Facebook retire des pubs de la campagne Trump comportant un symbole nazi
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Facebook retire des pubs de la campagne Trump comportant un symbole nazi

La campagne #StopHateForProfit, soutenue par 6 associations, commence-t-elle à porter ses fruits ?

Le président Donald Trump quitte la Maison Blanche à la fin d'un briefing sur le coronavirus dans la salle de presse James Brady, le 22 avril 2020, à Washington. (Crédit : AP Photo/Alex Brandon)
Le président Donald Trump quitte la Maison Blanche à la fin d'un briefing sur le coronavirus dans la salle de presse James Brady, le 22 avril 2020, à Washington. (Crédit : AP Photo/Alex Brandon)

Facebook a retiré des publicités publiées par la campagne électorale de Donald Trump, qui s’attaquaient à l’extrême-gauche et affichaient un triangle rouge inversé, le symbole utilisé par les nazis pour désigner les prisonniers politiques dans les camps de concentration.

« Nous avons enlevé ces posts et pubs parce qu’ils enfreignent notre règlement sur la haine organisée », a déclaré un porte-parole du géant des réseaux sociaux jeudi.

L’alerte a d’abord été donnée par le Washington Post, qui a signalé ces contenus problématiques à Facebook. La plateforme a ensuite dépublié les annonces qui comportaient le triangle rouge.

« Nous n’autorisons pas les symboles qui représentent des organisations haineuses ou des idéologies haïssables à moins que ce soit pour les condamner », a rappelé Nathaniel Gleicher, le directeur des règlements sur la cyber-sécurité chez Facebook, interrogé lors d’une audience au Congrès américain jeudi sur l’article du Washington Post.

Le triangle rouge utilisé dans les messages de campagne Facebook de Donald Trump ressemble fortement à un symbole utilisé par les nazis. (Capture écran/Facebook)

Le triangle rouge apparaissait sur certains messages de campagne sponsorisés par le président américain, le vice-président Mike Pence, et la page de l’équipe de campagne « Team Trump » (« équipe Trump »).

Le texte attaquait les « dangereuses hordes de groupes d’extrême-gauche » et appelait les internautes à signer une pétition contre les « Antifa » ou anti-fascistes, que le chef d’Etat a accusé, sans preuves, de causer des dégradations dans les manifestations contre les violences policières.

Les nazis faisaient porter ce symbole aux prisonniers politiques de gauche.

« Nos règles interdisent le recours à ce symbole (…) sans le contexte qui le condamne ou en discute », a précisé le porte-parole du réseau.

Le débat sur la modération des publicités et propos politiques sur les plateformes agite les Etats-Unis depuis des mois, à moins de 140 jours de l’élection présidentielle.

Facebook autorise les pubs à caractère politique et refuse de soumettre les propos des candidats et élus à son programme de vérification de faits, dans l’intérêt du public à se faire sa propre opinion.

Mais leurs messages restent soumis aux règles générales contre le terrorisme, l’apologie de la violence ou encore les fausses informations pratiques sur les scrutins.

Des associations de défense des Noirs américains et de la société civile avaient plus tôt lancé un appel au boycott de Facebook par les annonceurs pendant le mois de juillet, pour obtenir une meilleure régulation des groupes y incitant à la haine, au racisme ou à la violence.

« Que pourrait faire Facebook avec ses 70 milliards de revenus publicitaires ? Pourraient-ils protéger et soutenir leurs utilisateurs noirs ? Pourraient-ils classer le négationnisme de la Shoah comme de la haine ? Ils pourraient, mais ils choisissent de ne pas le faire », ont proclamé les associations sur Twitter mercredi.

Baptisée #StopHateForProfit (« Non à la haine pour les profits »), cette campagne est notamment soutenue par la National Association for the Advancement of Colored People (NAACP), ColorOfChange, ADL (Anti-Defamation League, une organisation juive), FreePress et Sleeping Giants.

Elles ont diffusé leur appel sur les réseaux et aussi via un encart dans le Los Angeles Times, diffusé par d’autres journaux.

« Aujourd’hui, nous demandons à toutes les entreprises solidaires avec les valeurs américaines de liberté, d’égalité et de justice de ne pas faire de pub sur les services de Facebook en juillet », détaille l’annonce.

« Envoyons un message puissant à Facebook : vos profits ne valent pas que l’on promeuve la haine, l’intolérance, le racisme, l’antisémitisme et la violence. »

Les associations reprochent notamment à Facebook d’avoir inclus le site Breitbart, de l’extrême droite américaine, parmi ses partenaires médias pour son fil d’actualités.

Plus récemment, elles n’ont pas accepté le refus du patron Mark Zuckerberg de modérer des messages polémiques de Donald Trump, considérés par Twitter, de nombreux observateurs et employés de Facebook comme relevant de l’incitation à la violence.

Les messages du président portaient cette fois-ci sur les manifestations et émeutes qui ont suivi la mort de George Floyd, un Afro-Américain de 46 ans asphyxié par un policier blanc à Minneapolis.

Ce meurtre a entraîné une mobilisation sans précédent, dans la rue et sur les réseaux, pour protester contre le racisme systémique au sein de la police et de la société américaines.

De nombreuses entreprises ont depuis annoncé des dons ou lancé des initiatives pour montrer leur solidarité avec ces mouvements, y compris Facebook.

Twitter a de son côté jeudi apposé un avertissement concernant une vidéo publiée par Donald Trump. « Média manipulé », lit-on en dessous d’une vidéo attribuée à CNN (« Un jeune enfant terrorisé court pour échapper à un bébé raciste »).

Ce jeudi, le Conseil constitutionnel a censuré le cœur de la loi Avia sur la lutte contre la haine en ligne, jugeant que certaines nouvelles obligations à la charge des opérateurs de plateformes internet étaient attentatoires à la liberté d’expression et de communication.

Le grand rabbin de France Haïm Korsia a regretté une décision « qui illustre manifestement les errements de notre société pour combattre efficacement et avec une détermination absolue ce fléau ». Il « demande instamment que tous les moyens soient mis en oeuvre pour lutter contre la haine, comme cette loi le prévoyait ».

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