Hommage à Rabin : la haine, une « arme dangereuse » en politique, avertit Gantz
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Hommage à Rabin : la haine, une « arme dangereuse » en politique, avertit Gantz

Réunis sous le slogan "Oui à la paix, non à la violence", des dizaines de milliers de personnes ont assisté aux commémorations du 24e anniversaire de l'assassinat de Yitzhak Rabin

Le chef de Kakhol lavan, Benny Gantz, lors d'un rassemblement marquant le 24e anniversaire de l'assassinat de feu le Premier ministre israélien Yitzhak Rabin, sur la place Rabin, à Tel Aviv, le 2 novembre 2019. (Crédit :  Miriam Alster/Flash90)
Le chef de Kakhol lavan, Benny Gantz, lors d'un rassemblement marquant le 24e anniversaire de l'assassinat de feu le Premier ministre israélien Yitzhak Rabin, sur la place Rabin, à Tel Aviv, le 2 novembre 2019. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

S’adressant à des dizaines de milliers d’Israéliens lors d’un rassemblement organisé samedi soir à Tel Aviv, commémorant le 24e anniversaire de l’assassinat du Premier ministre Yitzhak Rabin, a juré que l’Etat juif « vaincra les pourvoyeurs de haine » et qu’il ne capitulerait jamais face à la haine. Mais il a clamé que certains responsables politiques du pays actuels faisaient encore commerce de la haine et des incitations.

Gantz, président de la formation Kakhol lavan qui s’efforce actuellement de rassembler une majorité après en avoir été chargé par le président Reuven Rivlin après les élections du mois de septembre, a été le principal intervenant lors de cette cérémonie d’hommage qui s’est tenue place Rabin.

La place avait été rebaptisée en l’honneur du Premier ministre, abattu à cet endroit-même le 4 novembre 1995 par un extrémiste religieux, Yigal Amir, alors qu’il venait de terminer un discours en soutien aux initiatives de paix de son gouvernement.

Comme cela avait été le cas il y a 24 ans, le slogan du rassemblement de samedi était « Oui à la paix, non à la violence ».

Faisant écho aux propos tenus par Rabin 24 ans plus tôt, Gantz a commencé son discours en disant à la foule que « comme l’avait dit Rabin, je suis moi-même un peu ému de me tenir » devant une foule si vaste pour un rassemblement si significatif.

Les Israéliens lors d’un rassemblement marquant les 24 ans de l’assassinat du Premier ministre israélien Yitzhak Rabin sur la place Rabin de Tel Aviv, le 2 novembre 2019 (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

« Jamais l’Etat d’Israël ne capitulera devant la haine », a promis Gantz.

« Les enfants d’Israël ne grandiront plus dans un Etat où la haine est sanctifiée par certains de ses dirigeants », a-t-il continué, sans préciser les noms des hauts responsables visés.

« Je ne laisserai pas la haine l’emporter. Vous ne laisserez pas la haine l’emporter. Israël vaincra les pourvoyeurs de haine. Israël vaincra la haine », a-t-il juré sous les acclamations et les applaudissements de la foule.

Gantz a expliqué que Rabin avait été assassiné en raison des divisions, des incitations et de la haine suscitées à son encontre.

« Vingt-quatre ans après, Yitzhak Rabin n’est plus avec nous, mais l’incitation relève son visage immonde… Et la haine est devenue, une fois encore, une arme dangereuse placée entre les mains de responsables politiques qui ne connaissent pas de limites », a-t-il dit.

Si Gantz a semblé faire référence à son rival, le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à la tête de l’opposition au moment de l’assassinat de Rabin, l’ex-chef d’état-major de l’armée a ensuite déclaré toutefois que les incitations et la haine « ne se limitent pas » à un seul segment démographique ou à un seul camp politique.

Le leader de Kakhol lavan Benny Gantz, à gauche, et le Premier ministre Benjamin Netanyahu se rencontrent au siège de l’armée israélienne à Tel Aviv, le 27 octobre 2019 (Crédit : Elad Malka)

Il a indiqué que la haine incluait autant la détestation des citoyens religieux israéliens que celle exprimée par ceux qui saluent les auteurs de crimes de haine d’extrême-droite – ces attaques dites de « prix à payer » – qui prennent pour cible les Palestiniens et leurs biens.

Réclamant l’unité nationale, Gantz a juré de « me tenir ici, l’année prochaine, aux côtés du chef de l’opposition. Que nous nous tiendrons ici ensemble même si nous sommes profondément en désaccord sur de nombreux sujets, et nous offrirons un message conjoint d’espoir et d’unité ».

« En tant que Premier ministre, j’œuvrerai pour garantir que ce rassemblement devienne un événement d’Etat », a-t-il poursuivi.

Contrairement à Rabin dans son discours de 1994, Gantz, qui a pris soin de se positionner comme un homme du centre plutôt que de la gauche de l’échiquier politique, n’a que peu évoqué le processus de paix ou les Palestiniens, concentrant ses propos sur un processus de guérison intérieure nécessaire.

Il a déclaré que la paix dans la région était dans l’intérêt d’Israël et dans l’intérêt « de nombreuses nations autour de nous qui affrontent la folie des extrémistes » et que Rabin avait eu le « courage de signer des accords de paix avec nos ennemis les plus farouches ».

Avant et pendant toute l’allocution de Gantz, la foule a scandé : « Qui est là, c’est le futur Premier ministre ! ».

L’ex-chef d’état-major a été encore davantage acclamé lorsqu’il a rappelé qu’il avait reçu le mandat des mains du président Reuven Rivlin concernant la formation d’un gouvernement après l’échec de Netanyahu à mener à bien cette mission.

« Il y a dix jours, j’ai reçu le mandat de former un gouvernement. Un gouvernement qui représente tous les segments de cette nation, ceux qui ont voté pour moi et ceux qui ne l’ont pas fait. Un gouvernement d’unité et de réconciliation », a-t-il dit.

« Un gouvernement d’unité libéral qui accepte tout un chacun, en tant qu’individu et en tant que partie d’un groupe. Je suis déterminé à former un gouvernement d’acceptation entre les factions. Je fais tous les efforts possibles pour m’adresser à tous les chefs de parti avec un message clair : Israël est plus grand et plus important que ne le sera jamais l’un de ses dirigeants », a-t-il continué, semblant faire allusion à la mort politique de Netanyahu.

Il a ensuite paru critiquer le gouvernement du leader du Likud en raison de sa réponse médiocre aux tirs de roquettes émanant de Gaza qui ont repris vendredi.

« Dans le gouvernement que je formerai, nous remettrons en place la dissuasion à l’aide de tous les moyens dont nous disposons. Les chefs du Hamas devront répondre personnellement de leurs responsabilités, le siège du Hamas sera détruit, et cette période durant laquelle nous avons fait preuve de retenue se terminera s’il n’y a pas un retour complet au calme dans le sud », a-t-il clamé.

« Nous allons restaurer la dissuasion et nous saurons comment combattre, mais nous saurons également comment faire usage de cette dissuasion et comment restaurer l’espoir. Tout comme Yitzhak Rabin l’avait fait », a-t-il promis.

De droite à gauche, le Premier ministre Yitzhak Rabin, Miri Aloni, le ministre des Affaires étrangères Shimon Peres et le président de la Knesset Shevah Weiss chantent une ‘chanson pour la paix’ à la fin d’un rassemblement à Tel Aviv, le 4 novembre 1995. Rabin devait être assassiné quelques minutes plus tard (Crédit : AP photo)

La cérémonie a commencé avec la projection d’une vidéo de Rabin prenant la parole lors du rassemblement pour la paix qui avait eu lieu au même endroit, quelques instants avant d’être assassiné.

« Une nouvelle réalité est possible quand on veut vraiment la paix et qu’on s’oppose à la violence », disait Rabin dans la séquence sous les acclamations de l’assistance.

« La plus grande menace pesant sur un Etat démocratique, c’est la violence. L’Etat juif doit s’y opposer, y mettre un terme et la rejeter fermement », poursuivait-il.

En plus de Gantz, d’autres intervenants ont pris la parole, notamment Shimon Shabas, directeur-général du bureau du Premier ministre sous Rabin, Yaron Zilberman, réalisateur d’un film qui vient de sortir, « Incitation », qui raconte l’assassinat du Premier ministre, et des représentantes de l’ONG pacifique Women Wage Peace.

Shabas a déclaré que Gantz lui avait donné l’espoir de « l’unité du peuple et d’une nouvelle espérance pour Israël », ajoutant qu’il pensait que Gantz avait « le courage et la résolution » nécessaires pour mener à bien sa tâche.

« Nous sommes derrière vous », a-t-il clamé.

« Vingt-quatre années sont passées depuis le meurtre de Rabin sur la place et l’année dernière, les discours violents, partisans, similaires à ceux qui avaient mené à l’assassinat, ont connu un nouvel apogée », ont expliqué les organisateurs dans un communiqué.

Lors d’un rassemblement du Likud, au début de la semaine dernière, Mordechai Kedar, professeur à l’université Bar-Ilan, avait repris une théorie du complot démentie depuis longtemps, affirmant qu’Amir n’était pas l’assassin de Rabin.

Gantz comme Netanyahu avaient dénoncé ces propos.

Le Premier ministre Yitzhak Rabin s’exprime à l’Assemblée générale des Nations unies à New York, el 24 octobre 1995. (AP Photo/Marty Lederhandler)

Des artistes sont également montés sur scène lors de cette cérémonie de commémoration, qui entremêle musique et discours, avec notamment Aviv Geffen, Achinoam Nini, le Tel Aviv Youth Band, Louie Ali, Rotem Cohen et Shimon Buskila.

Le chanteur Maor Edri devait également être présent sur scène, mais l’artiste avait annoncé sur son compte Instagram, en début de semaine, qu’il avait renoncé à prendre part à l’événement en raison de sa nature « politique ».

« Quand on m’a appelé pour que je vienne à un rassemblement en mémoire d’Yitzhak Rabin, je n’ai pas réfléchi à deux fois. J’ai eu le sentiment que le Premier ministre lui-même m’appelait et j’ai frissonné en pensant à la dignité de l’homme plutôt qu’à ses opinions politiques », avait écrit Edri. « Quand il m’est clairement apparu que ce rassemblement pouvait être politique, alors je suis revenu sur ma décision et ai annulé ma participation. Au lieu d’apparaître lors de la cérémonie, je monterai sur le mont Herzl et j’allumerai une bougie en son honneur ».

Edri est connu pour se situer plutôt à la droite de l’échiquier politique. Il était notamment apparu dans une vidéo du Likud avant les élections de septembre, ainsi qu’à un rassemblement organisé en soutien à Elor Azaria, ancien soldat de l’armée israélienne qui avait purgé une peine de prison après avoir tué un terroriste palestinien – pourtant neutralisé – à Hébron.

La décision prise par Edri avait suivi un message publié sur Facebook par le rappeur et activiste politique d’extrême droite Yoav « The Shadow » Eliasi, publication dans laquelle ce dernier recommandait vivement à Edri d’annuler sa participation, clamant qu’il ne s’agissait pas d’un événement de commémoration nationale, mais « d’un rassemblement d’incitation contre la droite ».

Pour sa part, le chef du Parti travailliste Amir Peretz n’a pas non plus pris la parole lors de la cérémonie – même s’il avait essayé de le faire, selon des informations.

La Douzième chaîne avait rapporté, au début de la semaine, que Peretz avait demandé à s’exprimer lors du rassemblement, et que des négociations avaient eu lieu en coulisses pour lui permettre de le faire, mais que les organisateurs avaient finalement refusé, décidant que Gantz serait le seul à prononcer un discours à la tribune lors de l’événement.

Les organisateurs auraient estimé que Gantz, élu au mois de septembre comme représentant du bloc de centre-gauche, était la personnalité la plus à même de représenter la paix et l’unité actuellement, avait indiqué le reportage.

Ils avaient ajouté que si Peretz était autorisé à s’adresser à la foule, d’autres éminents responsables politiques de la gauche israélienne, comme le leader du Camp démocratique Nitzan Horowitz et Ayman Odeh, chef de la Liste arabe unie, feraient des requêtes similaires.

Peretz, présent dans la foule, a estimé devant les caméras de la Treizième chaîne que son absence à la tribune n’était « pas importante ». Il a juré que le Parti travailliste appuierait les efforts livrés par Gantz pour mettre en place un gouvernement et expliqué que sa formation soutiendrait une coalition avec le Likud dans la mesure où Netanyahu ne serait pas chargé d’assumer les fonctions de Premier ministre.

Yehuda Nahari (à droite) qui incarne Yigal Amir dans le film « Incitement ». (Capture d’écran/Douzième chaîne)

Egalement présentées lors de la cérémonie, entre les chansons et les discours, des séquences extraites du film « Incitation » de Zilberman, qui suit l’atmosphère tendue qui avait entraîné le meurtre de Rabin à travers les yeux de son assassin.

Ce dernier était opposé aux Accords d’Oslo qui avaient été conclus sous la direction de Rabin et qui impliquaient de rendre aux Palestiniens le contrôle de zones de la Cisjordanie.

« Incitation » a remporté le prix du meilleur film cette année aux Ophirs, les Césars israéliens.

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