Israël en guerre - Jour 197

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Grippe aviaire chez les grues de la vallée de Hula : qui va collecter les carcasses ?

Le ministère de l'Agriculture et l'Autorité de la nature et des parcs se renvoient la balle alors que les cadavres de grues se multiplient

Sue Surkes est la journaliste spécialisée dans l'environnement du Times of Israel.

Une grue morte dans un champ inondé de la vallée de Hula. (Crédit : Nadav Israeli, Société pour la protection de la nature en Israël)
Une grue morte dans un champ inondé de la vallée de Hula. (Crédit : Nadav Israeli, Société pour la protection de la nature en Israël)

Alors que dans la vallée de Hula, au nord d’Israël, les cadavres de quelque 130 grues sauvages mortes de la grippe aviaire sont en train de se décomposer, les autorités se querellent pour savoir qui doit se chargerde leur collecte, ce qui laisse craindre une propagation du virus susceptible de donner lieu à une épidémie comme celle qui a dévasté l’industrie avicole du nord et tué quelque 8 000 grues fin 2021.

Selon Uri Naveh, scientifique en chef adjoint de l’Autorité israélienne de la nature et des parcs, si les oiseaux morts ne sont pas retirés, ils pourraient infecter les centaines de milliers d’oiseaux sauvages qui vont bientôt survoler le pays à l’occasion de la traditionnelle migration de printemps, le mois prochain.

En 2021, une épidémie de cette souche hautement contagieuse de la grippe aviaire H5N1 a tué près de 1,6 million de poulets et de dindes dans le nord d’Israël, et près de 8 000 grues, essentiellement dans la vallée de Hula, sans oublier des canards, de grands pélicans blancs et des oiseaux de proie, quoiqu’en plus petit nombre. La grippe, mortelle pour les oiseaux, peut également infecter les mammifères, jusqu’aux humains.

Mercredi, l’Autorité israélienne de la nature et des parcs a annoncé la fermeture au public de la réserve naturelle de Hula en raison de cette épidémie de grippe chez les oiseaux.

Dana Sela-Klein, qui suit le nombre d’oiseaux infectés grâce à diverses sources dans la vallée de Hula, estime que sur les 190 grues mortes jusqu’à présent, 60 seulement ont été retirées. Celles qui ne l’ont pas encore été se trouvent la plupart du temps dans les champs, et certaines se trouveraient encore dans la réserve naturelle gérée par l’Autorité israélienne de la nature et des parcs, explique-t-elle.

Une grue morte dans un champ privé, inondé par les récentes pluies. (Crédit : Nadav Israeli, Société pour la protection de la nature en Israël)

Le problème est que l’autorité de la vallée de Hula est du ressort de plusieurs ministères et organisations, et que les fonds manquent pour assurer le ramassage des cadavres en raison des dépenses de guerre à Gaza. Les éleveurs, qui ne peuvent ramasser seuls les carcasses en raison des risques pour leur santé, n’ont pas d’autre choix que d’attendre que les autorités agissent.

Lundi, la Société pour la protection de la nature en Israël – qui n’a pas de responsabilité en la matière – a demandé au ministre de l’Agriculture Avi Dichter d’intervenir.

Les principaux ministères impliqués dans la gestion de la grippe aviaire sont le ministère de l’Agriculture, responsable des oiseaux en voie de disparition, et le ministère de la Santé, chargé lui de protéger la population contre les maladies.

Dans la vallée de Hula, le Fonds national juif KKL-JNF est à la tête du parc du lac Hula, d’une superficie de 5 kilomètres carrés. Situé à seulement 5,7 kilomètres de la frontière israélo-libanaise, où l’armée israélienne affronte quotidiennement l’organisation terroriste du Hezbollah soutenue par l’Iran, le parc est fermé au public depuis le 7 octobre, date à laquelle des milliers de terroristes du Hamas ont traversé la frontière depuis Gaza pour assassiner près de 1 200 personnes et kidnapper 253 otages.

Aujourd’hui, on n’y croise guère que des agriculteurs et des soldats. Efy Naim, qui gère les ressources naturelles du KKL dans la vallée de Hula, a rapidement identifié la maladie, mis en place un groupe WhatsApp pour rassembler les différentes parties prenantes et demandé au parc de désinfecter les chaussures de toutes les personnes entrant et travaillant dans le parc, ainsi que les roues des véhicules. Le nombre quotidien de victimes de la grippe aviaire est resté inférieur à 10 depuis le 2 février, date du début de l’épidémie dans le parc.

Dans la mesure où le virus apprécie l’eau froide, le parc a ouvert des barrages pour libérer de l’eau douce dans le lac, où les oiseaux aiment passer la nuit.

Selon Naim, des équipes parcourent le parc à la recherche de signes de grippe aviaire et retirent les carcasses.

Un garde désinfecte les roues d’une voiture dans le parc du lac Hula pour stopper la propagation de la grippe aviaire. (Fonds national juif KKL-JNF)

L’Autorité israélienne de la nature et des parcs, organisme public indépendant chargé des animaux sauvages, gère la réserve naturelle de Hula, distincte du parc du lac Hula. Lundi, elle a signalé la présence de 21 carcasses de grues infectées par la grippe aviaire, contre quatre le 6 février, date de début du décompte. Les chiffres augmentent chaque jour.

Ailleurs dans la vallée, les agriculteurs cultivent sur une superficie de quelque 60 kilomètres carrés. Le nombre de carcasses y augmente – 67 ont été dénombrées lundi – sans que personne ne les ramasse.

Qui est responsable des grues dans les champs ?

Suite à l’épidémie de 2021, un forum a été mis en place sous l’égide du ministère de l’Agriculture afin de coordonner les besoins budgétaires et la réponse aux futures épidémies.

Collecte des carcasses de grues sauvages mortes de la grippe aviaire dans la réserve naturelle du lac Hula dans le nord d’Israël, le 27 décembre 2021. (Hadas Kahaner, Autorité israélienne de la nature et des parcs)

Dans une déclaration publiée lundi par le Times of Israël, le ministère de l’Agriculture renvoie la balle à l’Autorité israélienne de la nature et des parcs, estimant que l’épidémie est « mineure et limitée aussi bien dans le spectre de la maladie que du nombre d’oiseaux infectés ».

« La procédure de traitement de la grippe aviaire établit clairement que les cas de grippe aviaire chez les oiseaux sauvages sont du ressort de l’Autorité israélienne de la nature et des parcs et que le traitement des oiseaux du parc du lac Hula de celui du Fonds national juif KKL-JNF, en collaboration avec l’INPA », poursuit la déclaration.

Par ailleurs, les actions doivent être menées conformément aux directives des services vétérinaires du ministère de l’Agriculture, précise le communiqué.

Pour autant, l’Autorité israélienne de la nature et des parcs assure qu’elle n’est pas responsable de la collecte de tous les oiseaux infectés du pays.

L’autorité a été durement touchée par la guerre contre le Hamas. Elle accuse un déficit de 150 millions de shekels, selon sa PDG Raya Shourky, qui a dû licencier près de 500 travailleurs saisonniers, et dont nombre de ses employés permanents se battent en ce moment à Gaza.

Uri Naveh, scientifique en chef adjoint de l’Autorité israélienne de la nature et des parcs. (Autorité israélienne de la nature et des parcs)

« Il n’est pas écrit dans la loi que nous [l’Autorité israélienne de la nature et des parcs] sommes responsables de la collecte de toutes les carcasses », explique Naveh, en charge de la grippe aviaire à l’organisation de protection de la nature. « Ceux qui le pensent ne savent pas ce que c’est de travailler au sein d’un collectif. »

« Du fait de la guerre, il n’y a pas d’argent pour le ramassage des oiseaux infectés. Ce n’est pas en disant que quelqu’un d’autre est responsable que l’on va résoudre le problème. Il faut faire de la prévention », poursuit-il.

Naveh fait valoir qu’il appartient à l’État de financer une entreprise qui travaillerait sous l’égide des services vétérinaires du ministère de l’Agriculture pour collecter et éliminer les oiseaux morts.

Par voie de communiqué, le ministère de la Santé pointe également du doigt les services vétérinaires, selon lui responsables de la collecte des oiseaux et des animaux infectés.

Lundi, des responsables de l’Autorité israélienne de la nature et des parcs, des Services vétérinaires et des ministères de la Santé et de la Protection de l’environnement se sont réunis pour évoquer la lente augmentation du nombre de grues mortes depuis fin janvier. Ils ont décidé de demander à leurs directeurs généraux respectifs d’intervenir.

Ofer Barnea. (Autorisation)

Les agriculteurs sont les principaux perdants

Ofer Barnea, qui représente les agriculteurs du Nord depuis 15 ans pour toutes les questions liées aux grues, estime que les autorités supposées s’occuper de la grippe aviaire sont insuffisamment mobilisées.

« Nous attendons une solution, et les autorités se renvoient la balle », regrette-t-il. « C’est fou. il y a des dizaines de grues mortes dans des zones agricoles, les prédateurs les mangent mais rien ne se passe. Impossible d’imaginer jusqu’où l’infection va aller dans ces circonstances. »

Des cas isolés de grippe aviaire ont été signalés chez des dindes dès septembre dernier et les premiers oiseaux sauvages, plus tard – un oiseau de proie au kibboutz Hulata dans la vallée de Hula le 9 janvier et une grue dans le kibboutz Lahavot Habashan le 31 janvier -. Deux jours plus tard, trois grues mortes étaient découvertes dans le parc du KKL. Des tests ont révélé que deux d’entre eux étaient morts de la grippe aviaire.

Efy Naim, en charge des ressources naturelles du Fonds national juif KKL-JNF dans la vallée de Hula, dans le nord d’Israël. (Crédit : Haim Varsano, KKL)

La semaine dernière, l’Autorité israélienne de la nature et des parcs a ordonné l’arrêt de l’alimentation des grues, autorisée depuis des années dans un champ appartenant au parc du lac Hula, ce qui lui a été reproché à la fois par le KKL et les agriculteurs.

Les oiseaux étaient nourris afin de les éloigner des champs des agriculteurs. En conséquence, des dizaines de milliers de grues ont commencé à hiverner dans le parc au lieu de s’envoler vers l’Afrique, ce qui a attiré un grand nombre de curieux. Néanmoins, l’une des conclusions de l’épidémie de grippe aviaire de 2021 est que cette concentration d’oiseaux a contribué à la propagation rapide du virus.

Photo non datée de grues dans la réserve du lac Hula dans le nord d’Israël. (Crédit : Nati Shohat/Flash90)

Privées de nourriture, les grues se sont envolées vers d’autres parties de la vallée de Hula à la recherche de nourriture, ce qui rend plus difficile la surveillance de la propagation du virus, selon Naim du KKL.

L’agriculteur Barnea ajoute que les oiseaux causent des dommages aux cultures, raison pour laquelle des gardes doivent être embauchés pour les effrayer et les éloigner des champs agricoles.

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