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La collègue d’un journaliste juif détenu en Russie appelle à penser à lui à Pessah

Des rabbins se sont joints à cet appel lancé pour que les Juifs laissent une chaise vide au seder, en signe de solidarité avec Evan Gershkovich, emprisonné pour espionnage

Evan Gershkovich, correspondant à Moscou du Wall Street Journal, a été arrêté en Russie et accusé d’espionnage. Sa collègue Shayndi Raice demande aux Juifs de laisser une chaise vide à leur table de seder en signe de soutien. (Photo de Gershkovich : Dimitar Dilkoff/AFP via Getty Images/JTA; image #FreeEvan via Twitter/JTA)
Evan Gershkovich, correspondant à Moscou du Wall Street Journal, a été arrêté en Russie et accusé d’espionnage. Sa collègue Shayndi Raice demande aux Juifs de laisser une chaise vide à leur table de seder en signe de soutien. (Photo de Gershkovich : Dimitar Dilkoff/AFP via Getty Images/JTA; image #FreeEvan via Twitter/JTA)

Shayndi Raice, journaliste au Wall Street Journal, qui vit en Israël, espère que les Juifs du monde entier auront une pensée, lors du seder de Pessah, cette semaine, pour son collègue Evan Gershkovich, emprisonné en Russie.

« À l’occasion de Pessah, gardez une place à votre table de seder pour [Gershkovich], s’il vous plaît », a écrit Raice sur Twitter, dimanche.

« Au moment de célébrer la liberté, joignez-vous à nous pour exiger la liberté d’Evan », a-t-elle ajouté dans sa publication.

Cet appel – qui rappelle les campagnes employées au 20e siècle pour obtenir la libération des Juifs soviétiques – s’est fait plus pressant lundi. Il a été relayé par des personnalités éminentes allant de la journaliste Kara Swisher à l’ex-grand rabbin de Moscou, en passant par le rabbin Angela Buchdahl, de la synagogue centrale de New York, qui a déclaré qu’elle laisserait une place vide à son propre seder en l’honneur du correspondant à Moscou du Wall Street Journal.

Âgé de 31 ans, Gershkovich est accusé d’espionnage, ce que les organisations de défense des droits de l’homme et l’administration Biden nient farouchement.

Il a été arrêté mercredi alors qu’il dînait dans un restaurant d’Ekaterinbourg, à environ 1300 km à l’est de Moscou, dans les montagnes de l’Oural.

Le Wall Street Journal s’est insurgé contre les accusations portées contre Gershkovich, qui a plaidé non-coupable lors de sa comparution devant le tribunal, la semaine dernière.

Il n’aurait pas été en mesure de s’entretenir avec l’avocat qui le représente depuis son incarcération dans la prison de Lefortovo, de sinistre réputation, qui avait par le passé accueilli le célèbre dissident juif soviétique Natan Sharansky.

Gershkovich est le premier journaliste américain depuis la fin de la guerre froide à faire face à des accusations d’espionnage en Russie, passibles d’une peine pouvant aller jusqu’à 20 ans de prison.

Selon le New York Times, les personnes accusées d’espionnage en Russie sont presque toujours condamnées.

« Libérez-le », a déclaré vendredi le président Joe Biden en évoquant le message adressé aux autorités russes, avec une formule qui rappelle autant l’histoire de Pessah que celle du mouvement juif soviétique.

L’arrestation de Gershkovich est le dernier avatar de la montée des tensions entre les États-Unis et la Russie.

Elle a aussi attiré l’attention sur la propre histoire de Gershkovich – fils d’un couple juif ayant fui l’Union soviétique – et elle a mis au premier plan la question de la sécurité des citoyens tels que lui dans la Russie d’aujourd’hui.

« Il est très attaché à son identité juive, et particulièrement à ce qui fait de lui un fils d’immigrants juifs soviétiques », explique à la Jewish Telegraphic Agency son colocataire, Jeremy Berke.

« Je pense que c’est grandement pour cela qu’il a voulu retourner en Russie », ajoute-t-il.

Gershkovich est né à New York de parents juifs immigrés d’ex-Union soviétique, à la fin des années 1970, lorsque le pays communiste avait brièvement permis l’émigration de certains de ses ressortissants juifs.

Son père est originaire d’Odessa – aujourd’hui en Ukraine – et sa mère de Saint-Pétersbourg, indique le Time Magazine.

Selon un récit publié par le Wall Street Journal, unique organe de presse auquel s’est confiée sa famille, sa mère avait fui la Russie avec sa propre mère, survivante ukrainienne de la Shoah, en utilisant des papiers israéliens après avoir entendu des rumeurs laissant penser que les Juifs allaient être déportés en Sibérie.

Le journaliste du Wall Street Journal Evan Gershkovich est escorté par des officiers du tribunal Lefortovsky jusqu’à un bus, à Moscou, en Russie, le 30 mars 2023. (Crédit : AP Photo/Alexander Zemlianichenko, dossier)

On parlait russe chez les Gershkovich, dans le New Jersey, où le jeune homme avait obtenu son diplôme à la Princeton High School avant d’étudier à l’université Bowdoin, dans le Maine.

Après l’université, il avait un temps travaillé au New York Times avant de s’installer à Moscou en 2017 – le temps d’un reportage pour le Moscow Times, organe de presse en langue anglaise qui a servi de tremplin pour de nombreux journalistes russes de tout premier plan.

Il y avait fait des reportages sur la célébration de Hanoukka à Moscou et il avait finalement été recruté par le Wall Street Journal en 2021.

Sa mère a déclaré au Journal que Gershkovich s’était particulièrement intéressé à son identité juive depuis qu’il était en Russie, l’emmenant un jour dans une synagogue où elle ne pouvait pas aller lorsqu’elle était enfant.

« C’est à ce moment-là qu’Evan a commencé à mieux nous comprendre », a-t-elle confié.

« Son rôle consistait jusqu’alors à expliquer la Russie au public occidental et à raconter la réalité de la vie des Russes, ce qu’il a pu faire, parce qu’il parle couramment le russe », explique Berke à la JTA.

Elle ajoute que son ami et collègue avait à cœur de raconter « des histoires originales, pas purement économiques, sur ce que les gens faisaient, dans les synagogues, dans les boîtes de nuit… Bref, dans tous les aspects de la société russe ».

Des militaires ukrainiens tirent des obus de 105 mm en direction de positions russes, près de Bakhmut, le 4 mars 2023. (Crédit : Aris Messinis/AFP)

Comme beaucoup de journalistes étrangers, Gershkovich a quitté la Russie en février 2022, dans le sillage de l’invasion de l’Ukraine par une Russie qui s’est transformée, du jour au lendemain, en un État paria prompt à intensifier la répression contre les dissidents.

Il y est revenu un peu plus tard la même année, convaincu que les étrangers ne seraient pas victimes des mêmes restrictions que les journalistes russes.

« En arrêtant le journaliste américain Evan Gershkovich, la Russie a franchi un cap et elle a envoyé le message aux correspondants étrangers qu’ils ne seront pas épargnés par la purge en cours au sein des médias indépendants en Russie », a déclaré le Comité pour la protection des journalistes.

« Les autorités russes se doivent de libérer Gershkovich immédiatement et sans condition, d’abandonner toutes les charges retenues contre lui et de laisser les médias travailler librement, sans crainte de représailles. »

Gershkovich avait récemment fait un reportage sur le déclin économique de la Russie et il se serait rendu à Ekaterinbourg pour un reportage sur le groupe de mercenaires russes Wagner et sur Nijni Tagil, ville-usine où sont fabriqués les chars russes.

Contacté par le Daily Beast la semaine dernière, le propriétaire de Wagner, Yevgeny Prigozhin, a plaisanté sur le fait que Gershkovich et d’autres journalistes auraient été retrouvés dans une fosse commune ou une salle de torture.

Prigozhin a dit ne pas être au courant de l’arrestation de Gershkovich.

Julia Ioffe, une journaliste juive russo-américaine, a déclaré après l’arrestation de Gershkovich que, pour le Kremlin, les critiques des journalistes russes ou d’origine russe étaient perçues différemment de celles des autres journalistes.

« Bien qu’il soit né aux États-Unis, ses parents sont des immigrants de l’ex-Union soviétique, des immigrants juifs », a expliqué Ioffe à CNN.

« À Moscou, et en particulier au sein du ministère des Affaires étrangères ou au Kremlin, les gens de ce milieu – mon milieu – sont particulièrement sensibles aux… critiques proférées à notre encontre. Ils pensent que c’est de la trahison. »

L’ex-grand rabbin de Moscou, qui a fui la Russie peu de temps après l’invasion de l’Ukraine l’an dernier, pense que la Russie s’en prend à Gershkovich en raison de son identité juive.

« Il est Juif, non ? » a tweeté sarcastiquement le rabbin Pinchas Goldschmidt, la semaine dernière.

Goldschmidt est devenu très critique envers le gouvernement russe depuis son départ de Russie, l’an dernier, affirmant qu’en tant que rabbin de premier plan, il avait subi des pressions pour soutenir la guerre de Poutine.

« Quand on se penche sur l’histoire russe, à chaque fois que le système politique s’est trouvé en danger, le gouvernement a fait en sorte de rediriger la colère et le mécontentement des masses vers la communauté juive », expliquait-il au Guardian fin 2022.

Gershkovich n’est pas le premier Américain à être arrêté en Russie en raison des tensions croissantes entre les deux pays.

L’an dernier, la star du basket-ball Britney Griner avait été condamnée à neuf ans de prison en Russie pour trafic de drogue, avant d’être libérée contre Victor Bout, Russe reconnu coupable de trafic d’armes.

Vue générale du centre de détention provisoire « Lefortovo » à Moscou, en Russie, le 9 décembre 2000. (Crédit : AP Photo, fichier)

Dans un message publié sur les réseaux sociaux ce week-end, Griner a demandé aux États-Unis de « continuer à faire tout ce qui était en leur pouvoir pour ramener Evan et tous les Américains détenus à tort chez eux ».

Tou les reportages du Wall Street Journal consacrés à Gershkovich sont disponibles gratuitement et une vidéo a été mise en ligne pour souligner l’importance de son travail de journaliste.

Les soutiens juifs de Gershkovich ne sont pas en reste et apportent leur propre contribution aux campagnes visant à faire connaître la situation de Gershkovich et à demander sa libération.

« Chers amis, si vous êtes à la synagogue ce week-end, s’il vous plaît, dites une tefillah de plus pour la libération de @evangershkovich, un journaliste de @WSJ et fils d’immigrants juifs soviétiques, qui a été arrêté cette semaine par le gouvernement russe », a ainsi écrit sur Twitter Chavie Lieber, journaliste du Wall Street Journal, la semaine dernière.

(Lieber a été journaliste à la JTA en 2012 et 2013.)

Lundi, l’appel lancé par Raice à laisser une chaise vide au seder de Pessah, en témoignage de soutien à Gershkovich, a été largement partagé.

« C’est évidemment un effort louable. Cependant, Evan n’est pas le seul prisonnier politique en Russie et en Biélorussie. Des milliers de personnes sont détenues dans des prisons en Russie et en Biélorussie, parmi lesquelles Alexeï Navalny, Vladimir Kara Murza, Ilya Yashin et d’autres, beaucoup d’autres, qui sont d’origine juive », a tweeté Goldschmidt, l’ex-grand rabbin de Moscou, faisant référence à la Biélorussie.

« Ayons une pensée pour eux tous, quand nous célébrerons la liberté, à la table du seder, mercredi soir! »

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