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La balle qui a tué Abu Akleh remise par l’AP pour examen aux États-Unis

Ramallah a refusé, dans un premier temps, de confier la munition coupable de la mort de la journaliste d'Al-Jazeera ; l'analyse médico-légale devrait déterminer les responsabilités

Du ruban jaune marque les impacts de balles sur un arbre et un portrait et des fleurs forment un mémorial de fortune sur le site où la journaliste palestino-américaine d'Al-Jazeera Shireen Abu Akleh a été tuée par balle dans la ville de Jénine, en Cisjordanie, le jeudi 19 mai 2022. (Crédit : AP/Majdi Mohammed)
Du ruban jaune marque les impacts de balles sur un arbre et un portrait et des fleurs forment un mémorial de fortune sur le site où la journaliste palestino-américaine d'Al-Jazeera Shireen Abu Akleh a été tuée par balle dans la ville de Jénine, en Cisjordanie, le jeudi 19 mai 2022. (Crédit : AP/Majdi Mohammed)

L’Autorité palestinienne a annoncé, samedi soir, que Ramallah avait remis la balle à l’origine de la mort de Shireen Abu Akleh, journaliste d’Al-Jazeera, aux responsables américains de manière à ce que ces derniers puissent mener une analyse balistique de la munition qui sera potentiellement décisive.

« Approbation a été donnée aux Américains qui voulaient réaliser un examen médico-légal de la balle qui a tué la journaliste Shireen Abu Akleh. La balle ne sera pas confiée à Israël », a expliqué le procureur public de l’AP, Akram al-Khatib, dans une vidéo qui a largement circulé dans les médias palestiniens.

Khatib a fait ultérieurement savoir à l’agence de presse WAFA que la munition avait été confiée « à des experts américains venus dans le but d’en prendre possession ».

Le Bureau américain des Affaires palestiniennes n’avait pas répondu à une demande de commentaire au moment de l’écriture de cet article.

Des officiels militaires israéliens ont indiqué qu’ils avaient identifié une arme à feu appartenant à un soldat qui serait susceptible d’avoir été à l’origine du tir qui a entraîné la mort de la journaliste d’Al-Jazeera, tout en n’excluant pas la possible responsabilité d’un homme armé palestinien dans le décès de cette citoyenne américano-palestinienne et ajoutant qu’une analyse balistique serait nécessaire pour confirmer que la munition correspond bien à l’arme mise en cause.

Mais depuis la mort d’Abu Akleh à Jénine au mois de mai, il y a des semaines, l’Autorité palestinienne a insisté sur le fait que si elle partagerait les résultats de son enquête avec Washington, elle ne remettrait pas la balle aux Américains.

« Nous avons refusé une enquête conjointe parce que ceux qui ont su fabriquer de toute pièce l’histoire d’un peuple, qui ont volé des terres et une patrie peuvent aussi fabriquer un narratif. Nous ne leur faisons pas confiance », avait déclaré le Premier ministre de l’AP Mohammad Shtayyeh lors d’une cérémonie de commémoration organisée quarante jours après la mort d’Abu Akleh.

De leur côté, les États-Unis ont vivement recommandé à Ramallah de partager les résultats de ses investigations avec Israël de manière à pouvoir potentiellement réellement déterminer les responsabilités dans le décès tragique de la journaliste.

Dans un courrier rendu public début juin, un groupe bipartisan de 25 députés américains avait vivement recommandé au secrétaire d’État, Antony Blinken, de pousser l’AP à donner la balle.

« Nous vous demandons avec force de pousser l’Autorité palestinienne à donner l’accès aux éléments médico-légaux de la mort d’Abu Akleh dans le cadre d’une enquête indépendante, de manière à ce que toutes les parties puissent tirer des conclusions définitives au sujet des événements qui ont entraîné sa mort et à pouvoir amener toutes les parties responsables à rendre des comptes », avaient écrit les législateurs.

Des gens se rassemblent, dans les bureaux d’Al Jazeera dans la ville de Ramallah en Cisjordanie, le 11 mai 2022 après la mort de la journaliste Shireen Abu Akleh, tuée lors d’affrontements entre soldats israéliens et tireurs palestiniens alors qu’elle couvrait une opération israélienne dans le camp de réfugiés de Jénine, en Cisjordanie. (Crédit : Abbas Momani/AFP)

Abu Akleh, 51 ans, avait été tuée alors qu’elle couvrait pour Al-Jazeera un raid militaire israélien à Jénine avec d’autres journalistes, à la mi-mai. Pendant cette opération, des échanges de coups de feu avaient eu lieu entre les troupes israéliennes et des hommes armés palestiniens et Abu Akleh avait reçu une balle dans la tête.

Les images de la scène ne montrent aucun homme armé palestinien à proximité des journalistes. Des vidéos montrent ces derniers, quelques instants auparavant, en train de plaisanter et de discuter avant que les tirs ne commencent, tuant Abu Akleh.

L’État juif dit ne pas être en mesure de déterminer le responsable du tir meurtrier sans examen de la balle. Jusqu’à samedi soir, Ramallah avait refusé de confier la munition à une autre partie – même aux États-Unis.

La journaliste d’Al Jazeera était un visage familier pour des millions de téléspectateurs dans le monde arabe. Citoyenne américaine et détentrice d’une carte d’identité de Jérusalem-Est délivrée par Israël, Abu Akleh était considérée comme une correspondante pionnière, tant pour les femmes que pour les Palestiniens. Sa mort a choqué les Palestiniens et suscité un tollé international.

L’Autorité palestinienne, qui a mené sa propre enquête, a immédiatement imputé la responsabilité du meurtre aux soldats israéliens. Selon le procureur en chef de l’Autorité palestinienne, Akram Khatib, les preuves médico-légales et les témoignages ont démontré qu’Abu Akleh était en train de fuir lorsqu’elle a été délibérément visée et tuée par les troupes israéliennes.

Les autorités israéliennes ont rejeté les conclusions de l’AP comme étant fausses et ont poursuivi leur propre enquête sur l’incident.

Toute affirmation selon laquelle Tsahal cible intentionnellement des journalistes ou des personnes non impliquées dans le terrorisme est un mensonge éhonté », avait déclaré le mois dernier le ministre de la Défense Benny Gantz dans un communiqué.

Heurts entre Palestiniens et soldats israéliens dans le village d’Al-Sila Al-Harithi, près de la ville de Jénine en Cisjordanie, le 7 mai 2022. (Crédit : Nasser Ishtayeh/Flash90)

L’État juif avait initialement attribué la responsabilité du tir meurtrier à des hommes palestiniens armés, reconnaissant plus tard qu’Abu Akleh avait pu être tuée par des soldats. L’armée n’a pas encore ouvert d’enquête criminelle sur ce drame.

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