Har Adar : après l’attentat d’un homme d’entretien, on reconsidère l’emploi de Palestiniens
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Har Adar : après l’attentat d’un homme d’entretien, on reconsidère l’emploi de Palestiniens

Nombre de résidents de l'implantation pacifique veulent garder de bonnes relations avec leurs employés des villages arabes voisins, mais reconnaissent que des changements sont à prévoir après l'attentat meurtrier

Jacob Magid est le correspondant implantations du Times of Israël

Des travailleurs palestiniens devant l'implantation de Har Adar, après l'attentat terroriste meurtrier du 26 septembre 2017. (Crédit : Jacob Magid/Times of Israël)
Des travailleurs palestiniens devant l'implantation de Har Adar, après l'attentat terroriste meurtrier du 26 septembre 2017. (Crédit : Jacob Magid/Times of Israël)

HAR ADAR, Cisjordanie – Les résidents de l’implantation verdoyante, située en périphérie de Jérusalem, ont tenté de revenir à une certaine normalité, quelques heures après qu’un employé palestinien a commis un attentat meurtrier à l’entrée réservée aux employés. Mais ils sont nombreux à admettre « réévaluer » l’idée d’employer des travailleurs palestiniens.

« Même si j’aimerais penser que le Palestinien qui a travaillé pour moi pendant 11 ans est différent, je ne sais pas s’il ne deviendra pas fou comme celui de ce matin », a dit Mor Ben-David, résident de Har Adar, dans la queue du supermarché de l’implantation.

Mardi matin, Nimer Mahmoud Ahmad Jamal a ouvert le feu sur des gardes de sécurité à l’entrée arrière de l’implantation. Il a tué le garde-frontière Solomon Gavriyah, 20 ans, et deux agents de sécurité privés Youssef Ottman, 25 ans, de la ville voisine d’Abu Gosh, et Or Arish, 25 ans, de Har Adar. Amit Steinhart, coordinateur de la sécurité de l’implantation, a été grièvement blessé.

Comme de nombreuses autres personnes de l’implantation composée de villas de luxe au nord-ouest de Jérusalem, Ben-David emploie un Palestinien pour nettoyer sa maison. Agée de 39 ans, cette mère de 3 enfants a admis être « mitigée » quant à la poursuite de cet emploi.

Forces de sécurité sur les lieux d'un attentat perpétré devant l'implantation de Har Adar, le 26 septembre 2017. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Forces de sécurité sur les lieux d’un attentat perpétré devant l’implantation de Har Adar, le 26 septembre 2017. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

« D’un côté, il est comme un membre de la famille », a déclaré Ben-David, au sujet de son employé palestinien, qui est originaire de Beyt Surik, tout comme le tueur. Craignant pour sa sécurité, elle a refusé de donner son identité. « Je veux qu’il revienne demain, mais ce genre d’évènements a indéniablement un impact à long terme. »

Quelques minutes après la fusillade, Ben-David a reçu des appels de ses amis, qui craignaient que le terroriste ne soit son employé. « Les gens ici pensent que je suis folle de l’employer. »

Jamal, qui a été abattu par les forces de sécurité sur les lieux de l’attentat, faisait partie des centaines de Palestiniens qui entrent à Har Adar chaque jour, grâce à leur permis de travail. La majorité d’entre eux est employée dans le secteur de la construction par le conseil municipal, mais ils sont nombreux à travailler comme agents d’entretien pour des familles de l’implantation.

La ville de 4 000 habitants est, en majeure partie, située à l’est de la Ligne verte, même si, contrairement à d’autres, ceux qui y vivent ne sont pas idéologiquement attachés à la Cisjordanie, et ne se considèrent pas comme des « colons ».

Lors des élections de 2015 à la Knesset, l’Union sioniste a été la grande gagnante dans l’implantation, remportant près de 40 % des voix.

L’implantation, nommée d’après une installation radar britannique qui y était stationnée durant la période du mandat britannique, a récemment fêté son trentenaire.

De gauche à droite : Solomon Gavriyah, Youssef Ottman et Or Arish, les trois Israéliens tués dans un attentat à Har Adar, le 26 septembre 2017. (Crédit : autorisation)
De gauche à droite : Solomon Gavriyah, Youssef Ottman et Or Arish, les trois Israéliens tués dans un attentat à Har Adar, le 26 septembre 2017. (Crédit : autorisation)

Des résidents ont déclaré au Times of Israël que le terroriste travaillait à Har Adar depuis des années, et qu’il avait récemment renouvelé son permis de travail pour une famille de nouveaux arrivants.

L’un des employeurs de Jamal, Michal Amidror, l’a défini comme « totalement normal » et « de bonne composition », dans une interview à la radio israélienne, quelques heures après l’attentat.

Elle a ajouté avoir été choquée d’apprendre que « l’homme qui nettoyait notre maison depuis deux ans et demi était le terroriste. »

Comme dans beaucoup d’autres implantations de Cisjordanie, les Palestiniens employés ne sont pas autorisés à conduire une fois la barrière franchie. À Har Adar, ils marchent, se garent ou se font déposer à l’entrée arrière, où leurs employeurs israéliens viennent les chercher.

Les habitants de l'implantation de Har Adar après l'attentat terroriste meurtrier du 26 septembre 2017. (Crédit : Jacob Magid/Times of Israël)
Les habitants de l’implantation de Har Adar après l’attentat terroriste meurtrier du 26 septembre 2017. (Crédit : Jacob Magid/Times of Israël)

En journée, les travailleurs ne sont pas autorisés à quitter leur lieu de travail, et doivent être raccompagnés à l’entrée arrière de l’implantation en fin de journée.

Anat Knafo, 54 ans, a décrit la relation qu’entretient sa famille avec les différents employés palestiniens qu’ils ont pu avoir comme « authentique et humaine ».

« Je connaissais toutes leurs fêtes de famille. Quand le fils de l’un de mes employés était malade, nous l’avons conduit à l’hôpital », a-t-elle dit.

Mais Knafo, qui siège également à la commission de sécurité de l’implantation, a souligné que des changements significatifs doivent être apportés à la « routine quotidienne » des résidents, d’un point de vue sécuritaire.

Elle a appelé au bouclage de l’ensemble des villages palestiniens jusqu’à ce qu’une « réévaluation » soit menée. « Nous ne savons pas s’il a travaillé seul », a ajouté Knafo.

« Une partie de moi pense que c’est la fin de l’histoire, et qu’il n’y aura pas de paix, mais en même temps, je veux que Muhammad revienne », a-t-elle déclaré au sujet de son employé palestinien.

Quand des attaques similaires avaient eu lieu par le passé, Knafo raconte qu’elle s’était assise avec Muhammad pour jauger sa réaction. « Il participait à ces conversations en faisant profil bas. Il admettait qu’il y avait un problème dans sa communauté, mais m’assurait qu’il n’était pas influencé [par les terroristes] comme l’étaient d’autres. »

Nimer Mahmoud Ahmed Jamal, qui a tué trois Israéliens et en a blessé un grièvement devant l'implantation de Har Adar, le 26 septembre 2017. (Crédit : Facebook)
Nimer Mahmoud Ahmed Jamal, qui a tué trois Israéliens et en a blessé un grièvement devant l’implantation de Har Adar, le 26 septembre 2017. (Crédit : Facebook)

Knafo a ajouté qu’au cours de ces conversations, elle tenait à rappeler à Muhammad « à quel point il est chanceux » de travailler pour elle. « Même si nous sommes une implantation, nous avons de bonnes relations avec les villages arabes voisins », dit-elle.

Mais les autres résidents n’étaient pas aussi intéressés à maintenir ces relations. Tali, 45 ans (qui a demandé à ce que son nom de famille ne soit pas publié), a déclaré qu’elle encourageait ses voisins à n’employer que des Juifs. « J’ai eu un employé palestinien que j’ai renvoyé au bout de deux jours, car il avait volé », a-t-elle raconté, admettant qu’elle n’avait pas pu prouver le vol.

« Ils nous détestent. Ils incitent [à la haine] contre nous dans leurs écoles et dans les haut-parleurs de leurs mosquées, et nous leur fournissons des permis de travail ? C’est insensé », dit-elle en quittant le supermarché.

« La plupart des gens ici ne pensent pas comme elle », a affirmé Motti Gross, résident de Har Adar, après le départ de Tali. « Je ne réfléchirai pas à deux fois avant d’employer un Palestinien. »

Chen Filipovitz s’est adressé brièvement au Times of Israël avant d’entrer au domicile de la famille d’Or Arish, et a refusé d’affirmer s’il dirait aux résidents qui employer. Il a affirmé, en revanche, qu’ils « feraient le nécessaire. »

Filipovitz a déclaré à la Deuxième chaine qu’il y aurait des changements au niveau de la sécurité à l’endroit où l’attentat a eu lieu.

Ben-David a adopté un ton plus conciliant. « En fin de compte, ils sont plus blessés que moi. C’est son village qui est bouclé, et son gagne-pain qui est en jeu », a-t-elle dit au sujet de son employé palestinien.

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