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France : une cagnotte pour les victimes de violences sexuelles d’un rabbin

Un ancien rabbin français, écarté par le Grand rabbinat, est accusé d'avoir exercé une emprise psychologique sur ses victimes et de les avoir violées

France : Une cagnotte pour les victimes de violences sexuelles d’un rabbin
France : Une cagnotte pour les victimes de violences sexuelles d’un rabbin

« Nous avec elles » est une opération de soutien à des victimes de violences psychologiques et sexuelles. Dans ce cadre, une cagnotte a été lancée récemment afin de venir en aide à « Amélie », l’une des nombreuses victimes d’un rabbin qui œuvrait dans la communauté juive française (l’homme a depuis été écarté de ses fonctions).

« Dans la dignité, Amélie s’efforce d’émerger et de retrouver un équilibre, mais elle est dans une situation financière trop précaire pour entamer des démarches de reconstruction. C’est pour lui venir en aide que ‘Nous avec elles’, confiant dans votre empathie et votre générosité, vous sollicite », écrivent les cinq organisateurs de la cagnotte : Sarah Bloch-Elkouby, Janine Elkouby, Emmanuel Bloch, Hanna Ruimy et Michael Blum. Leur objectif est de parvenir à collecter 10 000 €.

Sarah Bloch-Elkouby, originaire de Strasbourg, ancienne avocate, docteur en psychologie clinique et assistante professeure en psychiatrie à l’hôpital Mount Sinai Beth Israel à New York, a fait son alyah depuis la France en 2000.

Elle explique que leur groupe s’est constitué il y a un an et demi, lorsque l’une des victimes d’un ex-rabbin français les a informés d’une relation qu’elle avait eue avec ce rabbin, et de ce qu’elle qualifiait d’emprise.

Afin de protéger l’anonymat des victimes, ils ont décidé de ne pas donner trop d’informations permettant d’identifier le rabbin incriminé, ni de détails précis sur l’affaire.

Je vous fait part d'un message important concernant la cagnotte que nous avons lancé récemment pour venir en aide à des…

Posted by Michael Blum on Tuesday, March 8, 2022

« Notre groupe a mené une enquête pour comprendre s’il s’agissait d’une relation extra-conjugale ponctuelle ou d’un plus vaste système. Des entrevues avec plusieurs personnalités dans la communauté juive nous ont convaincus qu’il s’agissait de quelque chose de plus grave », indique Sarah Bloch-Elkouby. « Puis, grâce à un texte que cette jeune femme a posté sur les réseaux sociaux, plusieurs victimes se sont mises en contact avec elle, puis avec nous. Les relations qu’elles avaient eues avec cet homme ne laissaient pas de doute – il s’agissait d’un système de séduction, que l’on peut certainement qualifier de prédation. Certaines des femmes étaient ciblées sur les réseaux sociaux, d’autres en personne, et le type de relation différait aussi – certaines ont parlé de relations sexuelles dans le cadre d’une relation affective et dans l’ensemble respectueuse, alors que dans d’autres cas il y a eu des séries d’agressions sexuelles allant jusqu’au viol. Dans tous les cas, les victimes ne connaissaient pas l’existence d’autres victimes. Dans certains cas, elles ne savaient pas que cet ex-rabbin était marié. »

Suite à ces faits, ils ont décidé de « ne pas rester silencieux » et de « réfléchir au mode d’action le plus juste ». « Nous avons alerté l’employeur de ce rabbin, auquel des preuves irréfutables de ces relations ont été présentées. Le rabbin a immédiatement démissionné et a été interdit d’enseigner ou d’officier par le Grand rabbinat. Suite à cette première étape, se posait la question de savoir comment aider les victimes que nous connaissons, mais aussi comment atteindre et soutenir les autres victimes potentielles de ce rabbin, l’empêcher de nuire, et empêcher d’autres agressions sexuelles dans la communauté juive », dit-elle.

« Parmi les actions qui nous semblaient importantes, nous avons essayé de soutenir les victimes, et de les aider à trouver des associations qui leur apportent un soutien psychologique, juridique, et social. Pour faire bref, même si certaines associations sont extraordinaires, il n’est pas facile d’obtenir des aides financières. Et dans le cas présent, une des victimes au moins se trouve dans une situation de grande précarité. Face à cela, et au vu de l’impact du traumatisme qu’elle a vécu après une longue période sous emprise au cours de laquelle elle a été victime de viol et d’agressions sexuelles graves par cet ex-rabbin, il nous semblait qu’il nous incombait de l’aider. »

Les fonds récoltés permettront ainsi à « Amélie » de parer à ses besoins les plus immédiats : « se nourrir, se loger dans un logement salubre, et recevoir de l’aide professionnelle pendant qu’elle travaille d’arrache-pied pour survivre et se reconstruire. »

Si le nombre exact de victimes du rabbin reste indéterminé, Sarah Bloch-Elkouby explique avoir été en contact « avec plusieurs jeunes femmes, et sur la base de ce qu’elles nous ont raconté, il semble fort probable qu’il y en ait eu beaucoup d’autres ».

« Étant donné que certaines des victimes ciblées par cet ex-rabbin n’avaient qu’un contact très limité avec la communauté juive, il est malheureusement fort possible que certaines d’entre elles soient encore sous son emprise. Nous savons aussi que cet ex-rabbin avait été exfiltré d’une autre communauté suite à une affaire de mœurs impliquant une ou deux jeunes étudiantes », explique-t-elle.

La cagnotte Leetchi sera ouverte jusqu’au 30 avril. Pour l’heure, elle a récolté 144 dons.

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