France : les patrouilles « anti-burkini » sur la Côte d’Azur relancent la polémique
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France : les patrouilles « anti-burkini » sur la Côte d’Azur relancent la polémique

La controverse a de nouveau pris de l'ampleur suite à la publication dans la presse britannique de photos de contrôle de police

Une Tunisiennes portant un «burkini», un maillot de bain complet conçu pour les femmes musulmanes très pratiquantes, à la plage de Ghar El Melh près de Bizerte, au nord-est de Tunis, le 16 août 2016. (Crédit: AFP/Fethi Belaid)
Une Tunisiennes portant un «burkini», un maillot de bain complet conçu pour les femmes musulmanes très pratiquantes, à la plage de Ghar El Melh près de Bizerte, au nord-est de Tunis, le 16 août 2016. (Crédit: AFP/Fethi Belaid)

Des photos montrant une femme portant un foulard et soulevant sa tunique sous l’oeil de policiers ont relancé avec force mercredi la polémique sur l’interdiction du burkini sur certaines plages françaises, amenant le gouvernement à mettre en garde contre toute « stigmatisation ».

Risque d’humiliation des musulmanes, « pain bénit » pour les jihadistes : l’inquiétude montait en France face aux arrêtés pris par certaines villes du littoral au nom de la lutte contre le prosélytisme fondamentaliste.

La controverse, qui gronde depuis une quinzaine de jours, a pris une nouvelle ampleur après la publication dans la presse britannique de photos d’un contrôle de police sur une plage de Nice (sud-est).

Sur les clichés, non floutés, une femme, foulard sur les cheveux, legging aux jambes, semble ôter sa tunique devant quatre agents sur une plage de la célèbre Promenade niçoise, frappée le 14 juillet par un sanglant attentat jihadiste (86 morts).

Selon la mairie de Nice, elle ne s’est pas dévêtue ni n’a été forcée à le faire, mais elle a soulevé sa chemise pour montrer aux policiers qu’elle portait un maillot de bain en dessous. Comme elle refusait de se baigner autrement, elle a reçu une amende puis a quitté la plage.

Cette explication n’a pas empêché les photos, mises en ligne mardi soir par le tabloïd Daily Mail, de se propager sur internet, où elles ont suscité une indignation mondiale.

« C’est un nouveau fascisme, une nouvelle France… Horrible », a twitté la militante tunisienne Amira Yahyaoui. « Question du jour : combien de policiers armés faut-il pour forcer une femme à se déshabiller en public? », s’est aussi indigné le directeur de la communication Europe de Human Rights Watch, Andrew Stroehlein.

En France, où vit la principale communauté musulmane d’Europe (5 millions de personnes), le Conseil français du culte musulman (CFCM) s’est inquiété « de la tournure prise par le débat public » autour de la tenue de bain couvrante choisie par certaines musulmanes.

« Devant la peur grandissante » de discrimination chez les musulmans de France, l’organisation a sollicité une audience d’urgence avec le ministre de l’Intérieur et des Cultes, Bernard Cazeneuve.

« La mise en œuvre de la laïcité et la possibilité de prendre ces arrêtés ne doit pas conduire à des stigmatisations ou à ‘l’antagonisation’ des Français les uns contre les autres », a déclaré le ministre à l’issue de leur entrevue.

‘Rhétorique anti-France’

Une vingtaine de communes françaises, surtout sur la Côte d’Azur (sud-est), ont pris cet été des arrêtés pour interdire aux femmes de se rendre à la plage avec une tenue « manifestant de manière ostentatoire une appartenance religieuse » ou non « respectueuse de la laïcité ».

Ces arrêtés ne font pas explicitement référence au burkini (contraction de burqa et bikini), et laissent donc une marge d’interprétation sur les tenues susceptibles d’être interdites.

Le CFCM regrette ainsi qu’une femme ait été verbalisée à Cannes (sud-est) « alors qu’elle portait un simple foulard en accompagnant juste ses enfants ». Cette mère de famille de 34 ans, invectivée par des passants au moment de son contrôle selon un témoin, a annoncé mardi vouloir contester la contravention qui lui a été dressée.

Le Conseil d’Etat, plus haute juridiction administrative française, se penchera jeudi sur la légalité de ces interdictions.

Au-delà du risque de surenchère ou de stigmatisation, certains craignent que ces arrêtés ne fassent qu’aggraver les tensions identitaires en France et nourrissent la propagande jihadiste.

Pour « les sympathisants jihadistes », les photos prises à Nice sont « du pain bénit », a estimé le journaliste David Thompson, spécialiste des réseaux jihadistes français sur le portail France info. Elles « représentent l’incarnation même de leur rhétorique anti-France : celle d’un pays ennemi de l’islam, présenté comme une terre de mécréance par excellence, où l’on humilie les musulmans sous le regard passif d’un public immobile ».

« Plus on interdira et/ou plus on stigmatisera ces tenues, plus on contribuera à leur conférer, par réaction, la valeur d’un symbole identitaire », a pour sa part averti la sénatrice écologiste Esther Benbassa, dans une tribune au quotidien Libération.

Les ventes de burkinis ont été dopées par le débat français, a d’ailleurs affirmé à l’AFP la créatrice australienne de cette tenue, Aheda Zanetti.

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