Gavin Newsom : Je n’ai jamais accepté et n’accepterai jamais de financement de l’AIPAC
Le gouverneur, pressenti pour la présidentielle de 2028, illustre combien le rejet du lobby pro-Israël devient un test déterminant au sein du Parti démocrate
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JTA – Lorsqu’un journaliste lui a dit qu’il ne voterait jamais pour un candidat qui accepte le soutien de l’AIPAC, le gouverneur de Californie, Gavin Newsom, a été pris de court.
« C’est intéressant », a répété Newsom à plusieurs reprises. S’il s’est distancié du groupe de pression pro-Israël, affirmant qu’il n’avait « aucune incidence » sur sa « vie quotidienne », il n’a toutefois pas précisé s’il accepterait un jour son soutien. Ses détracteurs l’ont accusé d’avoir esquivé la question.
Cela s’est passé en octobre dernier. Cette semaine, sa réponse était plus claire.
« Je ne l’ai jamais fait et je ne le ferai jamais », a affirmé Newsom dimanche, lorsqu’on lui a demandé s’il accepterait des fonds de l’AIPAC.
Ce n’était pas la première fois que Newsom affichait son refus d’accepter de l’argent de l’AIPAC, ou d’autres groupes de pression, notamment ceux liés aux industries du tabac et du pétrole. Cette position n’est toutefois pas surprenante : l’AIPAC ne participe pas aux élections locales, et Newsom ne s’est présenté qu’à des scrutins pour le poste de gouverneur depuis 2018.
Cependant, largement perçu comme un candidat potentiel à l’investiture démocrate pour la présidentielle de 2028, Newsom semble chercher à séduire une base électorale de plus en plus critique envers Israël et pour laquelle le soutien de l’AIPAC est devenu un marqueur déterminant.
Les signes, montrant que le soutien à Israël constitue un handicap croissant pour les responsables politiques nationaux, se multiplient . Des sondages indiquent que l’appui à Israël est tombé à moins de 10 % parmi les démocrates et qu’il recule également chez les républicains. Une enquête interne du Comité national démocrate a en outre révélé que Kamala Harris avait perdu des voix lors de l’élection de 2024 en raison de sa position sur la guerre menée par Israël à Gaza, a rapporté Axios cette semaine.
Aujourd’hui, les démocrates modérés qui ont toujours voté en faveur de politiques pro-Israël prennent leurs distances avec l’AIPAC, ce qui montre à quel point ce groupe pro-Israël est devenu toxique dans la politique électorale.
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’exprime dans une vidéo depuis Israël lors de la conférence politique 2019 de l’American Israel Public Affairs Committee (AIPAC), au Washington Convention Center, à Washington, DC, le 26 mars 2019. (Crédit : Jose Luis Magana/AP)
Newsom a été le premier maire en exercice de San Francisco à se rendre en Israël en 2008, selon J., le journal juif de Californie du Nord. Élu gouverneur de Californie depuis 2019, il représente un État qui compte plus de 1,2 million de Juifs, soit plus de 16 % de la population juive américaine, selon l’American Jewish Year Book 2024.
Il s’est rendu en Israël moins de deux semaines après le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023, où il a rencontré des Israéliens affectés par l’attaque ainsi que de hauts responsables, dont Benjamin Netanyahu.
Lors de la vague de manifestations pro-palestiniennes en 2024, Newsom a signé une loi obligeant les universités publiques à mettre à jour leurs codes de conduite et à instaurer une formation obligatoire contre la discrimination, dans un contexte de hausse des actes antisémites au sein des établissements universitaires. Il a également promulgué un texte visant à lutter contre les « décharges haineuses », afin de limiter la diffusion de tracts contenant des messages menaçants.
Plus tôt cette année, il a déclaré être « très clair dans son amour pour Israël – et dans sa condamnation de Bibi [Netanyahu] », affirmant qu’il existait une différence entre les deux.
Dans un podcast avec le commentateur conservateur Ben Shapiro en janvier, Newsom a estimé que les propos tenus par Netanyahu au sujet des Palestiniens lors de leur rencontre étaient « déshumanisants ». Il a rejeté les accusations de « génocide », de plus en plus répandues parmi certains responsables démocrates, affirmant ne leur accorder « aucune légitimité ». Il a toutefois dit comprendre « cette tendance de la part de certains à affirmer » qu’Israël avait commis un « génocide » en raison de sa conduite pendant la guerre.
Selon les données pondérées compilées par Race to the WH, Newsom est actuellement en tête des candidats démocrates potentiels, même si certains sondages le placent derrière Kamala Harris ou Pete Buttigieg.
Depuis un an, il adopte une stratégie singulière pour une figure majeure du Parti démocrate, en invitant dans son podcast des personnalités de droite telles que Shapiro, Charlie Kirk et Steve Bannon, figures du mouvement MAGA.
« Nous pouvons choisir de tracer des lignes de fracture et de rester chacun dans notre camp. Mais nous devons au contraire élargir le cercle et apprendre à vivre ensemble malgré nos désaccords », a-t-il confié mardi à NPR.
En tournée dans le Tennessee, la Géorgie et la Caroline du Sud pour promouvoir son livre, Newsom présente ces déplacements comme une tentative de séduire des électeurs dans des États républicains. Il a fait la une des médias à Atlanta cette semaine en révélant qu’il « ne pouvait pas lire » ses discours en raison de sa dyslexie.
Les positions de Newsom sur Israël ont suscité les critiques de certains progressistes, dont le représentant californien Ro Khanna.
« Il ne veut pas offenser les donateurs de l’AIPAC », l’accusait Khanna en janvier, reprochant à Newsom son refus de qualifier Israël de génocidaire. « Il ne veut pas offenser les donateurs. Cela explique sa position consistant à donner carte blanche à Netanyahu juste après le 7-Octobre, à ne pas vouloir dénoncer le financement que nous lui accordions, à ne pas vouloir qualifier clairement cela de génocide, puis à ne pas vouloir défier la classe des milliardaires sur la politique fiscale. »
Aucune trace ne montre que Newsom ait reçu des dons de l’AIPAC. Un document déposé lors de sa campagne municipale en 2003 indique toutefois que son équipe avait versé 500 dollars à l’AIPAC à titre de « don civique ».
Ses déclarations récentes, faites lors d’un entretien avec le YouTuber Adam Mockler dans le cadre de la promotion de son livre, n’ont pas mis fin aux critiques venues de la gauche sur les positions de Newsom sur Israël et les Palestiniens.
« Gavin Newsom est un ancien donateur de l’AIPAC », a écrit sur X le compte Track AIPAC, qui milite contre le lobby pro-Israël. « Il refuse de reconnaître le génocide à Gaza, a tenté de réprimer les manifestations pro-palestiniennes et continue de soutenir une aide inconditionnelle à Israël. Il ne sera jamais président. »
La cofondatrice de Track AIPAC, Cory Archibald, a toutefois salué, dans un commentaire ultérieur, la déclaration de Newsom comme une victoire.
« J’aimerais également que nous prenions un moment pour apprécier à quel point c’est un exploit que Gavin Newsom se sente obligé de déclarer, en février 2026, qu’il rejette l’AIPAC », a écrit Archibald.
Elle a ajouté que « l’argent de l’AIPAC sera l’enjeu déterminant de la course électorale de 2028. Vous verrez. »
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