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Jérusalem : le deuxième tour des municipales opposera Lion à Berkovitch

Malgré le soutien de Netanyahu et du maire sortant, Zeev Elkin n'a pas réussi à se qualifier pour le second tour qui se déroulera le 13 novembre

Les candidats à la mairie de Jérusalem, Ofer Berkovich (à gauche) et Moshe Lion, lors d'un débat le 21 octobre 2018 avant les élections municipales de Jérusalem du 30 octobre 2018. (Crédit : Yonatan Sindel / Flash90)
Les candidats à la mairie de Jérusalem, Ofer Berkovich (à gauche) et Moshe Lion, lors d'un débat le 21 octobre 2018 avant les élections municipales de Jérusalem du 30 octobre 2018. (Crédit : Yonatan Sindel / Flash90)

L’homme d’affaires Moshe Lion et le militant Ofer Berkovitch se sont tous les deux qualifiés pour le second tour des élections municipales à Jérusalem, avec près de 30 % des votes chacun.

Les résultats, tombés mercredi matin, ont signé la défaite cuisante du ministre des Affaires de Jérusalem Zeev Elkin, pourtant longtemps considéré favori.

Malgré le soutien du Premier ministre Benjamin Netanyahu et le maire sortant Nir Barkat, Elkin a fini en troisième position, au coude-à-coude avec le candidat ultra-orthodoxe Yossi Deitch.

Avec 98 % des votes comptabilisés, Lion, qui avait perdu face à Barkat en 2013, totalisait 33 % des suffrages, et Berkovitch 29 %. Pour leur part, Elkin avait remporté 20 % des suffrages et le candidat ultra-orthodoxe Yossi Deitch 17 %.

Il aurait fallu qu’un candidat récolte 40 % des voix pour être nommé maire à l’issue du scrutin de mardi. Un second tour sera donc organisé le 13 novembre entre les deux candidats ayant le plus de votes.

Moshe Lion, jubilant et accompagné de ses sympathisants, a rejoint une fête de campagne à 1h30 du matin, à Jérusalem.

« Les résultats sont fantastiques », a déclaré Lion, avant d’ajouter : « Jérusalem, c’est le travail de ma vie ».

Un Israélien accroche des affiches de campagne pour les élections locales dans le centre de Jérusalem le 30 octobre 2018. (Crédit : THOMAS COEX / AFP)

Lion bénéficie du soutien du ministre Avigdor Liberman et de la faction ultra-orthodoxe Shas et d’une partie de YaHadout HaTorah, ce qui lui a valu des allégations de « magouille d’arrière-plan » au niveau national pour lui garantir ce poste.

Berkovitch, de son côté, a mené, avec son parti Hitorerut la chasse gardée des laïcs de la ville, et malgré les années passées au conseil municipal de Jérusalem, il a fait campagne comme un outsider, loin des tractations politiques.

Le jour des élections, les analystes estimaient que rien n’était gagné d’avance. A mesure que l’heure tournait, la campagne d’Elkin semblait avoir cédé à la panique, et Netanyahu a été jusqu’à diffuser un message enregistré exhortant les sympathisants d’Elkin à aller voter.

« Allez voter. La course est serrée. Je le dis en tant que hiérosolymitain. Vous avez besoin de quelqu’un comme Zeev Elkin, un homme talentueux qui a fait tant pour Jérusalem et qui en fera davantage », disait-il.

Le candidat à la mairie de Jérusalem Zeev Elkin et son fils prient au mur Occidental, dans la Vieille Ville de Jérusalem, le matin des élections municipales, le 30 octobre 2018. (Aharon Krohn/Flash90)

Malgré l’instauration d’un jour férié, destiné à faire augmenter le taux de participation, seuls 34 % des hiérosolymitains se sont rendus aux urnes mardi. Si l’on omet les résidents de Jérusalem Est, où la plupart des résidents palestiniens boycottent l’élection pour des raisons idéologiques, ce nombre grime à 51 %, soit en dessous des 56 % à l’échelle nationale, mais est aligné aux taux de participation des années précédentes.

Dès le début de la journée, Lion a été la cible de moquerie sur les réseaux sociaux à cause de la taille de la police d’imprimerie sur son bulletin, comparée à celle de ses rivales (la taille des caractères aurait été décidée par son équipe de campagne, et n’est pas réglementée).

Durant la journée, son équipe de campagne a fièrement diffusé des photos d’éminents rabbins devant l’urne, notamment le grand-rabbin séfarade Yitzhak Yosef, en train de voter pour Lion et Shas. (Yosef a ensuite demandé à ce que la photo ne soit pas diffusée.)

Les écoles primaires faisant souvent office de bureaux de vote, où les déclarations et les promesses des candidats contrastent avec les décorations enfantines, le candidat de Hitorerut, Berkovitch, a été photographié sous une phrase appelant les étudiants à « Gagner avec honnêteté et perdre avec dignité ».

Le candidat à la mairie de Jérusalem, Ofer Berkovich, et son épouse Dina ont voté dans un bureau de vote le matin des élections municipales, le 30 octobre 2018, à Jérusalem (Hadas Parush/Flash90).

Dans les deux bureaux de vote du quartier de Rehavia, les électeurs semblaient plus divisés que jamais, notamment sur les questions religieuses et communautaires, sur la personne à élire.

Devant l’un des bureaux de vote, une poignée d’étudiants de l’université Hébraïque de Jérusalem clamaient que Berkovitch était le seul candidat qu’ils pouvaient soutenir.

« Tous les autres sont soient haredi soit ‘Bibiste' », a souligné un étudiant de 24 ans, qui a demandé à se faire appeler uniquement par son prénom, Michael, et qui faisait allusion aux fervents partisans du Premier ministre Benjamin Netanyahu.

En sortant du bureau de vote, Doit Peleg, une femme modern-orthodoxe qui vit à Jérusalem depuis 25 ans, a déclaré avoir voté pour Elkin parce qu’il est « de droite, religieux », et parce qu’il a fait de la propreté de la ville une priorité.

Laurence Nachmani, une femme religieuse qui a immigré de France en Israël il y a 25 ans, a dit ne pas avoir soutenu Lion durant les municipales de 2013 contre Barkat, mais qu’elle le soutiendra cette fois-ci parce que « maintenant Berkovitch est arrivé et je ne veux pas de guerre civile » sur les questions religieuses dans la ville.

Le candidat Yossi Deitch vote à Jérusalem, le 30 octobre 2018. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Mais Avraham Gamrasani, un résident de Jérusalem qui se décrit comme traditionaliste, a dit avoir soutenu Lion, jusqu’à ce qu’il reçoive le soutien du Shas et de son dirigeant Aryeh Deri. Elkin a « de bonnes intentions », a-t-il ajouté, mais cela ne suffit pas.

Il s’apprêtait à voter pour Deitch, qui selon lui, est « un homme de bonnes actions ».

L’une des questions qui planaient sur cette élection était celle du choix de l’électorat haredi, qui représente un tiers des votes juifs. Allaient-ils soutenir le candidat désigné par les ultra-orthodoxes, Lion, ou pour l’ultra-orthodoxe Deitch ?

Mazal Bitan, une femme haredi et fervente supportrice du parti Shas, a indiqué avoir voté pour Lion.

« Nous faisons ce que nos rabbins nous disent de faire », a-t-elle dit solennellement, à sa sortie du bureau de vote.

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