Fuyant la récession et la violence, des Juifs brésiliens s’installent en Israël
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Fuyant la récession et la violence, des Juifs brésiliens s’installent en Israël

L’immigration depuis le Brésil a doublé au cours des quatre dernières années alors que les membres de la communauté forte de 120 000 personnes cherchent la sécurité personnelle et financière

La famille Teitelbaum accueillie en Israël par le président de l'Agence Juive, Nathan Sharansky, en 2010 (Crédit : Autorisation de la famille Teitelbaum)
La famille Teitelbaum accueillie en Israël par le président de l'Agence Juive, Nathan Sharansky, en 2010 (Crédit : Autorisation de la famille Teitelbaum)

RIO DE JANEIRO (JTA) – Pendant quatre ans, llana Lerner Kalmanovich a emprunté un bus étouffant et plein pendant trois heures chaque jour afin de rejoindre l’Université Fédérale de Rio de Janeiro où elle suivait un cursus d’éducation physique et de nutrition.

Les raids de la police dans les favelas à proximité bloquaient souvent l’autoroute tandis que les balles perdues d’affrontements aux armes à feux représentaient une menace constante.

Même sur le campus de l’Université Fédérale, le plus vieux et parmi les plus pretigieux du Brésil, Kalmanovich ne se sentait pas en sécurité. Les attaques à main armée étaient monnaie courante, et, de temps en temps, des corps étaient retrouvés dans les bois alentours.

Kalmanovich a donc décidé de partir pour Israël. Elle avait passé une année entière dans le pays 10 ans plus tôt dans le cadre d’un programme de jeunes et était tombée amoureuse du pays. Bien qu’elle ait la nationalité allemande et qu’elle aurait pu se construire une nouvelle vie en Europe, elle n’a jamais eu de doute qu’elle irait refaire sa vie dans l’Etat juif.

« Israël est l’endroit où je me sens à la maison, heureuse, parmi mon peuple, » a déclaré Kalmanovich à JTA. « Nous disons ‘Shabbat shalom’ au chauffeur de bus, à l’éboueur, au vendeur. Tout le monde partage presque le même niveau économique et social. Nous célébrons tous les mêmes fêtes nationales. C’est comme vivre dans un énorme kibboutz de 8 millions de personnes. Ici, je suis la norme, pas l’exception ».

Kalmanovich n’est pas seule. L’alyah du Brésil a plus que doublé au cours des quatres dernières années, de 191 en 2011 à plus de 400 pour l’instant cette année.

L’augmentation moyenne de l’alyah pour toute l’Amérique latine pendant la même période s’élevait à seulement 7 %. Tout en ayant environ moitié moins de Juifs qu’en Argentine voisine, le Brésil a envoyé plus d’immigrants en Israël pendant les deux dernières années. Autour de 120 000 juifs vivent au Brésil.

« Ils cherchent un meilleur futur, a déclaré Gladis Berezowsky, 58 ans, qui aide à diriger Beit Brésil, une ONG basée en Israël et établie en 2014 pour assister les Brésiliens voulant s’installer en Israël.

Le Brésil, une nation de 200 millions d’habitants, fait face à sa plus forte récession depuis 25 ans, avec une économie qui devrait se réduire de presque 2 % cette année, par rapport à la croissance du PIB de 7 % en 2010. Le real brésilien a baissé de 138 % par rapport au dollar américain au cours des cinq dernières années et le taux d’inflation se rapproche des 10 %.

Le pays est l’un des plus violents au monde, avec plus de 58 000 victimes brésiliennes de mort violente en 2014.

« Plus de personnes sont tuées chaque année au Brésil par des violences intentionnelles que n’importe où ailleurs dans le monde, y compris dans la plupart des zones de guerre de la planète », a déclaré Robert Muggah, un directeur de recherche d’un groupe de réflexion basé à Rio qui étudie le lien entre violence et traffic de drogue.

« La violence absurde à Rio reportait nos projets d’avoir des enfants », a déclaré Silvia Brafman, 33 ans, qui a déménagé de la deuxième plus grande ville du Brésil vers Haïfa en octobre dernier avec son mari.

« Le haut taux de chômage et le manque d’opportunités étaient la deuxième raison de notre départ pour Israël. La vague actuelle d’attaques au couteau ne nous fait pas peur du tout. Ce qui me fait vraiment peur, c’est la langue qui pourrait bien retarder mon entrée sur le marché du travail ».

Fabio Erlich, 33 ans, n’a pas eu ce problème. Erlich, qui a déménagé l’année dernière avec sa femme et ses trois enfants vers la ville centrale d’Israël de Modiin, avait des emplois dans deux yeshivas de Jérusalem avant qu’il arrive grâce l’aide de deux amis brésiliens qui étaient déjà installés dans le pays.

« Nous voulions donner à nos enfants une meilleure qualité de vie dans les domaines de l’éducation, de la société et la religion, a déclaré Erlich. Israël te permet d’être juif sans restriction, non seulement à l’extérieur mais principalement à l’intérieur. Trouver un emploi en Israël a rendu notre grand rêve sioniste possible ».

Fabio Erlich, debout à gauche, avec sa famille et d'autres émigrés brésiliens dans la ville israélienne de Modiin (Crédit : Autorisation de la famille Erlich)
Fabio Erlich, debout à gauche, avec sa famille et d’autres émigrés brésiliens dans la ville israélienne de Modiin (Crédit : Autorisation de la famille Erlich)

Les Juifs brésiliens ont traditionnellement profité d’une vie de classe moyenne, mais les choses changent. Plusieurs écoles juives ont fusionné et sont en train de le faire, tandis que des directeurs de plusieurs d’entre elles déclarent que le nombre de demandes pour des bourses n’a jamais été aussi haut.

« Nous avons vu une augmentation de 100 % des demandes récemment », a déclaré Yehoshua Goldman, le représentant en chef de Habad à Rio, qui dirige Lar da Esperanca (Maison d’Espoir), une organisation pour les juifs dans le besoin.

Malgré le ralentissement économique, les prix de l’immobilier ont presque triplé dans certains quartiers de Rio au cours des cinq dernières années. Carlos Cohen, 36 ans, spécialiste en informatique, ne pouvait par se permettre les loyers exorbitants, alors il a trouvé un appartement dans une favela à proximité de son bureau. Quand sa fille est née, Cohen a réalisé qu’il devait partir.

« Le marché de la nouvelle technologie est très dynamique ici, a déclaré Cohen, qui a déménagé dans la ville côtière de Netanya. Tu n’as pas d’emplois que si tu n’en veux pas. Nous sommes tellement fiers d’appeler cet endroit le nôtre, où nous pouvons vraiment mettre notre citoyenneté en pratique. La violence urbaine est presque inexistante, le sentiment de sécurité est absolu. Nous pouvons maintenant faire notre famille dans un meilleur endroit ».

Pour Martin et Michele Teitelbaum, être braqué en plein jour à Higienopolis, un quartier chic et avec une forte présence juive de Sao Paulo, dans la plus grande ville du pays, a été la goutte de trop. En 2010, ils ont pris leurs trois enfants, âgés de 2, 5 et 7 ans, et sont partis pour Raanana, une ville du centre d’Israël avec une grande population d’immigrants d’Europe et d’Amérique.

« Au Brésil, je n’étais rien qu’un de plus qui essayait de survivre », a déclaré Martin.

« La vie était quelque chose de superflu là-bas, avec de nombreuses valeurs inversées, a ajouté Michele. Ici, en Israël, nous donnons de la valeur à ce qui est important ».

La psychologue Rita Cohen Wolf est dans le quartier de Teitelbaums de Raanana, où elle s’est installée en 1977 après avoir été volée huit fois au Brésil. La dernière fois, elle avait un pistolet pointé sur la tête.

En 2014, Wolf a publié une lettre ouverte à la président Dilma Rousseff sur Facebook dans laquelle elle critiquait la violence au Brésil. Elle a été étonnée de la voir republiée dans la presse brésilienne.

« Au Brésil, la violence se ressent chaque jour, a-t-elle déclaré à JTA. En Israël, on ne se sent pas menacé par la violence imminente. Le sentiment de sécurité avec notre police et notre armée et l’unité de la population renforce le sentiment généralisé que nous ne sommes pas seuls ».

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