Israël a officiellement donné 100 vaccins COVID à l’Autorité palestinienne
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Israël a officiellement donné 100 vaccins COVID à l’Autorité palestinienne

L'Etat aurait initialement dit à la Haute-cour que l'AP ne disposait pas de vaccins, les Palestiniens auraient demandé 10 000 doses pour immuniser les personnels de santé

Un soignant palestinien effectue un dépistage pour le coronavirus dans un centre de santé à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, le 5 janvier 2020. (Crédit ; Abed Rahim Khatib/Flash90)
Un soignant palestinien effectue un dépistage pour le coronavirus dans un centre de santé à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, le 5 janvier 2020. (Crédit ; Abed Rahim Khatib/Flash90)

Israël a donné cent doses de vaccin contre le coronavirus à l’Autorité palestinienne, un « geste humanitaire » qui a été accompli il y a une semaine et demie, a fait savoir le gouvernement à la Haute-cour de justice, mercredi.

Cette reconnaissance d’un don de vaccins aux Palestiniens de la part du gouvernement a suivi une plainte déposée auprès de la plus haute instance judiciaire israélienne par la famille de Hadar Goldin, un soldat dont la dépouille est actuellement conservée à Gaza par le groupe terroriste palestinien du Hamas. La famille de Goldin tente de conditionner l’entrée des aides à Gaza – et notamment l’entrée des vaccins contre le coronavirus – à la restitution du corps de leur fils.

Le procureur d’Etat avait déclaré antérieurement à la Haute-cour, dans une réponse qui avait été signée par le Conseil national de sécurité, que l’Autorité palestinienne n’avait « aucun vaccin » contre la COVID-19.

Après la diffusion d’informations dans les médias israéliens qui avaient laissé entendre que des doses avaient été envoyées par l’Etat juif à l’Autorité palestinienne, le procureur d’Etat avait pris la décision de se pencher sur le dossier.

Israël a administré la première dose du vaccin Pfizer à plus de 20 % de sa population, le mois dernier, et l’Autorité palestinienne attend encore, pour sa part, l’arrivée d’une livraison. Les responsables de Ramallah avaient fixé plusieurs échéances pour l’entrée des vaccins sur ses territoires, sans suite.

Des nonnes catholiques et des fidèles portant le masque pour cause de pandémie de coronavirus lors de la messe de Noël à l’église de la nativité de la ville historique de Bethléem, le 25 décembre 2020. (Crédit : HAZEM BADER / AFP)

En réponse aux informations, les responsables palestiniens avaient vivement nié avoir reçu des doses de vaccins de la part d’Israël, dans des communiqués émis par les institutions gouvernementales ou par le biais de responsables qui avaient été contactés par le Times of Israel.

Mais selon le procureur d’Etat, les officiels palestiniens ont demandé, au début du mois de janvier, des vaccins au ministère de la Santé israélien et au Coordinateur des activités gouvernementales dans les territoires (COGAT), l’organe israélien de liaison militaire avec les Palestiniens.

« Le 4 janvier, le COGAT s’est tourné vers le directeur-général du ministère de la Santé pour qu’il autorise cette requête. Le directeur-général du ministère de la Santé, avec l’approbation du ministre, a accepté cette requête sous le forme d’un geste humanitaire », a fait savoir l’Etat devant la Haute-cour.

Contactés, un porte-parole de Yuli Eldelstein, le ministre de la Santé, et un porte-parole du COGAT ont refusé tout commentaire.

Les vaccins ont été transférés le jour même, a fait savoir l’Etat. Une livraison de suivi de cent vaccins devrait être faite le 25 janvier pour permettre aux personnes ayant reçu la première dose de recevoir la deuxième.

L’Autorité palestinienne aurait demandé un nombre bien supérieur de vaccins – jusqu’à 10 000 doses – pour protéger ses personnels de santé qui sont sur le front de la pandémie. Selon l’envoyé de l’Organisation mondiale de la Santé auprès des Palestiniens, Gerald Rockenschaub, Israël n’a pas donné suite à cette requête.

« Le ministère israélien de la Santé a indiqué qu’il explorerait cette possibilité mais qu’il n’était pas, à l’heure actuelle, en mesure de fournir des vaccins en raison d’une pénurie du produit en Israël », a déclaré Rockenschaub dans la journée de dimanche.

Dans un document inclus dans le dossier du procureur d’Etat, le Conseil national de sécurité a affirmé qu’il n’avait pas connaissance de ce transfert de vaccins à l’Autorité palestinienne lorsqu’il avait fait sa déclaration initiale devant les magistrats.

L’avocat de la famille de Goldin, Aviad Cohen, a qualifié ces va-et-vient du gouvernement de « tentative de jeter de la poudre aux yeux, que ce soit pour la famille ou pour le public ».

« L’annonce faite par le gouvernement veut tout dire. Elle vient renforcer ce qui avait été dit dans la plainte : La main droite ne sait pas ce que fait la main gauche et les informations portant sur les transferts de produits, de médicaments et d’équipements… s’effectuent à l’abri des regards, notamment à l’abri du regard du Conseil national de sécurité », a dit Cohen dans une déclaration.

Un vendeur de café de rue marche parmi des boutiques fermées dans le contexte de la pandémie de COVID-19 en Cisjordanie, à Hébron, le 11 décembre 2020. (Crédit : HAZEM BADER / AFP)

La campagne de vaccination rapide, au sein de l’Etat juif, avait entraîné un débat sur un éventuel approvisionnement en vaccins aux Palestiniens. Ces derniers, qui dirigent leur propre système de santé dans les zones qu’ils administrent selon les accords d’Oslo, n’ont pas encore publiquement sollicité Israël en ce qui concerne la vaccination de la population.

Les responsables de l’AP ont coupé la poire en deux, disant que c’était Ramallah qui avait la charge de fournir les vaccins à ses citoyens tout en affirmant que l’Etat juif avait des obligations à l’égard des Palestiniens, selon la loi internationale.

La question de la responsabilité légale d’Israël à l’égard des Palestiniens dans ce contexte de pandémie est très sensible et elle entraîne des débats animés parmi les experts en droit international. Les accords d’Oslo II, signés en 1995, délèguent la responsabilité des soins de santé à l’Autorité palestinienne. Toutefois, le même traité oblige aussi les deux parties à coopérer pour lutter contre les épidémies.

Les responsables israéliens de la santé avaient indiqué qu’ils souhaitaient pouvoir réfléchir à faire vacciner tous les Palestiniens, une fois les Israéliens immunisés.

« Les citoyens israéliens arrivent en premier. C’est seulement quand nous aurons vacciné tous les résidents de ce pays que nous pourrons envisager d’autres requêtes, et notamment une demande qui serait soumise par l’AP », a dit le vice-ministre de la Santé, Yoav Kisch, devant les caméras de la Douzième chaîne, dimanche.

Les Palestiniens ont jusqu’à présent annoncé qu’ils avaient trois sources de vaccins qu’ils avaient l’intention de déployer en Cisjordanie et à Gaza. Ce week-end, les responsables de la Santé ont annoncé avoir passé un accord portant sur deux millions de doses avec la firme pharmaceutique britannique AstraZeneca.

Et, lundi, la ministre de la Santé de l’AP, Mai al-Kaila, a approuvé le vaccin russe controversé Spoutnik V, qui pourra donc être utilisé en Cisjordanie et à Gaza. Selon le Fonds d’investissement direct russe, les vaccins russes arriveront en Cisjordanie le mois prochain.

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