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Israël sous le feu des critiques après la frappe à Rafah

L'AP et l'Égypte accusent Israël de viser délibérément des civils dans un camp de personnes déplacées ; le Qatar affirme que la frappe pourrait entraver les négociations sur les otages

Les Palestiniens sur le site d'une frappe israélienne ciblant deux terroristes du Hamas, à proximité d'un camp de personnes déplacées, à Rafah, le 27 mai 2024. (Crédit : Jehad Alshrafi/AP)
Les Palestiniens sur le site d'une frappe israélienne ciblant deux terroristes du Hamas, à proximité d'un camp de personnes déplacées, à Rafah, le 27 mai 2024. (Crédit : Jehad Alshrafi/AP)

Israël a fait l’objet de vives critiques lundi après qu’une frappe aérienne sur la ville de Rafah, à l’extrême sud de Gaza, a tué au moins 40 personnes, dont la plupart étaient des civils, dans un centre pour personnes déplacées, dans la nuit de dimanche à lundi.

Israël a déclaré que la frappe visait deux terroristes haut-placés du Hamas. Mais elle aurait également touché une zone du quartier Tel Al-Sultan de Rafah, dans l’ouest de la ville, où des milliers de personnes s’étaient réfugiées. La frappe a déclenché des incendies qui ont englouti plusieurs tentes et abris.

Lundi après-midi, le ministère de la Santé, dirigé par le Hamas, a déclaré que le nombre de morts s’élevait à 40 et que 65 personnes avaient été blessées. Ces chiffres ne peuvent être vérifiés dans l’immédiat.

Lundi matin, la présidence de l’Autorité palestinienne et l’Égypte ont toutes deux accusé Israël d’avoir délibérément pris pour cible le centre d’accueil des personnes déplacées.

« La perpétration de ce massacre odieux par les forces d’occupation israéliennes est un défi à toutes les résolutions de la légitimité internationale », a déclaré la présidence de l’Autorité palestinienne dans un communiqué, accusant les forces israéliennes d’avoir « délibérément pris pour cible » les tentes des personnes déplacées.

L’Egypte a condamné un « bombardement délibéré des forces israéliennes sur des tentes de déplacés » à Rafah.

Le ministère égyptien des Affaires étrangères a appelé dans un communiqué Israël à « mettre en œuvre les mesures édictées par la Cour internationale de justice (CIJ) concernant une cessation immédiate des opérations militaires » dans la ville palestinienne de Rafah, située à la frontière de l’Egypte.

Le ministère a fustigé « une nouvelle violation flagrante des dispositions du droit international humanitaire ».

Déplorant un « évènement tragique », le communiqué dénonce un « ciblage des civils sans défense » et « une politique systématique visant à élargir le spectre de la mort et des destructions dans la bande de Gaza pour la rendre invivable ».

De son côté, la diplomatie jordanienne a également condamné le bombardement survenu dimanche soir, y voyant un « acte de défi face aux arrêts de la Cour internationale de justice » et une « violation sévère » du droit international.

« Ces actions sont des crimes de guerre que la communauté internationale doit confronter, afin de s’assurer que les responsables répondent de leurs actes », a précisé dans un communiqué le porte-parole du ministère jordanien des Affaires étrangères, Sufian Qudah.

Les Palestiniens sur le site d’une frappe israélienne ciblant deux terroristes du Hamas, à proximité d’un camp de personnes déplacées à Rafah le 27 mai 2024. (Crédit : AP Photo/Jehad Alshrafi)

Le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell, a déclaré, lundi avant une réunion des ministres des Affaires étrangères de l’UE et de plusieurs pays arabes, que les décisions sur Gaza prises par la Cour internationale de Justice (CIJ), la plus haute juridiction de l’ONU, doivent être appliquées.

« Tout le monde est d’accord pour dire que les décisions de la Cour internationale de justice sont obligatoires et qu’elles doivent être mises en œuvre », a jugé M. Borrell, après l’ordre donné par cette cour à Israël de cesser « immédiatement » son offensive à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza.

« Il y a réellement un dilemme sur la façon dont la communauté internationale peut contraindre à la mise en œuvre » de ces décisions; a-t-il dit.

Les responsables israéliens ont déclaré qu’ils considéraient que l’arrêt de la CIJ permettait de mener certaines opérations à Rafah, rejetant les interprétations selon lesquelles l’arrêt de la Cour exigeait d’Israël qu’il mette fin à l’offensive.

Le Hamas a déclaré tard dimanche que les Palestiniens devaient « se lever et marcher » contre le « massacre » de l’armée israélienne à Rafah.

« À la lumière de l’horrible massacre sioniste commis ce soir par l’armée d’occupation criminelle contre les tentes des personnes déplacées, nous appelons les masses de notre peuple en Cisjordanie, à Jérusalem, dans les territoires occupés et à l’étranger à se lever et à marcher avec colère contre le massacre sioniste en cours contre notre peuple dans le secteur », a déclaré le groupe terroriste palestinien dans un communiqué.

L’agence controversée des Nations unies pour les réfugiés palestiniens (UNRWA) a déclaré lundi que les informations faisant état d’attaques contre des familles cherchant un abri à Rafah étaient « horribles ».

« Les informations en provenance de Rafah concernant de nouvelles attaques contre des familles cherchant un abri sont horribles », a écrit l’UNRWA sur le site X. On signale des pertes massives en vies humaines dans les camps de réfugiés de Rafah.

« Des informations font état de nombreuses victimes, dont des enfants et des femmes. Gaza est un enfer sur terre. Les images de la nuit dernière en témoignent une fois de plus ».

Le Qatar a ajouté que la frappe pourrait avoir des répercussions diplomatiques et entraver les pourparlers en vue d’une trêve et d’un accord de libération des otages.

Le pays du Golfe s’inquiète du fait que « les bombardements vont compliquer les efforts de médiation en cours et entraver les efforts visant à parvenir à un accord pour un cessez-le-feu immédiat et durable dans la bande de Gaza », selon un communiqué du ministère qatari des Affaires Etrangères.

Doha appelle « la communauté internationale à agir de toute urgence pour empêcher un génocide et protéger les civils », a-t-il ajouté.

Les Palestiniens sur le site d’une frappe israélienne ciblant deux terroristes du Hamas, à proximité d’un camp de personnes déplacées à Rafah le 27 mai 2024. (Crédit : AP Photo/Jehad Alshrafi)

L’Italie a déclaré lundi que les attaques israéliennes contre les civils palestiniens à Gaza n’étaient plus justifiables, ce qui constitue l’une des critiques les plus virulentes formulées jusqu’à présent par Rome à l’encontre de la campagne israélienne.

« La situation est de plus en plus difficile, le peuple palestinien est pressuré sans tenir compte des droits d’hommes, de femmes et d’enfants innocents qui n’ont rien à voir avec le Hamas, et cela ne peut plus être justifié », a déclaré le ministre italien de la défense, Guido Crosetto, à la chaîne de télévision SkyTG24.

« Nous observons la situation avec désespoir ».

Emmanuel Macron s’est dit lundi « indigné par les frappes israéliennes qui ont fait de nombreuses victimes parmi les déplacés à Rafah » et a appelé à un « cessez-le-feu immédiat ».

« Ces opérations doivent cesser. Il n’y a pas de zones sûres à Rafah pour les civils palestiniens. J’appelle au plein respect du droit international et au cessez-le-feu immédiat », a réagi le président français sur X.

Chef de file des pays du Golfe et poids lourd du Moyen-Orient, l’Arabie saoudite a également condamné  « dans les termes les plus fermes la poursuite des massacres ».

Le royaume exprime « son rejet catégorique des violations flagrantes et continues par les forces d’occupation israéliennes de toutes les résolutions, lois et règles internationales », a indiqué le ministère saoudien des Affaires Etrangères en appelant la communauté internationale « à intervenir immédiatement ».

Autre pays du Golfe, le Koweït a dénoncé des « crimes de guerre flagrants ».

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a promis lundi que son pays ferait « tout son possible » pour que le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et les autorités « barbares rendent des comptes », au lendemain des frappes sur Rafah.

« En tant que Turquie, nous ferons tout notre possible pour demander des comptes à ces barbares et à ces meurtriers qui n’ont rien avoir avec l’humanité », a indiqué que chef de l’Etat.

« Ce massacre, qui a eu lieu après l’appel de la Cour internationale de justice à mettre fin aux attaques, a une fois de plus révélé le visage cruel et traître de l’Etat terroriste », a-t-il estimé.

« Tout comme Hitler, Milosevic (président de l’ex-Yougoslavie, ndlr), Karadzic (l’ex-dirigeant serbe de Bosnie, ndlr) et d’autres pharaons de l’histoire qu’ils admirent, ils ne pourront éviter d’être maudits. En tant que Turquie, nous ferons tout notre possible pour demander des comptes à ces barbares et à ces meurtriers qui n’ont rien à voir avec l’humanité », a insisté le chef de l’Etat.

L’armée israélienne a confirmé dimanche soir avoir lancé une frappe aérienne sur Rafah dans la soirée, mais a précisé qu’elle avait visé un complexe du Hamas où s’étaient réunis de hauts responsables.

Les Palestiniens sur le site d’une frappe israélienne ciblant deux terroristes du Hamas, à proximité d’un camp de personnes déplacées à Rafah le 27 mai 2024. (Crédit : Eyad Baba/AFP)

« L’attaque a été menée contre des terroristes qui sont une cible d’attaque, conformément au droit international, en utilisant des munitions de précision, et sur la base de renseignements indiquant l’utilisation de la zone par des terroristes du Hamas », a déclaré l’armée israélienne dans un communiqué dimanche soir.

Lundi, la procureure en chef de l’armée israélienne a indiqué qu’il s’agissait d’un incident « très grave ».

« Les détails de l’incident font toujours l’objet d’une enquête, que nous sommes déterminés à mener à bien », a déclaré la générale de division Yifat Tomer Yerushalmi lors d’une conférence organisée par l’Association du barreau israélien. « L’armée israélienne regrette tout préjudice causé à des non-combattants pendant la guerre ».

Le nombre de victimes a été communiqué par le ministère de la santé de Gaza, dirigé par le Hamas, qui ne fait pas de distinction entre les terroristes et les civils dans ses bilans sur les victimes tout au long de la guerre et qui a déjà, par le passé, gonflé ses chiffres.

L’opération menée par l’armée israélienne à Rafah est considérée comme l’une des dernières phases de la guerre contre le Hamas, qui a débuté le 7 octobre avec l’attaque sans précédent de l’organisation terroriste contre Israël, au cours de laquelle quelque 1 200 personnes ont été assassinées et 252 ont été prises en otage.

Après avoir largement éradiqué les bataillons du Hamas dans le nord et le centre de la bande de Gaza, l’armée israélienne s’est attaquée à la zone méridionale où, selon elle, quatre bataillons subsistaient. Cependant, Israël a dû faire face à une forte pression internationale pour ne pas lancer l’opération de Rafah, car la plupart des personnes déplacées du nord et du centre avaient trouvé refuge dans le sud.

L’armée israélienne a lancé une opération de moindre envergure que celle initialement prévue au début du mois.

Dans un jugement pour le moins ambigu rendu vendredi, la Cour internationale de Justice a ordonné de stopper toutes les opérations, à Rafah, qui font courir un risque de destruction à la population civile réfugiée dans la localité. La formulation même du jugement implique qu’il peut être interprété comme ordonnant à Israël de se soumettre aux dispositions de la Convention sur le génocide au cours de son offensive à Rafah sans pour autant nécessiter un arrêt complet des combats.

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