Inspection « humiliante » pour des officiels israéliens à la frontière jordanienne
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Inspection « humiliante » pour des officiels israéliens à la frontière jordanienne

Jérusalem s'indigne d'une démarche "extrême" ; la délégation de maires-adjoints concernée évoque notamment des fouilles au corps non nécessaires

Le terminal  Yitzhak Rabin au poste-frontière de Wadi Araba entre Israël et la Jordanie (Crédit : CC BY 2.5, Wikipedia, NYC2TLV)
Le terminal Yitzhak Rabin au poste-frontière de Wadi Araba entre Israël et la Jordanie (Crédit : CC BY 2.5, Wikipedia, NYC2TLV)

Israël a vivement protesté mardi, menaçant d’éventuelles mesures de représailles, après que des gardes-frontières jordaniens ont refoulé des dizaines de maires-adjoints israéliens parce qu’ils portaient des vêtements et des symboles juifs.

C’est le dernier épisode d’une série d’incidents marqués par une répression, par Amman, de la prière et des symboles juifs sur son territoire, reflétant une grave détérioration des liens avec Israël.

Environ 100 maires-adjoints, provenant de diverses villes israéliennes, ont tenté de rejoindre Petra, mardi dans la matinée, depuis Eilat, une ville du sud de l’État juif, pour une visite officielle.

Il avait été antérieurement demandé aux membres religieux et ultra-orthodoxes de la délégation de porter des chapeaux sur leurs kippas pour des raisons de sécurité, une recommandation qui n’a été d’aucune aide.

« Quand nous sommes arrivés du côté jordanien, après avoir payé les frais nécessaires et traversé les services de sécurité, les Jordaniens nous ont donné l’ordre d’ouvrir nos chemises pour voir si nous portions des tzitzit [des franges rituelles nouées] », a raconté Haim Cohen, adjoint au maire ultra-orthodoxe de Jérusalem, aux médias en hébreu.

« Dès que nous avons compris ce qu’il se passait, on s’est dit ‘bien’, on a fait demi-tour et on est partis », a-t-il ajouté.

Selon les Jordaniens, cette initiative était nécessaire pour assurer la sécurité des membres de la délégation.

Le groupe a été ramené pour un deuxième contrôle sécuritaire, qui s’est cette fois concentré sur les objets religieux. Certains membres ultra-orthodoxes de la délégation ont préféré les enlever et entrer en Jordanie, mais la majorité a tout bonnement refusé et est restée de l’autre côté de la frontière.

L’inspection a été qualifiée de longue et humiliante. Des intéressés ont clamé qu’elle avait compris des fouilles au corps et des fouilles des poches et qu’il avait été demandé à certaines femmes religieuses d’enlever leur couvre-chef.

« Les femmes qui portaient des perruques et des chapeaux ont été entraînées à l’écart et déshabillées », a expliqué la maire-adjointe de Givatayim Orly Niv, elle-même laïque, dans un message publié sur Facebook et intitulé « Antisémitisme ??? Probablement ».

« Après la deuxième inspection, ils n’étaient toujours pas satisfaits et ont demandé au groupe tout entier de se présenter une nouvelle fois pour une troisième inspection », a-t-elle écrit, ajoutant que le guide avait confirmé que conformément à des ordres donnés par le gouvernement, il avait été décidé de garantir qu’aucun symbole religieux ne soit visible pendant la visite.

« C’est là qu’on en a eu assez », a poursuivi Niv, disant que de nombreux membres avaient pris volontairement l’initiative de partir pour faire part de leur mécontentement. « Est-ce cela, la paix ? Des Juifs israéliens ne peuvent pas, collectivement, être traités de cette manière ».

« Comment des personnes d’autres confessions réagiraient-elles si elles devaient connaître ce même rituel d’humiliation à un poste-frontière ? », s’est interrogé l’adjoint au maire de Rehovot, Yaniv Markowitz. « Je suis sûr qu’il y aurait une indignation majeure. Je ne retournerai jamais là-bas ».

Il a qualifié l’incident « d’absurde, humiliant, dégradant et embarrassant » pour les Jordaniens.

Le ministre de l’Intérieur Aryeh Deri, à la tête du parti ultra-orthodoxe Shas, a dénoncé Amman pour le traitement réservé à la délégation, le qualifiant d’initiative « grave et extrême ».

Le ministre de l’Intérieur Aryeh Deri dirige une réunion du parti Shas à la Knesset le 27 mai 2019. (Yonatan Sindel/Flash90)

Après que Deri s’est entretenu avec des responsables du ministère des Affaires étrangères et avec le conseiller à la sécurité nationale Meir Ben-Shabbat, les membres de la délégation ont finalement pu entrer en Jordanie sans restrictions. Mais de nombreuses personnes présentes s’y sont finalement refusées.

Dans des discussions avec les responsables jordaniens, les Israéliens ont fait savoir que Deri réfléchissait à interdire aux travailleurs jordaniens d’entrer dans le pays.

Le député du parti Shas, Michael Malchieli, a écrit un courrier en urgence au ministre des Affaires étrangères Israel Katz en réclamant l’organisation d’une réunion sur ce qu’il s’est passé, disant : « Cela nous rappelle des périodes sombres de l’histoire. Aucun pays dans le monde ne peut demander cela et ce type d’incident ne peut pas ne pas entraîner de réponse, car il est susceptible d’établir un précédent dangereux ».

Amman a fait savoir, pour sa part, que la Jordanie réexaminerait les restrictions posées concernant l’entrée sur le territoire des touristes juifs porteurs de symboles religieux.

Tandis que les liens entre Israël et la Jordanie sont florissants en matière de sécurité, les relations politiques ont récemment tourné au vinaigre sur un certain nombre de dossiers, notamment par la promesse faite en septembre par le Premier ministre Benjamin Netanyahu d’annexer la vallée du Jourdain en Cisjordanie s’il devait être réélu.

Le roi de Jordanie Abdallah II et le prince héritier Hussein (à droite) arrivent pour la session parlementaire d’ouverture dans la capitale Amman le 10 novembre 2019. (Khalil Mazraawi/AFP)

Le roi Abdallah a estimé récemment que les relations entre les deux pays se trouvaient « à un niveau historiquement bas ».

Dimanche, le président Reuven Rivlin a annoncé que la Jordanie allait rouvrir le site de pèlerinage du Tombeau d’Aaron aux touristes israéliens. Celui-ci avait été fermé aux visiteurs juifs au mois d’août après la diffusion d’une vidéo qui semblait y montrer des Israéliens en train de prier.

A ce moment-là, la Jordanie avait fait savoir que plusieurs centaines d’Israéliens étaient arrivés à Petra sans coordination préalable et sans permission de prier sur le site. Selon les médias du royaume hachémite, les pèlerins avaient organisé ce qu’ils avaient présenté comme des « cérémonies religieuses talmudiques » – ce qui se référait probablement à la prière juive – au tombeau.

Un guide touristique israélien qui était à la tête du groupe avait démenti les prières et assuré que la visite avait été coordonnée.

Les pèlerins se trouvaient en Jordanie pour se rendre sur le tombeau d’Aaron, prêtre biblique et frère de Moïse qui, selon la tradition, est enterré sur le mont Hor, à proximité de Petra, sur un site localement connu sous le nom de Jabal Haroun.

Tandis que certains Juifs pensent qu’Aaron a été inhumé dans la montagne, d’autres ont exprimé des doutes sur la réelle présence de son tombeau là-bas. Les musulmans vénèrent, eux aussi, Aaron et le considèrent comme un prophète.

En 2017, la police jordanienne avait menacé un groupe de touristes israéliens présents sur le site, les menaçant d’emprisonnement s’ils priaient sur le territoire jordanien, a expliqué un responsable israélien.

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