « Nous ne voyons aucun secteur spécifique en Israël qui soit affecté et qui ne soit pas affecté à l’étranger, même à un degré plus important. Il pourrait y avoir certains secteurs d’activité qui pourraient en bénéficier, comme la technologie. Pas toute la technologie. Les start-ups pourraient être plus affectées par le manque de financement, mais cela dépend aussi des produits et des services que les entreprises fournissent ».

A LIRE – Covid-19 : Comment les start-ups israéliennes s’adaptent à la nouvelle réalité ?

Le Fonds monétaire international a estimé de son côté lundi qu’une « profonde récession » en 2020 sur le continent européen était « un fait acquis » en raison des graves conséquences économiques de la pandémie due au coronavirus.

« Dans les grandes économies européennes, les services non essentiels fermés par décret gouvernemental représentent environ un tiers de la production », explique dans un billet de blog le directeur du FMI pour l’Europe, Poul Thomsen.

« Cela signifie que chaque mois où ces secteurs restent fermés, cela se traduit par une baisse de 3 % du PIB annuel », a-t-il ajouté, soulignant la « férocité étonnante » avec laquelle le Covid-19 a frappé l’Europe.

Sur la zone euro en particulier, M. Thomsen estime que « la détermination de (ses) dirigeants à faire le nécessaire pour stabiliser l’euro ne doit pas être sous-estimée », au moment où les critiques fusent sur l’incapacité des pays européens à se montrer solidaires face à la crise.

Il juge « particulièrement importants » l’intervention « à grande échelle » de la Banque centrale européenne, ainsi que « l’appel lancé par les dirigeants européens pour que le Mécanisme européen de stabilité (MES, le fonds de secours de la zone euro, ndlr) vienne compléter les efforts budgétaires nationaux ».

Cela permettra, poursuit-il, de « garantir que les pays dont la dette publique est élevée », comme par exemple l’Italie, pays particulièrement touché par l’épidémie, « disposent de la marge de manœuvre budgétaire dont ils ont besoin pour réagir énergiquement à la crise ».

La « principale préoccupation » du FMI « à ce stade » concerne plutôt « les petits pays en dehors de l’UE », explique Poul Thomsen.

« À l’exception de la Russie et de la Turquie, la plupart des neuf économies émergentes d’Europe centrale et orientale non membres de l’UE ont déjà demandé une aide d’urgence via les mécanismes de soutien financier rapide du FMI », rejoignant ainsi « plus de 70 autres pays membres dans le monde ».

L’AFP a contribué à cet article.

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