France : Appels à manifester afin que l’assassin de Sarah Halimi soit jugé
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France : Appels à manifester afin que l’assassin de Sarah Halimi soit jugé

Des rassemblements sont prévus à Paris, Marseille et Clermont-Ferrand le dimanche 5 janvier

Sarah Halimi, défenestrée en avril 2017 à Paris. (Crédit : autorisation)
Sarah Halimi, défenestrée en avril 2017 à Paris. (Crédit : autorisation)

La décision de justice de reconnaître pénalement irresponsable l’assassin de Sarah Halimi, sexagénaire juive assassinée en 2017, continue à provoquer des remous au sein de la société française.

Ces derniers jours, plusieurs appels à manifester ont été lancés afin que la justice reprenne et juge l’affaire et l’assassin, Kobili Traoré.

La LICRA Paris a ainsi appelé au rassemblement le 5 janvier prochain.

« Parce que Sarah Halimi a été tuée une première fois parce que Juive. Parce que la justice ne veut pas d’un procès à la face du monde montrant l’antisémitisme qui tue en France, Sarah Halimi est morte une seconde fois. Parce que si nous ne faisions rien, elle mourrait une troisième fois et nous perdrions notre âme. Rendez-vous toutes et tous petits et grands dimanche 5 janvier à 15h, place de la République », a publié l’organisation sur Facebook.

Un podium doit être installé place de la République et la marche devrait arriver à la boutique où travaillait Ilan Halimi, située sur le boulevard Voltaire, une heure plus tard, suite à son assassinat en janvier 2006. Un groupe de 500 motards devraient se joindre à l’évènement.

Des marches sont également prévues à Marseille et à Clermont-Ferrand.

« Si c’était notre maman est-ce que nous aurions hésité ? Sarah Halimi a été massacrée de coups et défenestrée. Ce fait antisémite nous oblige à mobiliser tout le monde et tous ceux qui sont épris de justice et de vérité. Le dimanche 5 janvier à 15h au départ de la préfecture de Clermont-Ferrand nous entamerons une marche (symbolique) vers le tribunal, je compte sur vous pour mobiliser et sur votre présence », a écrit Steven Seksek de l’association « Union des patriotes français juifs ».

La marche de Marseille, organisée par l’antenne locale du Crif, doit elle démarrer à 15h le 5 janvier de la préfecture de région pour se diriger vers le tribunal de Grande Instance de la ville.

À Paris, le Crif, qui n’a pas appelé à manifester le 5 janvier dans la capitale, organisera un rassemblement le 9 janvier à 19h en mémoire aux victimes de l’attentat de l’Hyper Cacher de janvier 2015.

L’évènement aura lieu Porte de Vincennes, devant l’Hyper Cacher. La mémoire de Sarah Halimi sera associée à l’évènement.

« Une nouvelle fois, les Français juifs ressentent [suite à l’attentant contre l’Hyper Cacher] ce sentiment angoissant de vivre un destin à part dans leur propre pays, loin de la solidarité de leurs compatriotes », a écrit Francis Kalifat, président du Crif, qui a également écrit une lettre à la Procureure générale auprès de la Cour d’appel de Paris le 21 décembre dernier suite à la décision dans l’affaire Sarah Halimi.

Ce samedi, déjà, un rassemblement a été organisé devant le Palais de Justice de Paris afin de protester contre la décision.

« J’étais présente à la manifestation en mémoire de Sarah Halimi dont l’assassin barbare sera exempté de jugement et de sanction pour ‘altération du jugement’ pour avoir fumé du cannabis ! Que la lumière de Hanoukka éclaire enfin la Justice de notre pays ! », a écrit sur Twitter Isabelle Balkany, première adjointe au maire de Levallois-Perret, présente à l’évènement, lors duquel ont été allumées les bougies de Hanoukka.

Après les réactions de nombreux citoyens, Juifs comme non-Juifs, de responsables communautaires, de personnalités publiques et de responsables politiques, le grand-rabbin de France a signé mercredi une tribune dans Le Figaro intitulée « Madame la Ministre, il faut que le meurtre de Sarah Halimi soit jugé ».

Dans une tribune pour le site Boulevard Voltaire, le magistrat Philippe Bilger a répondu au grand-rabbin en estimant qu’il n’aurait pas dû écrire à la ministre, cela n’étant pas de son ressort.

« Je déplore que le grand rabbin de France, avec l’autorité qu’il a et le prestige de son statut, se soit engagé dans ce combat non pas douteux mais inopportun : il n’avait pas à s’en mêler », écrit-il.

Hier, maitre Oudy Bloch, avocat du frère de Sarah Halimi, a écrit dans une tribune pour le site Huffingtonpost.fr : « Il arrive parfois de ne pas être d’accord avec une décision de justice mais de mieux la comprendre à la lecture de sa motivation. Ce ne sera pas le cas de l’arrêt rendu par la chambre de l’instruction le 19 décembre dernier. Selon cette dernière en effet, l’irresponsabilité pénale de M. Traoré tient de ce qu’il ’n’avait pas conscience’ que l’usage massif de cannabis pouvait entraîner une bouffée délirante aiguë. »

« C’est à n’y rien comprendre », explique-t-il, poursuivant son raisonnement : « Voilà donc un individu consommateur quotidien de haschich depuis 13 ans (jusqu’à 15 joints par jour quand même), sujet à une irritabilité croissante, des montées de paranoïa et des crises de rage incontrôlées, à la recherche de cannabis plus puissant pour se ‘défoncer’ plus encore – et qui se met donc volontairement en situation de risque pour lui et pour autrui – et en dépit de tout cela un collège d’experts prétend, sans rougir, qu’il ne pouvait pas savoir. »

Dans une interview avec le journal Actualité juive, maitre Muriel Ouaknine-Melki, également avocate des parties civiles et présidente de l’OJE (Organisation juive européenne), a elle expliqué : « Cet arrêt est finalement la suite logique d’une affaire qui a démarré avec une première incompréhension, à savoir l’inertie de la police qui était présente sur les lieux du crime au moment où Sarah Halimi était encore en vie, et qui n’est intervenue qu’une fois le crime accompli. Cet arrêt est la suite logique d’une instruction totalement irrationnelle qui a été menée en dépit du bon sens, et uniquement à décharge par la juge d’instruction. Toutes les demandes d’actes d’investigation des parties civiles ont été refusées : la reconstitution, la circonstance aggravante d’acte de torture et de barbarie, la préméditation, les investigations sur le téléphone portable de l’assassin, les investigations à la mosquée salafiste qu’il fréquentait… Cet arrêt est enfin la suite logique d’un désaccord extraordinaire entre le Procureur de la République qui souhaitait le renvoi de Kobili Traoré devant une cour d’assises le jugeant suffisamment responsable, et le Parquet Général qui s’y est opposé farouchement et a requis l’irresponsabilité pénale. »

L’avocate revient également sur la dimension antisémite du crime en expliquant que l’assassin a choisi sciemment sa victime car Juive, et qu’il ne s’en est pas pris à la famille Diarra, chez lesquels il s’est introduit pour escalader le balcon de Sarah Halimi, pour cette raison. Elle rappelle également que l’homme a reconnu durant l’audience fréquenter une mosquée salafiste, d’où sont partis en Syrie de nombreux djihadistes.

« En vérité, la justice a peur, dénonce Francis Kalifat au journal La Croix. Peur de faire le procès de l’islamisme terroriste qui n’a jamais pu avoir lieu. Soit les auteurs sont morts, comme dans le cas de l’attentat de Toulouse ou de l’Hyper-cacher. Soit ils sont pénalement irresponsables. »

« En 15 ans, douze personnes ont été tuées en tant que Juif », conclut-il.

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