Grève générale des Arabes en Israël sur fond de « Jour de colère » palestinienne
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Grève générale des Arabes en Israël sur fond de « Jour de colère » palestinienne

Dans une démonstration d'unité, les Arabes israéliens et les Palestiniens ont dit qu'ils défileraient contre les politiques israéliennes à Jérusalem et Gaza

Des Arabes israéliens manifestent près de l'entrée des villes du nord d'Israël pendant la grève générale déclarée par les dirigeants arabes. (Crédit : Zo HaDerech)
Des Arabes israéliens manifestent près de l'entrée des villes du nord d'Israël pendant la grève générale déclarée par les dirigeants arabes. (Crédit : Zo HaDerech)

Palestiniens et Arabes israéliens participent mardi à une grève générale dans tout Israël, en Cisjordanie et à Gaza pour protester contre les politiques israéliennes en direction des Palestiniens.

Ils devraient manifester contre les frappes israéliennes à Gaza ainsi que contre les actions entreprises récemment par Israël à Jérusalem, mardi après-midi et dans la soirée.

« C’est la première fois que nous voyons presque tout le monde prendre part à un tel mouvement. On avait déjà essayé auparavant de mobiliser mais jamais nous n’avions vu un tel résultat », estime Castro Othman, un résident de Tamra, une localité du nord d’Israël.

Othman attribue le fort taux de participation à la grève au rythme effréné des événements qui ont marqué ces derniers jours : le raid de la police israélienne sur le mont du Temple – un site saint pour les musulmans comme pour les Juifs – après des émeutes des fidèles musulmans ; les importants heurts inter-ethniques survenus dans les municipalités israéliennes, avec des affrontements entre bandes juives et arabes ; et les hostilités ouvertes entre Israël et le groupe terroriste du Hamas, qui a tiré des milliers de roquettes en direction de l’État juif, entraînant des centaines de frappes aériennes de Tsahal.

« Nous avons le sentiment d’être au cœur d’un combat existentiel », continue Othman.

Le Hamas, qui dirige la bande de Gaza et le Fatah, qui bénéficie d’une gouvernance limitée sur une partie de la Cisjordanie, ont appelé leurs partisans à se mobiliser pour la grève.

Des magasins ferment dans la ville arabe israélienne de Kfar Qassim, au centre d’Israël, dans le cadre de la grève générale contre les frappes israéliennes à Gaza, le 18 mai 2021. (Crédit : Sayyed Abd al-Wahed Issa)

Le Hamas a également appelé les manifestants à défiler vers les checkpoints israéliens et aux endroits où les soldats sont déployés – qualifiés de « points de friction » – et à affronter les forces israéliennes.

Les appels à prendre part à la grève sont devenus rapidement viraux sur les réseaux sociaux arabophones, semblant se propager du territoire israélien en Cisjordanie et à Gaza dans la journée de lundi. Des panneaux rouges appelant à la grève se sont multipliés dans les villes de tout le pays.

Lundi, le mouvement du Fatah a encouragé ses membres à participer à la grève générale, que les Palestiniens ont qualifiée de « Jour de colère ». L’Autorité palestinienne, dominée par le Fatah, a autorisé ses fonctionnaires à se mettre en grève mardi, exception faite des personnels de santé et de quelques autres groupes.

Cette grève survient alors qu’Israël et le Hamas sont entrés dans le neuvième jour de leurs hostilités ouvertes. Des milliers de roquettes ont été tirées depuis Gaza vers les villes et les villages israéliens : l’État juif, pour sa part, a répondu par d’importantes frappes aériennes sur des cibles terroristes.

Ces combats ont fait plus de 200 morts du côté palestinien, a fait savoir le ministère de la Santé dirigé par le Hamas. L’armée israélienne affirme qu’un grand nombre de ces victimes étaient des terroristes et que des pertes civiles étaient inévitables, le Hamas installant ses combattants et ses commandants dans des zones résidentielles. Du côté israélien, le bilan meurtrier s’élève à dix personnes, dont un petit garçon de cinq ans.

Les Palestiniens et les Arabes israéliens sont soumis à trois différents gouvernements – Israël, le Hamas et l’Autorité palestinienne. Cette grève est une tentative de faire une démonstration d’unité nationale à un moment de forte crise.

Mardi matin, d’importantes parties du centre-ville de Jérusalem sont restées calmes, avec les boutiques situées à proximité de la porte de Damas et de la Vieille Ville qui ont gardé le rideau baissé.

Dans la ville arabe israélienne de Kafr Qassem, dans le centre du pays, la majorité des magasins sont aussi restés fermés, selon des activistes locaux.

« Depuis ce matin, on marche partout dans la ville. Il y a une adhésion quasi-générale à la grève », déclare Sayyid Abd al-Wahid Issa, à la tête d’un groupe activiste.

Dans certaines villes et villages arabes du nord d’Israël, les habitants ont dressé des stands artisanaux à proximité de l’entrée des localités pour encourager les résidents à prendre part au mouvement.

La Haute-commission de suivi arabe a voté, dimanche soir, en faveur de la participation à la grève générale, dans tout Israël, en signe de mécontentement contre les politiques israéliennes et notamment contre ce qu’elle a qualifié « d’agressions continues contre Gaza et Jérusalem ».

La commission, une instance qui réunit les décisionnaires politiques arabes israéliens de tout le spectre politique, a indiqué qu’elle coordonnerait des « activités pacifiques » avec l’aide des municipalités et des activistes locaux.

La Commission a aussi condamné les politiques israéliennes mises en place dans le quartier sensible de Sheikh Jarrah, à Jérusalem-Est, ainsi que les violences en bande contre des Arabes qui ont été perpétrées dans des villes et des villages de tout le pays. L’État juif a connu des émeutes significatives ces derniers jours, en particulier dans les localités où résident côte à côte Juifs et Arabes.

Des roquettes sont lancées par les groupes terroristes palestiniens de la bande de Gaza vers Israël, le mercredi 12 mai 2021. (Crédit : AP Photo / Khalil Hamra)

La décision de rejoindre ou d’ignorer le mouvement de grève des Arabes israéliens a divisé le parti islamiste Raam. Le dirigeant de la formation, Mansour Abbas, était, paraît-il, opposé à cette initiative, a fait savoir la station de radio arabophone Nas.

Abbas, qui fait face à des dissensions croissantes au sein de Raam, a brillé par son absence lors de la rencontre des dirigeants arabes israéliens qui a décidé du mouvement de grève. Un autre parlementaire de Raam, Mazen Ghanaim, qui avait pris sa place, a voté en faveur de l’initiative.

Et, lundi dans la soirée, le Mouvement islamique – dont Raam est l’aile politique – a annoncé qu’il participerait lui aussi à la grève.

« Le mouvement islamique appelle la population issue de la communauté arabe et les Palestiniens à adhérer pleinement et très largement à la grève de demain… en signe de protestation et de rejet des agressions israéliennes à l’encontre de notre peuple », a fait savoir un communiqué du mouvement islamique, lundi soir.

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