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Analyse

Israël passe à la vitesse supérieure contre le CGRI en Syrie

Depuis le 7 octobre, Tsahal a intensifié ses attaques et frappé des officiers supérieurs iraniens, jugeant qu'il y avait peu à perdre à contrer l'enracinement de Téhéran

Un homme vérifie les dégâts dans un appartement d'un immeuble résidentiel qui aurait été visé par des frappes aériennes israéliennes dans le quartier de Kafr Sousa de la capitale syrienne Damas, le 21 février 2024. (Crédit : LOUAI BESHARA / AFP)
Un homme vérifie les dégâts dans un appartement d'un immeuble résidentiel qui aurait été visé par des frappes aériennes israéliennes dans le quartier de Kafr Sousa de la capitale syrienne Damas, le 21 février 2024. (Crédit : LOUAI BESHARA / AFP)

La campagne aérienne menée depuis des années par Israël contre les groupes et les dépôts d’armes liés à l’Iran en Syrie semble s’intensifier depuis ces derniers mois avec des frappes sur des cibles clés à un rythme qui « change les règles du jeu », selon des experts.

Bien que les attaques israéliennes contre les transferts d’armes et les milices soutenues par l’Iran, et en particulier le groupe terroriste chiite libanais Hezbollah, remontent au moins à 2013, les opérations lancées par l’armée de l’air sont désormais plus fréquentes et incluent l’assassinat de responsables iraniens. Ce que les acteurs sur le terrain n’ont pas manqué de remarquer.

Il y a quelques jours à peine, des jets israéliens ont frappé deux terroristes du Hezbollah qui se déplaçaient dans un camion près de la frontière entre la Syrie et le Liban dimanche matin ; ils ont également bombardé un immeuble résidentiel dans un quartier chic de Damas, la capitale syrienne, où résident des dirigeants du Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI), tuant deux personnes, selon les médias locaux locales. La presse de Téhéran a affirmé qu’aucun citoyen iranien n’avait été tué.

« Les frappes aériennes israéliennes en Syrie ne se limitent plus à des attaques contre des transferts d’armes ou sur l’aéroport international de Damas », a indiqué Carmit Valensi, chercheuse principale et responsable du programme de recherche sur la Syrie et le nord à l’Institute for National Security Studies de Tel Aviv, (INSS), basé à Tel-Aviv.

La recrudescence des attaques semble avoir commencé peu après le 7 octobre, alors qu’Israël se battait à Gaza tout en repoussant les attaques de groupes soutenus par l’Iran depuis le Liban, la Syrie et au-delà.

Depuis décembre, près de dix officiers du CGRI ont été tués par des frappes israéliennes présumées sur la Syrie, dont le général de brigade iranien Seyed Razi Mousavi, conseiller de longue date du CGRI en Syrie, tué lors d’une frappe aérienne israélienne sur une banlieue de Damas.

Des personnes nettoient les débris après une frappe israélienne présumée sur un appartement dans le district de Kfar Sousseh, à Damas, en Syrie, le 21 février 2024. (Crédit : Omar Sanadiki/AP)

« Israël semble exploiter le momentum de la guerre pour intensifier ses activités contre l’Iran en Syrie », a ajouté Valensi.

Israël n’a pas revendiqué les assassinats, mais il a admis avoir mené des frappes contre des cargaisons d’armes supposées être destinées à des groupes soutenus par l’Iran en Syrie, au premier rang desquels le Hezbollah.

Valensi a fait remarquer qu’avant la guerre actuelle à Gaza, tuer des membres de la Force al-Qods – l’unité opérationnelle du CGRI – ou des agents du Hezbollah aurait été considéré comme une ligne rouge, susceptible de déclencher une guerre.

Tout a changé le 7 octobre, jour où des terroristes dirigés par le groupe terroriste palestinien du Hamas ont pris d’assaut le sud d’Israël, tuant près de 1 200 personnes et en kidnappant 253 autres.

Dans les jours et les semaines qui ont suivi cette attaque terroriste d’une ampleur sans précédent, d’autres fronts de guerre ont été ouverts par des groupes paramilitaires soutenus par l’Iran contre Israël, depuis le Liban et, dans une bien moindre mesure, depuis la Syrie, au nord, et depuis le Yémen, au sud.

Carmit Valensi. (Autorisation : INSS)

La région étant déjà plongée dans un conflit, Israël n’a plus à se montrer aussi prudent.

« Les règles sont différentes en temps de guerre, et Israël a une plus grande liberté d’action. L’Iran et le Hezbollah ont une capacité de réaction très limitée dans le théâtre syrien », a expliqué Valensi.

Selon plusieurs experts, le personnel militaire iranien sur le terrain en Syrie ne compterait qu’une dizaine de personnes. Le gros des forces contrôlées par la République islamique en Syrie, hormis le Hezbollah libanais, est constitué de milices chiites étrangères, provenant principalement d’Irak, d’Afghanistan et du Pakistan.

« L’Iran n’aime pas que des Iraniens qui parlent le persan se fassent tuer », a expliqué l’ancien officier des services de renseignement, le colonel (Rés.) Miri Eisin.

Selon Eisin, ces combattants étrangers ont été déployés dans le Golan syrien au cours des dernières années, où ils ont remplacé les habitants des villes vidées par des années de guerre civile. Nombre d’entre eux ont déménagé avec leur famille.

Des gardes d’honneur portent le cercueil de Razi Moussavi, un haut commandant de la Force Quds du Corps des gardiens de la révolution islamique d’Iran (IRGC), tué le 25 décembre lors d’une frappe israélienne présumée en Syrie, lors de ses funérailles au sanctuaire de l’Imam Ali dans la ville sainte irakienne de Najaf, le 27 décembre 2023 (Crédit : Qassem al-Kaabi / AFP)

« Toute la démographie du Golan syrien a été modifiée », a indiqué Eisin.

Alors qu’à l’origine, la présence militaire iranienne en Syrie était justifiée pour soutenir le régime d’Assad contre les groupes rebelles, les combattants chiites du Golan ont été amenés avec l’objectif explicite de « libérer Jérusalem », c’est-à-dire d’attaquer Israël, a expliqué Eisin. Ils ont été formés par le Hezbollah, le groupe considéré comme le plus proche des supplétifs de l’Iran.

Nombre d’entre eux sont toutefois, sur la défensive aujourd’hui, en raison de la relance de la campagne israélienne. Leurs effectifs ont été redéployés du Golan syrien vers d’autres régions du pays. En théorie, ils pourraient encore lancer des missiles sur Israël, mais une attaque terrestre à la frontière n’est désormais plus envisageable.

Les services d’urgence travaillent sur un bâtiment touché par une frappe aérienne à Damas, en Syrie, le samedi 20 janvier 2024. Les médias syriens et iraniens affirment qu’une frappe israélienne sur Damas a tué cinq conseillers iraniens. (Crédit : Omar Sanadiki/AP)

« Les attaques intenses menées récemment par Israël sont un développement positif pour ce pays, car elles influencent le modus operandi de l’Iran en Syrie », a indiqué Valensi.

Elle a précisé que le retrait iranien avait commencé en 2020, afin de minimiser l’exposition aux frappes aériennes. « Depuis quatre mois, ce mouvement s’est accéléré », a-t-elle ajouté.

« Après le déclenchement de la guerre contre le Hamas, il y a eu des signes indiquant que l’Iran renforçait sa présence dans le sud, pour se préparer à ouvrir un autre front avec Israël », a indiqué Valensi. « Mais la campagne aérienne israélienne très intense en Syrie semble avoir eu un effet dissuasif ».

Un camion en flammes après une attaque aérienne attribuée à Israël, non loin de la ville syrienne de Qusayr, le 25 février 2024. (Crédit: Capture d’écran X ; utilisée conformément à l’article 27a de la loi sur le droit d’auteur)

Selon les experts, la véritable innovation israélienne réside toutefois dans la décision de cibler systématiquement les responsables du CGRI. Israël a déjà neutralisé plusieurs responsables iraniens en Syrie, dont au moins un général en 2015, tué en même temps que Jihad Mughniye, l’un des dirigeants du Hezbollah. Selon les experts, les frappes contre les membres du CGRI n’ont jamais été menées de manière aussi méthodique et audacieuse qu’aujourd’hui.

« C’est comme si on prenait une liste [des principaux dirigeants du CGRI] et qu’on rayait les noms un par un », a affirmé Eisin. « Et en plus, en plein cœur de Damas, à quelques kilomètres seulement de l’endroit où se trouve Bachar el-Assad. »

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