Hagel : la Maison Blanche n’a pas de stratégie en Syrie, n’était pas préparée pour l’EI
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L’ancien sénateur déclare que certains dans l’administration ont essayé de le « détruire » après sa démission

Hagel : la Maison Blanche n’a pas de stratégie en Syrie, n’était pas préparée pour l’EI

L’ancien secrétaire à la Défense déclare que la décision d’Obama de ne pas cibler Assad après l’utilisation d’armes chimiques par le régime a été un coup dur pour la crédibilité des Etats-Unis

Chuck Hagel (Crédit: CC BY-ND Gerald R. Ford School of Public Policy, Flickr)
Chuck Hagel (Crédit: CC BY-ND Gerald R. Ford School of Public Policy, Flickr)

L’ancien secrétaire à la Défense Chuck Hagel n’a retenu aucun coup dans un entretien récent, accusant la Maison Blanche d’avoir échoué à concevoir une stratégie cohérente pour la Syrie et de n’être absolument pas préparée à la montée du groupe terroriste Etat islamique.

Il a aussi accusé certaines personnes de l’administration Obama d’avoir essayé de le « détruire » politiquement après ses derniers jours à ce poste.

Dans un entretien au magazine Foreign Policy publié vendredi, l’ancien sénateur républicain qui a rejoint l’administration Obama – et a été vilipendé par ses collègues du parti pour cela – a déclaré que la décision de s’abstenir d’attaquer le régime d’Assad après son utilisation d’armes chimiques sur sa propre population en août 2013 a été un terrible faux pas.

La décision contredisait un avertissement précédemment émis par Obama au président syrien Bachar el-Assad qu’utiliser de telles armes serait franchir une « ligne rouge ».

« Que cela ait été la bonne décision ou non, l’histoire le déterminera, a déclaré Hagel. Il ne fait aucun doute dans mon esprit que cela a nui à la crédibilité de la parole du président quand c’est arrivé ».

Il a déclaré qu’un président revenant sur sa parole infligeait un coup dur majeur à la réputation des Etats-Unis à l’étranger.

« La parole d’un président est quelque chose d’important, et quand le président dit quelque chose, c’est important », a déclaré Hagel à Foreign Policy.

Le président Barack Obama dans le bureau oval avec ses conseillers pour discuter d'une nouvelle stratégie pour la situation en Syrie. (Crédit: Pete Souza/Official White House Photo)
Le président Barack Obama dans le bureau oval avec ses conseillers pour discuter d’une nouvelle stratégie pour la situation en Syrie. (Crédit: Pete Souza/Official White House Photo)

Selon Foreign Policy, les homologues de Hagel dans le monde entier lui ont dit que leur confiance dans le leadership des Etats-Unis avait été ébranlée par le soudain changement de cap d’Obama.

Hagel a déclaré que même maintenant, dix mois après qu’il ait cessé d’être secrétaire à la Défense, des dirigeants étrangers lui en parlent toujours.

L’ancien chef de la Défense a cité l’épisode comme typique des difficultés de la Maison Blanche à formuler une politique efficace sur la guerre civile syrienne.

Hagel a déclaré que malgré les efforts de l’administration pour rester à l’écart du conflit syrien, l’avancée rapide de l’Etat islamique est venue « secouer » la Maison Blanche.

Alors qu’Obama avait initialement écarté la menace de l’EI dans un entretien de juin 2014, comparant le groupe terroriste à une « équipe junior », Hagel avait déclaré au mois d’août de cette même année à des journalistes que le groupe était « au-delà de tout ce que nous avons vu ».

Des combattants de l'Etat islamique dans une vidéo produite par le groupe (Crédit : capture d'écran YouTube/VICE News)
Des combattants de l’Etat islamique dans une vidéo produite par le groupe (Crédit : capture d’écran YouTube/VICE News)

Alors même que la guerre progressait et devenait de plus en plus brutale, a-t-il déclaré, les fonctionnaires américains tenaient d’interminables réunions dont rien ne ressortait.

« Déjà, il y avait beaucoup trop de réunions. Les réunions n’étaient pas productives, a déclaré Hagel. Je ne pense pas que nous soyons arrivés plusieurs fois là où nous devions être. Nous continuions à reporter les décisions compliquées. Et il y avait toujours trop de monde dans la pièce. »

Aux grandes réunions à la Maison Blanche, où certains des participants étaient des gens du personnel qu’il ne connaissait même pas, Hagel a préféré être bref, craignant que sa position ne parvienne aux médias. « Plus vous avez de personnes dans une pièce, plus vous avez de possibilités de fuites intéressées dans la presse pour façonner et influencer les décisions ».

Faisant écho aux critiques faites par ses prédécesseurs, Robert Gates et Leon Panetta, Hagel a déclaré que la Maison Blanche ‘micro-gérait’ le Pentagone, à un point handicapant.

Les critiques d’Hagel suggèrent que Washington n’a pas seulement été pris sur le fait sans être préparé pour le tableau confus émergeant de la guerre civile syrienne, mais également qu’il pourrait bien ne pas avoir une stratégie efficace dans un avenir proche.

L’article de Foreign Policy est paru vendredi, le jour où le conseil de sécurité de l’ONU a adopté une résolution sur le processus de paix pour la Syrie qui ne mentionne pas de date de départ pour le président Bachar el-Assad, – s’il doit partir.

Dans une conférence de presse de fin d’année tenue le même jour, Obama a déclaré que sa stratégie en Syrie – principalement contre l’Etat islamique – serait efficace, mais a répété qu’il continuerait à ne recourir qu’à des moyens aériens.

Hagel a également utilisé l’entretien pour accuser des fonctionnaires non cités de l’administration qui ont essayé de le « détruire » personnellement dans ses derniers jours à son poste, en le fustigeant dans des commentaires anonymes faits à des journaux.

« Bien qu’il ne les cite pas, les critiques d’Hagel visent clairement la conseillère à la sécurité nationale d’Obama, Susan Rice, et certains de ses conseillers. D’anciens assistants d’Hagel, et d’anciens fonctionnaires de la Maison Blanche, déclarent que le secrétaire à la Défense a souvent affronté Rice sur la politique syrienne et la prison militaire américaine de Guantanamo », a rapporté Foreign Policy.

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