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Iran : Israël applique des pressions sur les USA mais les liens sont bons, dit Lapid

Lapid s'en est pris à Netanyahu pour s'être querellé avec la Maison Blanche en 2015, ajoutant que Biden était attentif aux réserves israéliennes sur le nouvel accord

Le Premier ministre Yair Lapid arrive pour une réunion du cabinet au bureau du Premier ministre à Jérusalem, le 4 septembre 2022. (Crédit : ABIR SULTAN / POOL / AFP)
Le Premier ministre Yair Lapid arrive pour une réunion du cabinet au bureau du Premier ministre à Jérusalem, le 4 septembre 2022. (Crédit : ABIR SULTAN / POOL / AFP)

Le Premier ministre Yair Lapid a déclaré dimanche que son gouvernement exerçait des pressions efficaces sur les États-Unis pour garantir que les réserves exprimées par Israël au sujet de l’accord sur le nucléaire iranien étaient bien entendues, tout en maintenant une relation forte avec Washington.

« La bonne politique, c’est celle que nous avons mise en œuvre au cours de l’année passée – continuer à exercer des pressions mais sans aller trop loin, présenter des informations fiables en matière de renseignement et faire partie du processus sans pour autant détruire la relation particulière que nous entretenons avec les États-Unis », a dit Lapid au début de la réunion hebdomadaire de cabinet.

Le Premier ministre s’en est pris au leader de l’opposition Benjamin Netanyahu, qui était Premier ministre quand l’accord initial entre l’Iran et les grandes puissances avait été signé. Lapid et Netanyahu se sont publiquement opposés, la semaine dernière, après un briefing fait par l’actuel chef du gouvernement à l’ancien Premier ministre sur le nouvel accord sur le nucléaire qui pourrait être conclu entre la république islamique et les grandes puissances.

« Pour ceux qui nous disent que nous ne crions pas assez fort, que nous ne sommes pas suffisamment brusques, je vais vous rappeler ce qui est réellement arrivé dans le passé : En 2015, quand Israël avait insisté pour opter pour une approche de confrontation non-nécessaire avec l’administration [Obama], l’échec avait été total », a affirmé Lapid. « Les Américains ont tout simplement arrêté de nous écouter. La relation que nous entretenions avec eux avait été endommagée, et les Américains avaient finalement signé un mauvais accord ».

Il a ajouté qu’il pensait que la stratégie de son gouvernement faisait ses preuves et que les inquiétudes exprimées par Israël étaient prises en compte par la Maison Blanche.

« Je vous le dis avec prudence mais dans l’intervalle, il semble que notre politique à l’égard de l’Iran ait entraîné des résultats », a continué Lapid. « Les réserves dont nous avons fait part à l’administration américaine ont été prises en compte. Nous avons aussi parlé avec nos autres partenaires. Des demandes ont été soumises aux Iraniens. Il n’est pas possible de tout examiner, et il n’est pas possible non plus que tout et n’importe quoi devienne matière à querelle ou à débat. Il y a un autre moyen, et cet autre moyen fonctionne mieux. »

Le leader de l’opposition Benjamin Netanyahu, à gauche, participant à une réunion d’information sur le conflit Israël-Gaza avec le Premier ministre Yair Lapid, le 7 août 2022. (Crédit : Haim Zach/GPO)

Lapid a fait remarquer qu’après sa conversation avec le président américain Joe Biden, la semaine dernière, le chef du Mossad, David Barnea, allait décoller à bord d’un vol pour Washington, lundi, « pour une série de réunions visant à expliquer au gouvernement américain notre positionnement à l’égard des dangers inhérents à l’accord ».

Selon un reportage qui a été diffusé samedi par la Douzième chaîne, Barnea va rencontrer des responsables américains qui n’ont pas l’habitude de discuter avec leurs homologues israéliens, et notamment le dirigeant de la CIA.

Barnea devrait aussi s’exprimer devant la Commission, au sénat, qui est chargée des renseignements pour évoquer le positionnement de l’État juif à l’égard de la république islamique et les informations dont disposent les services israéliens sur l’Iran, a continué la Douzième chaîne.

Le reportage non-sourcé a indiqué que Barnea présentera des données aux responsables américains qui montrent que la Russie pourrait blanchir de l’argent sale à travers l’Iran si l’accord sur le nucléaire était conclu sur la base de sa formulation actuelle, et qu’il transmettra des informations portant sur l’intensification des activités néfastes de Téhéran dans tout le Moyen-Orient.

Le chef du Mossad, David Barnea, assiste à une cérémonie marquant le jour du Souvenir pour les soldats israéliens tombés au combat et les victimes du terrorisme à Jérusalem, le 3 mai 2022. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Selon des informations, Israël estimerait que les États-Unis et l’Iran pourraient redonner vie à l’accord sur le nucléaire moribond d’ici quelques semaines et ce, même si Washington a indiqué que les dernières réponses faites par Téhéran dans le cadre des négociations n’étaient « pas constructives ».

La Douzième chaîne a indiqué, vendredi, que les informations dont dispose l’État juif ont été regroupées dans un rapport du département de recherche politique au sein du ministère des Affaires étrangères, un rapport qui n’a pas été rendu public.

Le ministère des Affaires étrangères a fait savoir que les États-Unis et l’Iran étaient plus réalistes sur leurs positionnements respectifs que ce n’était le cas dans le passé et que les deux pays œuvrent actuellement à rassembler un soutien politique en faveur du pacte en amont de sa finalisation, selon la Douzième chaîne.

Au cours de leur entretien téléphonique de la semaine dernière, Lapid a vivement recommandé à Biden de préparer une frappe militaire contre le programme nucléaire iranien, disant au président américain que « seul un plan militaire américain crédible garantira que les Iraniens ne chercheront pas à tricher » si un nouvel accord est signé, a fait savoir la Douzième chaîne.

Le Premier ministre Yair Lapid s’entretient par téléphone avec le président américain Joe Biden, le 31 août 2022. (Autorisation)

Biden a répété qu’Israël serait tenu au courant des avancées des pourparlers, assurant à Lapid qu’il n’y aurait pas de surprise. Jérusalem avait eu ce sentiment lorsque les négociations avaient eu lieu concernant le premier accord nucléaire qui avait été conclu sous l’administration Obama.

Cela fait longtemps que l’État juif pousse les États-Unis à se préparer à l’option militaire et Biden a indiqué, au mois de juillet, qu’il serait prêt à utiliser la force si nécessaire pour empêcher l’Iran d’obtenir l’arme atomique. Le programme nucléaire iranien serait trop avancé pour qu’une seule frappe parvienne à le faire reculer et il est difficile de prédire l’étendue des dégâts qu’une attaque militaire serait en mesure de causer.

La réaction des États-Unis – qui ont déclaré que les réponses apportées par la république islamique à un projet d’accord étaient « non constructives » – est le dernier va-et-vient entre les deux adversaires survenus dans le cadre des négociations effectuées par le biais de l’Union européenne.

Réacteur à eau lourde d’Arak en Iran. (Hamid Foroutan/ISNA/AFP)

Le 8 août, l’Union européenne a présenté un texte qualifié de « final ». L’Iran a proposé d’y apporter des changements – largement acceptés par les Européens – des modifications auxquels les États-Unis ont répondu par le biais de leurs intermédiaires.

Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Nasser Kanaani, a indiqué vendredi que l’Iran avait transmis une nouvelle réponse, selon l’agence de presse officielle IRNA au sein de la république islamique. Kanaani a déclaré que la proposition iranienne était « constructive » et fait part de son espoir de voir un accord finalisé. Plus tard dans la journée, la porte-parole du Conseil de sécurité nationale à la Maison Blanche, Adrienne Watson, a noté dans une déclaration que Washington « examine encore la réponse iranienne et se coordonne avec [ses alliés] de l’E3. »

Dans ses propos, dimanche, Lapid a également évoqué les tensions croissantes en Cisjordanie, affirmant que les forces de sécurité israéliennes continueraient leurs efforts de lutte contre le terrorisme tout en notant que « notre objectif est d’apaiser les choses, pas d’entraîner une escalade des affrontements ».

« Nous allons continuer notre politique, qui dit que nous répondrons avec force – et notamment au niveau socio-économique – contre tous ces lieux dont émane le terrorisme. Là où le calme est maintenu, nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour permettre au quotidien de tous de se dérouler comme d’habitude et pour favoriser l’économie palestinienne », a-t-il continué.

Ces paroles ont été tenues alors que l’armée poursuit une opération commencée il y a cinq mois et visant à empêcher les terroristes palestiniens de commettre des attentats.

L’armée israélienne avait lancé cette opération suite à une série d’attaques meurtrières qui ont fait 19 morts du côté israélien entre la mi-mars et le début du mois de mai. Plus de 1 200 suspects palestiniens ont été placées en détention depuis le début de l’opération Brise-Lame.

Jacob Magid a contribué à la rédaction de cet article.

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