Incendie : Le personnel raconte l’évacuation de l’hôpital psychiatrique Eitanim
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Incendie : Le personnel raconte l’évacuation de l’hôpital psychiatrique Eitanim

Les personnels de l'institution ont rencontré les policiers qui leur ont sauvé la vie et se rappellent de leur désespoir : "Nous ne pouvions rien faire"

Un policier en charge de la circulation pendant l'important incendie qui a eu lieu aux abords de Jérusalem, le 15 août 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Un policier en charge de la circulation pendant l'important incendie qui a eu lieu aux abords de Jérusalem, le 15 août 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Pour les 150 patients de l’hôpital et pour le personnel qui observaient l’approche du feu, tout semblait perdu. La structure boisée de cette institution psychiatrique, située dans les collines de Jérusalem, est habituellement un lieu de retraite serein à l’écart du monde extérieur – mais en ce jour critique, elle semblait s’être transformée en piège mortel. Et à moins d’une aide extérieure pour échapper aux flammes vertigineuses, tous en avaient la certitude : ils seraient bientôt tous morts.

« Aucun mot ne parvient à décrire réellement la catastrophe et le combat que nous avons dû mener », se souvient Amira Ibrahim, l’une des membres du personnel. « Tout ce que nous pensions pouvoir faire, à ce moment-là, c’était lever les bras au ciel et supplier Dieu de venir nous sauver. Il n’y avait rien que nous pouvions faire », continue-t-elle.

Tandis que certains appelaient leurs proches au téléphone pour leur dire adieu, d’autres ont tenté de faire ce qu’ils pouvaient – bien peu de choses – pour tenter d’empêcher les flammes d’approcher et pour calmer les patients alors que les secours aériens tentaient d’arriver jusqu’à l’hôpital, se heurtant aux fumées qui rendaient dangereux le survol de cette zone accidentée.

« Des gens ont dit : ‘Il va falloir nous dire adieu.’ Nous sommes restés ensemble et nous nous sommes dit que tout était terminé », explique Anat Revach, une autre membre du personnel. « Nous nous sommes dit que soit nous allions brûler, soit les flammes nous rattraperaient sur la route – et c’est à ce moment-là qu’est arrivé l’appel : On évacue. »

Le sauvetage des patients et des personnels de l’hôpital qui a été effectué par quatre agents de police qui ont risqué leur vie pour atteindre l’institution, sur la colline, et mettre en sécurité tous ses occupants est encore vif dans les esprits de tous ceux qui y ont participé lors des retrouvailles entre sauveteurs et rescapés reconnaissants, quelques jours plus tard. Tous ont raconté l’angoisse vécue dimanche soir, alors que venait de commencer ce qui allait devenir l’un des plus importants feux de forêt de toute l’histoire d’Israël.

Les quatre policiers qui ont pris part à cette mission de secours délicate obtiendront une médaille d’honneur des mains du commissaire de police Kobi Shabtai, ont noté jeudi les médias israéliens. Les agents concernés sont le commandant Kobi Yaakobi, le superintendant en chef Dvir Tamim, le commandant Ronen Ovadia et le superintendant Munir Bader.

Shoshana Abramov, qui travaille à l’hôpital Eitanim, à droite, étreint le commandant de police Kobi Yaakobi, quelques jours après qu’il a aidé à faire évacuer l’hôpital pendant un important incendie à Jérusalem, le 19 août 2021. (Capture d’écran : Treizième chaîne)

« Je n’oublierai jamais le moment où elle est arrivée en courant vers moi. Nous nous sommes regardés dans les yeux et c’est comme si je lui faisais savoir, à cet instant-là, que tout irait bien. Nous n’avons pas échangé un mot », dit Yaakobi dans le reportage, alors qu’il rencontre les salariés de l’institution pour la toute première fois après le sauvetage.

Les images enregistrées par les caméras de sécurité qui ont été diffusées par la chaîne montrent les flammes dangereusement proches des bâtiments qui accueillent l’hôpital – ce qui rappelle immédiatement le feu qui avait ravagé le mont Carmel, dans le nord d’Israël, en 2010, qui avait fait 44 morts.

« Je voyais des membres du personnel appelant leurs familles et faisant leurs adieux parce qu’ils assistaient de leurs propres yeux à la répétition de la tragédie de Carmel », explique Shoshana Abramov, salariée de l’hôpital.

À cette époque, une route était devenue un piège mortel pour les 37 officiers du service des prisons qui se trouvaient dans un bus qui n’avait pas pu faire demi-tour à temps. Le conducteur du bus était lui aussi mort dans l’incident, ainsi que trois pompiers et trois officiers de police qui avaient tenté de venir en aide à l’autocar bloqué.

Une photo aérienne du secteur montre que le terrain sur lequel l’hôpital a été construit est le seul terrain à ne pas avoir été dévasté dans la zone entière – ce qui souligne qu’une tragédie majeure a été évitée de justesse, une tragédie qui aurait éclipsé le drame survenu en 2010.

« Imaginez que vous vous trouvez à l’intérieur d’un cercle et que le feu est tout autour, que les flammes se rapprochent, que vous entendez les hélicoptères mais que vous savez qu’ils ne pourront pas atterrir et que vous entendez, par le biais du réseau de communication, que les bus sont en bas et qu’ils ne peuvent pas monter », continue Abramov.

Adnan Barhoum, autre membre du personnel, note devant les caméras de la Treizième chaîne qu’après avoir escorté des groupes de patients, il aidait un médecin à tenter de conserver les flammes à distance quand il a reçu un appel téléphonique de son fils et de son épouse.

« Je n’ai pas eu le temps de leur répondre, il y avait trop à faire », déclare-t-il.

Un feu de forêt à l’ouest de Jérusalem, le 15 août 2021. (Crédit : Ariel Kedem/Autorité israélienne de la nature et des parcs)

Selon le reportage, tous les patients ont été regroupés à l’extérieur et ont commencé à avancer en fonction des vents changeants pour tenter d’éviter au mieux les fumées et la chaleur. Le personnel a demandé aux patients de crier leur nom – une manière de les occuper et d’avoir le sentiment de faire quelque chose.

Au début de la semaine, le commandant Kobi Yaakobi a expliqué qu’il avait dû prendre des décisions rapides, parfois à l’encontre des ordres officiels qui lui avaient été donnés, pour mettre le personnel de l’hôpital et ses 156 patients en sécurité.

« J’ai vu brusquement une grosse flamme alors que nous étions en train de réfléchir à comment arriver là-bas », avait expliqué Yaakobi mardi devant les caméras au bord d’une route montant la colline et menant à l’hôpital.

Le commandant de police israélien Kobi Yaakobi, à gauche, et le superintendant en chef Dvir Tamim s’expriment devant les caméras de la Treizième chaîne à proximité de l’hôpital psychiatrique Eitanim, le 17 août 2021. (Capture d’écran : Treizième chaîne)

Yaakobi avait finalement pris la décision d’entrer dans le brouillard formé par la fumée opaque avec ses agents, renonçant à attendre un bus qui aurait tenté d’accéder à l’institution. Il avait précisé que le chauffeur de son véhicule ne voyait pas la route au-delà d’un demi-mètre.

« L’incendie va atteindre tous ceux qui se trouvent à l’hôpital dans une minute. Il faut agir vite », avait-il dit aux autres agents via le réseau de communication des secours. « Je vais les faire partir en voiture. Je ne vais pas attendre un bus. »

The burnt remains of a bus in which 38 Prison Service cadets were killed in the December 2010 Carmel forest fire (photo credit: Yossi Zamir/Flash 90)
Le bus dans lequel se trouvaient 37 officiers des services des prisons morts brûlés pendant l’incendie du Carmel, en 2010. (Crédit : Yossi Zamir/Flash 90)

Yaakobi avait indiqué que de nombreux patients de l’hôpital étaient restés immobiles et que certains s’étaient même opposés avec ferveur à l’idée d’être évacués dans des voitures par des inconnus.

« Quand ils sont arrivés, l’évacuation en tant que telle a pris moins de cinq minutes », dit Abramov, la membre du personnel de l’hôpital. Et comprenez bien, il y avait 150 personnes. Tout le monde a donné le meilleur de lui-même… Les Israéliens sont comme ça, je n’ai rien à dire de plus. »

Tamim déclare que lui et les autres agents ont pris la décision d’entrer dans l’hôpital malgré les flammes et la fumée qui les cernaient et qu’ils avaient ouvert les portes, les unes après les autres, pour s’assurer qu’il ne restait plus personne.

L’hôpital psychiatrique Eitanim, le 4 juillet 2004. (Crédit : Flash90)

Le commandant de police du district lui a donné l’ordre de quitter immédiatement les lieux de manière répétée, craignant que l’incendie ne détruise le bâtiment tout entier.

« Je lui ai demandé encore une minute ou deux avant de repartir et quand il m’a répondu : ‘Dvir, il n’y a plus une minute à perdre’, j’ai compris que je n’avais plus du tout de temps devant moi », ajoute-t-il.

Les efforts livrés par les sapeurs-pompiers et les coupe-feux qui entourent l’institution ont finalement permis d’épargner l’hôpital qui reste aujourd’hui largement intact.

Ce gigantesque incendie a consumé environ 2 500 hectares de forêt, aux abords de Jérusalem, au moment où il est passé sous contrôle, mardi. Il dépasse donc en ampleur de l’incendie criminel du mont Carmel de triste mémoire qui, au mois de décembre 2010, avait détruit 2 400 hectares dans le nord du pays.

Micah Harari dans son atelier de fabrication de harpes brûlé par les flammes au moshav Ramat Raziel, dans les montagnes de Jérusalem, le 18 août 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Plus de 2 000 personnes ont été évacuées. Certains ont perdu leur habitation, d’autre le travail de toute une vie.

Les services des incendies et des secours ont fait savoir que, pendant la bataille qui a duré en tout 52 heures, les forces déployées sur le terrain ont dû affronter sept foyers différents. 1 500 soldats du feu issus de 52 unités ont pris part à ce combat sous forme de course contre la montre. L’Autorité palestinienne a également envoyé quatre équipes de sapeurs-pompiers pour venir en aide aux Israéliens.

Cet incendie est devenu l’un des plus grands de toute l’histoire du pays, dépassant en ampleur celui qui avait été le plus important jusqu’à présent à toucher le secteur de Jérusalem, en 1995. Il avait détruit de vastes zones forestières, des sentiers de randonnée prisés et des parcs nationaux appréciés par les Israéliens, notamment les sites de Sataf et Har Hatayasim.

Des avions de pompiers tentent d’éteindre un incendie à l’extérieur de Givat Yearim dans les collines de Jérusalem, le 16 août 2021. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

La police enquête encore sur l’origine du sinistre après qu’une enquête préliminaire des services des incendies et des secours a conclu qu’il s’agirait d’un incendie volontaire. Le Shin Bet s’est impliqué dans les investigations, ont fait savoir jeudi les journaux israéliens – ce qui laisse penser que le feu pourrait avoir un mobile nationaliste.

Selon la Treizième chaîne, cinq incendies volontaires, dans les collines de Jérusalem, auraient été allumés au trois des trois derniers mois et demi – presque tous pourraient découler d’un mobile nationaliste.

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