Israël pourrait bientôt expulser les demandeurs d’asile d’Erythrée
Rechercher

Israël pourrait bientôt expulser les demandeurs d’asile d’Erythrée

Des informations laissent entendre que le traité de paix entre l'Erythrée et l'Ethiopie pourrait aboutir à l'annulation du service militaire illimité

La ministre de la Justice, Ayelet Shaked, arrive pour la réunion hebdomadaire du cabinet du Premier ministre à Jérusalem, le 3 septembre 2017. (Marc Israel Sellem)
La ministre de la Justice, Ayelet Shaked, arrive pour la réunion hebdomadaire du cabinet du Premier ministre à Jérusalem, le 3 septembre 2017. (Marc Israel Sellem)

La ministre de la Justice Ayelet Shaked a expliqué mardi que les demandeurs d’asile originaires de l’Erythrée seraient immédiatement expulsés si le pays africain renonçait à son service militaire.

S’exprimant lors d’une conférence du parti HaBayit HaYehudi à Tel Aviv, Shaked a noté le récent rapprochement entre les leaders d’Ethiopie et d’Erythrée qui, selon certains, pourrait mener à une fin du service militaire illimité en Erythrée.

« Si, suite à l’accord, le devoir du service militaire est abandonné, alors l’Etat juif pourra renvoyer les infiltrés en Erythrée, ce qui est une grande nouvelle pour les résidents du sud de Tel Aviv », a-t-elle dit.

Des organisations non-gouvernementales et des groupes de défense des droits civils en Israël et à l’étranger considèrent les migrants d’Erythrée (et du Soudan) comme des réfugiés, tandis que leurs opposants les voient comme des « infiltrés », venus au sein de l’Etat juif pour des raisons économiques.

Au cours des dernières décennies, de nombreux Erythréens ont fui leur pays pour éviter un service militaire obligatoire et indéfiniment prolongé, dénoncé par les Nations unies comme une grave violation faite aux droits de l’Homme.

La majorité des demandeurs d’asile africains sont arrivés en Israël entre 2006 et 2012. En 2010, à l’apogée de la vague de demandeurs d’asile qui traversaient le Sinaï vers Israël, 1 300 personnes franchissaient illégalement la frontière chaque mois.

Une fois qu’ils avaient franchi la frontière, les soldats israéliens les amenaient à des centres de détention coordonnés avec l’autorité de la Population et de l’Immigration. Ensuite, beaucoup recevaient des tickets de bus pour la gare routière de Tel Aviv, mais aucun autre service.

Des manifestants lors d’un mouvement de protestation dans le sud de Tel Aviv contre l’expulsion programmée de migrants et réfugiés africains, le 24 février 2018 (Crédit : Miriam Herschlag/ Times of Israël)

Les propos tenus par Shaked surviennent après qu’il a été dit à une dernière vague d’hommes enrôlés dans l’armée en Erythrée, selon Reuters, que leur service ne dépasserait pas les 18 mois. Pourtant, des sources familières du sujet ont indiqué à Haaretz qu’il était prématuré d’évoquer la fin du service militaire obligatoire à vie en Erythrée.

Mardi, des informations ont laissé entendre que le ministre israélien de l’Intérieur réexaminait l’option d’expulser les demandeurs d’asile africains vers l’Erythrée et le Soudan suite au traité de paix signé le mois dernier entre l’Ethiopie et l’Erythrée.

Cette initiative semble remplacer une proposition des Nations unies qui prévoyait de faire partir la moitié des demandeurs d’asile et de permettre à l’autre de s’installer en Israël – une proposition initialement acceptée puis rejetée par le Premier ministre Benjamin Netanyahu dans un contexte de pressions publiques croissantes en vingt-quatre heures, au mois d’avril dernier.

Selon le ministère de l’Intérieur, il y a environ 42 000 migrants africains en Israël, dont la moitié sont des enfants et des femmes ou des hommes avec leurs familles.

Environ 72 % des migrants sont Erythréens et 20 % sont des Soudanais, qui, dans de nombreux cas, ont fui le génocide au Darfour ainsi que les combats entre le Soudan et le Sud-soudan.

En 2014, Israël a achevé la construction d’une clôture électronique longue de 242 kilomètres le long de sa frontière avec le Sinaï. L’immigration clandestine depuis le Sinaï s’est seulement élevée à 11 cas en 2016 et 0 en 2017.

Melanie Lidman a contribué à cet article.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...