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Henri Zajdenwerger, survivant de la Shoah, répond à Éric Zemmour

L'homme, âgé de 94 ans, est le dernier témoin du convoi 73, qui a conduit 878 personnes vers les camps de la mort ; il se dit révolté par les tentatives de réhabilitation de Pétain

Henri Zajdenwerger. (Crédit : capture d’écran L’Obs / YouTube)
Henri Zajdenwerger. (Crédit : capture d’écran L’Obs / YouTube)

Henri Zajdenwerger, survivant de la Shoah aujourd’hui âgé de 94 ans, est le dernier témoin du convoi 73, qui a conduit 878 personnes vers les camps de la mort. Il avait 16 ans au moment de sa déportation.

Pour l’Obs, il est revenu sur son histoire et celle de sa famille, et a réagi aux propos d’Éric Zemmour au sujet de Philippe Pétain.

Selon le polémiste candidat à la prochaine élection présidentielle, le dirigeant français aurait protégé les Juifs français au détriment des Juifs étrangers présents en France pendant la Shoah et l’Occupation, alors même que son gouvernement a mené une politique antisémite qui a conduit dans les camps de la mort des milliers de Juifs,  Français comme étrangers.

Alors que ses propos ont été vivement rejetés par des historiens, ils ont également attisé l’indignation et la colère de beaucoup, et notamment de Henri Zajdenwerger.

« Quand j’ai été arrêté la première fois en 1942, avec ma famille, on n’arrêtait pas encore les Juifs français », a-t-il expliqué à l’Obs dans son interview vidéo.

« J’étais le seul à être Français, alors j’ai été sauvé, contrairement à toute ma famille, envoyée à Auschwitz. Mais peu après, ils ont arrêté tous les Juifs. Je ne sais pas combien de temps ça a duré de protéger les Juifs français, enfin, soi-disant, de les protéger, mais après, ça a été tout le monde ! »

Le jeune homme a finalement été arrêté et déporté au camp de Drancy en février 1944, puis été emmené au sein du convoi 73.

De ce convoi, parti le 15 mai 1944 de Drancy vers les pays baltes, il se souvient : « À Kaunas, en Lituanie, une partie du train a été détachée et s’est arrêtée. Tous ceux qui étaient dans ces wagons-là ont été fusillés. »

Détail d’une photo de la gare de Bobigny à Paris, point de transport de Drancy à Auschwitz, 2016. (Crédit : Marc Wilson)

Henri Zajdenwerger a ensuite été conduit au Stutthof, camp de concentration et d’extermination en Pologne. Il a perdu toute sa famille dans la Shoah.

En 1945, sur les 878 personnes du convoi – que des hommes – seuls 22 étaient encore en vie.

Devenu témoin de la mémoire après sa libération, il n’a cessé de transmettre son expérience aux jeunes générations.

Il se dit aujourd’hui révolté face aux propos d’Éric Zemmour, et refuse de prononcer son nom.

Éric Zemmour, candidat à l’élection présidentielle, au JT de TF1 dans les studios de la chaine à Boulogne-Billancourt, en région parisienne, le 30 novembre 2021. (Crédit : Thomas COEX / POOL / AFP)

« Pour moi, c’est une ordure ce type-là. Il sait très bien qu’il ne sera jamais président de la République. Il veut faire parler de lui. D’ailleurs, je ne comprends pas comment un type comme lui, Juif de surcroît, puisse afficher des sentiments plus à droite encore que l’extrême droite. Ça, je n’arrive pas à comprendre. C’est un cas, lui ! », dit-il.

À LIRE : Eric Zemmour : « son » judaïsme, « son » identité française et toutes ses polémiques

L’historien Serge Klarsfeld a lui aussi récemment fustigé la candidature et l’extrémisme d’Éric Zemmour.

« C’est vrai que Vichy a placé les Juifs français après les Juifs étrangers dans l’ordre de déportation. Mais dans un premier temps seulement. Cela n’a pas du tout empêché la déportation de 6 000 enfants juifs français dont les parents étaient étrangers », a notamment affirmé le fondateur de l’Association des fils et filles des déportés juifs de France.

« En cas de victoire allemande, l’ensemble des Juifs français auraient été déportés (…) Vichy a pleinement participé à la mise en place de la ‘solution finale’ en France. Et on ne pourra jamais effacer de l’histoire le fait que la grande majorité des Juifs déportés ont été arrêtés par des uniformes français. »

François Hollande et Hélène Mouchard-Zay, fille de Jean Zay, visitent le Centre d’étude et de recherche sur les camps d’internement dans le Loiret, le 9 février 2012. (Crédit : Philippe Grangeaud / Solfé Communications / CC BY-NC-ND 2.0)

De nombreuses autres personnalités ont réagi aux propos du polémiste, dont la fille de Jean Zay, qui a dénoncé des propos « sidérants ».

« L’histoire de mon père prouve que Pétain n’a pas protégé les Juifs », a notamment réagi Hélène Mouchard-Zay, dont le père a été assassiné par des miliciens du régime de Vichy en juin 1944.

Selon les derniers sondages, Éric Zemmour arriverait en quatrième position au premier tour de l’élection d’avril prochain, avec 13 % des voix, derrière Emmanuel Macron (26 %), Valérie Pécresse (16 %) et Marine Le Pen (16 %).

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