Brisant le boycott, certains habitants de Jérusalem Est se rendent aux urnes
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Brisant le boycott, certains habitants de Jérusalem Est se rendent aux urnes

La liste palestinienne “Jérusalem, ma ville”, a attiré des centaines de votants dans un quartier précis, mais l'interdiction traditionnelle de voter aux élections persiste

Une Palestinienne de Jérusalem se prépare à voter lors des élections locales du 30 octobre 2018 à Shuafat, à Jérusalem Est. (Crédit : AHMAD GHARABLI / AFP)
Une Palestinienne de Jérusalem se prépare à voter lors des élections locales du 30 octobre 2018 à Shuafat, à Jérusalem Est. (Crédit : AHMAD GHARABLI / AFP)

Dans le hall d’un bureau de vote improvisé installé dans une école au cœur du quartier de Sur Baher à Jérusalem, Ruba Dabash, coiffée d’un voile coloré, a attendu que son mari, sa mère et d’autres membres de sa famille aient fini de voter.

Dabash, 28 ans, vient de voter pour la première fois de sa vie. Elle dit qu’elle a voté pour « Jérusalem, ma ville », une liste 100 % palestinienne, dont les membres se présentent pour siéger au conseil municipal de Jérusalem.

Mardi, les élections municipales ont eu lieu à Jérusalem et dans le reste d’Israël. À Jérusalem Est, où les habitants palestiniens ont généralement boycotté le scrutin, l’apparition de la première liste exclusivement palestinienne depuis des années, voire la seule ayant jamais existé, a suscité l’enthousiasme, du moins à Sur Baher.

« J’espère que cette liste va gagner parce que je crois que nous avons besoin de voix palestiniennes dans la municipalité qui puissent nous représenter et apporter de meilleurs services à notre partie de la ville », a déclaré Dabash, faisant référence à la liste exclusivement palestinienne. « Nous avons besoin de meilleures écoles, de meilleurs trottoirs et de meilleures routes. »

« Jérusalem, ma ville » est une liste dirigée par Ramadan Dabash, originaire de Sur Baher, qui est un parent de Dabash.

En début de l’après-midi au bureau de vote installé à l’école Ibn Rushd de Sur Baher, plusieurs dizaines d’habitants se sont présentés pour voter.

À 13h30, environ 400 Palestiniens avaient voté à l’école, selon un enquêteur qui a demandé à rester anonyme.

Une vue du mur Occidental et du dôme du Rocher, des sites parmi les plus saints pour les juifs et les musulmans, dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 6 décembre 2017 (Crédit : AP Photo/Oded Balilty)

Cependant, dans d’autres parties de Jérusalem Est, beaucoup moins de Palestiniens se sont rendus aux urnes pour voter.

Par exemple, à partir de 15h15 dans le quartier Abu Tur, seulement 25 Palestiniens sont venus voter dans un bureau de l’école pour filles, selon un enquêteur, qui a également demandé à garder l’anonymat.

Pendant des décennies, les Palestiniens de Jérusalem Est ont boycotté les élections locales à Jérusalem. Lors du dernier scrutin municipal en 2013, moins d’un pour cent d’entre eux ont voté.

Le militant Aziz Abu Sarah est devenu le premier Palestinien à se porter candidat à la mairie de la ville cette année, mais a abandonné suite à de violentes protestations, notamment de menaces, dirigées contre lui et sa liste.

Jamil al-Ayyan, 49 ans, et Osama Hamad, 49 ans, dans un bureau de vote du quartier de Sur Baher à Jérusalem, le 30 octobre 2018. Ayyan et Hamad ont voté lors de l’élection municipale. (Crédit : Adam Rasgon / Times of Israel)

Treize habitants de Sur Baher, qui ont voté et échangé avec le Times of Israel mardi, ont déclaré avoir voté pour la liste de « Jérusalem, ma ville ».

« J’ai voté pour la liste de Ramadan parce que nous avons besoin de quelqu’un qui se batte pour nos intérêts et nos droits dans la municipalité », a déclaré Jamil al-Ayyan, un nouvel électeur âgé de 49 ans. « Nous payons des impôts mais ne recevons pas de services adéquats. Si Dieu le veut, sa liste gagnera de nombreux sièges et nous verrons des améliorations ici. »

Jérusalem Est souffre d’une grande pauvreté, d’une pénurie de 2 000 salles de classe, d’un manque de permis de construire, de services d’assainissement inadéquats et de plusieurs autres problèmes, selon l’Association pour les droits civils en Israël, un groupe israélien de défense des droits de l’homme et des droits civils.

Si les habitants de la moitié orientale de Jérusalem représentent 37 % de la population totale de la ville, soit environ 327 700 personnes, sur une population d’environ 882 700 habitants, la municipalité n’investit que 10 à 12 % de son budget dans cette partie de la ville, selon Danny Seidemann, le directeur de Terrestrial Jerusalem, une ONG qui suit les développements politiques dans la ville.

Neuf des 13 résidents de Sur Baher, qui ont voté et parlé au Times of Israel, ont déclaré qu’ils votaient pour la première fois.

Bureau de vote à l’école Ibn Rushd de Sur Baher le 30 octobre 2018. (Crédit : Adam Rasgon / Times of Israel)

Sept d’entre eux ont également affirmé appartenir à la famille de Dabash.

Dabash, ancien membre du Likud, parti du Premier ministre Benjamin Netanyahu, père de 12 enfants et marié à quatre femmes, a déclaré que sa liste était déterminée à améliorer les services pour les Palestiniens à Jérusalem Est.

« Nous ne disons à personne de devenir Israélien, de changer de religion, d’abandonner la mosquée Al-Aqsa ou de rejoindre l’armée israélienne », a déclaré Dabash, qui a obtenu la citoyenneté israélienne en 1995, lors d’une interview donnée en juillet. « Nous disons que nous devons nous assurer de recevoir de meilleurs services. Nous devons avoir une voix au conseil municipal pour défendre nos droits. »

Mardi, 12 autres Palestiniens de Sur Baher, qui ont parlé au Times of Israel, ont promis de ne pas voter aux élections. Certains accusent les Palestiniens qui ont voté d’être des « traîtres ».

« Je ne voterai pas parce que je suis un nationaliste palestinien et que je refuse de normaliser l’occupation israélienne », a déclaré Abdullah, 25 ans, propriétaire d’une sandwicherie à Sur Baher. « En ce qui me concerne, ceux qui participent à ces élections sont des traîtres. »

Vue du village arabe de Sur Baher depuis l’une des rues principales menant à Armon Hanatziv. (Crédit : Hadas Parush / Flash 90)

D’autres habitants de Sur Baher, qui ont déclaré qu’ils ne voteraient pas aux élections, ont affirmé que même si les Palestiniens obtenaient un siège au conseil municipal, ils ne pourraient pas apporter de changement.

« Les Palestiniens ne devraient pas voter à ces élections, car elles constituent une tentative de cimenter le contrôle de l’occupation sur Jérusalem Est », a déclaré Azmi, un habitant de Sur Baher âgé de 27 ans. « Ils ne devraient pas non plus voter, car rien n’en sortira. Même si les listes de Ramdan remportent des sièges, cela ne pourra rien changer. Israël ne permettra pas que cela se produise. »

Ces derniers mois, des responsables palestiniens basés à Ramallah ont appelé les Palestiniens de Jérusalem Est à maintenir leur boycott sur le vote local.

Saeb Erekat, secrétaire général du comité exécutif de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), a récemment appelé les Palestiniens de Jérusalem Est à s’abstenir de voter.

« La participation aux élections aidera l’armée israélienne à promouvoir son projet du « Grand Jérusalem »… et jouera un rôle complémentaire dans la mise en œuvre de son plan de colonisation et de ses opérations de nettoyage ethnique », a déclaré Erekat dans un communiqué en juin.

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