Excuses du journaliste qui a dit aux Éthiopiens de porter des « chapeaux pointus »
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Excuses du journaliste qui a dit aux Éthiopiens de porter des « chapeaux pointus »

Avri Gilad s'est excusé d'avoir appelé la communauté à se distinguer des migrants érythréens et soudanais essentiellement "criminels"

Le présentateur israélien de télévision Avri Gilad, le 2 février 2011 (Crédit : Oren Nahshon/Flash 90/File)
Le présentateur israélien de télévision Avri Gilad, le 2 février 2011 (Crédit : Oren Nahshon/Flash 90/File)

Une personnalité israélienne des médias, Avri Gilad, s’est excusé jeudi pour, selon ses termes, une blague mal formulée lors de son émission de radio, après avoir suggéré que les Juifs éthiopiens devraient porter « des chapeaux pointus » pour se différencier des autres Africains « criminels.

Alors qu’il interviewait l’éducateur éthiopien, Aviv Melesa, dans son émission matinale « Famille nucléaire » sur les ondes de la radio de l’armée mercredi, Avri Gilad a déclaré que les Juifs éthiopiens en Israël ressemblaient en apparence aux autres migrants d’Afrique. Il a proposé que les Éthiopiens portent des « chapeaux pointus » pour que les gens puissent les distinguer des migrants du Soudan et d’Érythrée.

« Je voudrais exprimer mon profond amour pour la communauté Éthiopienne et dire qu’à chaque fois que je les rencontre ou que je sympathise avec l’un d’entre eux, je sens que je gagne quelque chose que je ne peux pas gagner avec mes amis blancs », a-t-il assuré à l’antenne de son émission. « Il y a quelque chose d’ancien, d’africain, dont je me délecte. »

Il a poursuivi en les distinguant des migrants venus du Soudan et d’Érythrée, « une petite population qui est malheureusement très représentées chez les criminels, notamment les voleurs et les délinquants sexuels et autres ».

« Je présente mes excuses à tous ceux qui ont été injustement blessés », a écrit Avri Gilad sur sa page Facebook le lendemain, indiquant qu’il avait ajouté « une blague sur les chapeaux pointus qui me paraissait drôle sur le moment, mais avec le recul, elle n’a sûrement amusé que moi ».

Avri Gilad a précisé que les commentaires en direct à l’antenne peuvent souvent être maladroits, ajoutant qu’il portait un grand amour et un grand respect pour la communauté éthiopienne. Il s’est également excusé auprès des migrants érythréens « respectueux de la loi » pour les avoir stéréotypés.

Les commentaires du journaliste ont secoué les réseaux sociaux au lendemain de la mort dimanche soir d’un adolescent éthiopien, abattu par un policier qui n’était pas en service, dans le quartier Kiryat Haim à Haïfa. La mort de Solomon Tekah, 19 ans, est le deuxième meurtre d’un Éthiopien par un policier en six mois, soit plus d’une dizaine depuis cinq ans.

Une voiture en feu pendant une manifestation après la mort de Solomon Tekah, un Israélien d’origine éthiopienne abattu par un policier, à Tel Aviv, le 2 juillet 2019. (Crédit : Flash90

Cet homicide a donné lieu à deux jours de manifestations dans le pays, au cours desquelles des dizaines de personnes ont été blessés, 136 interpelées et des voitures de police renversées et incendiées.

L’officier de police qui n’était pas en service au moment des faits, et donc en civil, a été arrêté, soupçonné d’homicide involontaire, avant d’être assigné à résidence.

Plus de 140 000 Israéliens d’origine éthiopienne vivent en Israël. La majorité d’entre eux sont des enfants d’immigrants venus au sein de l’Etat juif dans les années 1980 et 1990. Un fort pourcentage des enfants éthiopiens a grandi dans la pauvreté et s’est souvent battu pour intégrer la société israélienne.

Des milliers de migrants venus du Soudan et d’Érythrée sont arrivés en Israël ces dix dernières années. Ils constituent la bête noire de la droite israélienne, qui tente de les expulser, craignant un déséquilibre dans la démographie d’Israël.

Solomon Tekah, un Israélien d’origine éthiopienne abattu par un policier qui n’était pas en service, à Kiryat Haim, le 30 juin 2019. (Autorisationà

Environ 800 personnes ont signé une lettre de réclamation envoyée à la radio de l’armée après les propos d’Avri Gilad, dénonçant « un discours raciste qui n’a pas sa place sur une radio publique », a rapporté la Douzième chaîne.

Sur Twitter, les utilisateurs se sont moqués de ces commentaires en publiant des photos de chapeaux du Ku Klux Klan et de bonnets d’âne.

Ce présentateur télé et radio est coutumier des déclarations controversées en direct. Plus tôt cette année, il avait été critiqué pour avoir affirmé que l’incendie de la cathédrale Notre Dame de Paris était l’œuvre d’islamistes et allégué que les enquêteurs français mentaient sur la véritable cause du drame. Les propos d’Avri Gilad, parmi lesquels « tous les Européens sont des menteurs », avaient été largement critiqués sur les réseaux sociaux, notamment par ses confrères de la Treizième chaîne.

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