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Fin de vie : des soignants aux religieux, une palette de positions en France

Le sujet sensible a alimenté des débats ces dernières années ; il s'agirait d'une "rupture anthropologique", "frisant l'eugénisme", a déclaré le grand rabbin de France Haïm Korsia

Définition du dictionnaire du terme Euthanasie. (Crédit : iStock)
Définition du dictionnaire du terme Euthanasie. (Crédit : iStock)

La fin de vie, au centre d’une prochaine convention citoyenne, suscite une palette de réactions face à l’éventualité d’un changement de loi.

Le sujet, sensible, a alimenté des débats ces dernières années, face à des cas médiatisés ou à l’exemple d’autres pays européens ayant autorisé une aide active à mourir très encadrée (Belgique, Pays-Bas, Espagne…).

Voici un aperçu des positions de plusieurs acteurs de la société:

Soignants

La galaxie des soignants paraît au moins partagée, voire majoritairement hostile ou inquiète face à l’éventuelle légalisation d’une aide active à mourir.

« Ces questions extrêmement complexes nous mettent en tension, nous, les médecins », avait observé en septembre Jean-François Delfraissy, président du Comité national d’éthique et immunologiste.

S’il avait jugé que « les médecins français au sens très large ont évolué sur ce sujet », le Pr Delfraissy avait évoqué le cas particuliers des équipes de soins palliatifs, avec lesquelles « il va falloir prendre le temps de la discussion ».

Huit organisations de soignants ou d’établissements de soins palliatifs se sont ainsi alarmées d’un « changement éthique majeur ». « Donner la mort n’est pas un soin », a plaidé notamment la Société française d’accompagnement et de soins palliatifs (Sfap), en insistant sur un accès élargi aux soins palliatifs.

Illustration. Des médecins et infirmiers aux Urgences de l’hôpital Wolfson à Holon, le 13 août 2018. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

L’Ordre des médecins, « pas favorable à l’euthanasie », a réclamé, en cas de changement de loi, une « clause de conscience ».

A titre personnel, des médecins, qui ont témoigné anonymement d’euthanasies clandestines pour des proches ayant « supplié de les aider à mourir », ont appelé à cesser le « bricolage en douce » alors que « ça pourrait être fait proprement, par des médecins qui savent ce qu’ils font ».

Partis

Toute la gauche est pour un changement législatif, au nom d’une « fin de vie digne » et de la liberté de choisir sa mort, lorsque la souffrance due à une maladie incurable devient insupportable.

La droite et l’extrême droite y sont hostiles, s’inquiétant parfois d’un risque de « banaliser l’euthanasie », et réclament une meilleure application de la loi actuelle et des soins palliatifs.

Pour la majorité présidentielle, la position sur la fin de vie est plus incertaine.

Le président français Emmanuel Macron prononce un discours lors d’une conférence de presse sur la France prenant la présidence de l’UE, à Paris, le 9 décembre 2021. (Crédit: Ludovic MARIN / POOL / AFP)

Promise par Emmanuel Macron pendant sa campagne comme un outil de « consensus », la convention citoyenne s’apprête à démarrer ses travaux. Après avoir semblé avancer vers une grande réforme sociétale de second mandat, le chef de l’Etat a paru plus tempéré, peut-être pour ne pas diviser.

En avril 2021, l’Assemblée nationale avait débattu après une proposition de loi d’Olivier Falorni. Son examen avait été bloqué par 3 000 amendements d’obstruction, mais 240 députés avaient approuvé le principe d’une « assistance médicalisée active à mourir ».

Depuis peu, ce député (ex-PRG désormais MoDem) et partisan de l’euthanasie est chargé de piloter la mission d’évaluation de la loi Claeys-Leonetti.

Cultes

Les cultes catholique, protestant, juif et musulman, ont exprimé ces dernières semaines, dans plusieurs tribunes, un « ensemble de préoccupations partagées », tout en prévenant qu’il ne s’agissait pas de « présenter un front uni, politique, qui voudrait s’imposer ».

Sur le fond, tous insistent en préalable pour un développement accru des soins palliatifs et une évaluation de la loi Claeys-Leonetti.

Défendant le respect « absolu » de la vie, les cultes estiment qu’un passage à l’euthanasie (via une « aide active à mourir ») constituerait une « rupture » majeure.

Cela ouvrirait « la voie à la relativisation de l’interdit de tuer », pourtant « fondateur », juge Pierre d’Ornellas, archevêque de Rennes, spécialiste de bioéthique. Il s’agirait d’une « rupture anthropologique », « frisant l’eugénisme », abonde le grand rabbin de France Haïm Korsia. « Le suicide, c’est pour nous un péché », indique le recteur de la Grande mosquée de Paris, Chems-eddine Hafiz.

Le grand rabbin de France Haim Korsia prononce un discours lors d’un événement appelé « La nuit des survivants » à Paris, le 23 décembre 2019. (Crédit : AP Photo/Kamil Zihnioglu)

Les catholiques appellent aussi à ne pas réduire la fin de vie « à sa dimension technique ou juridique », et l’ex-président du Conseil français du culte musulman (CFCM), Mohammed Moussaoui, met en garde contre une « culpabilisation » des plus vulnérables.

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