Israël en guerre - Jour 496

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La crise de l’hôpital Hadassah divise le groupe des femmes

Les difficultés financières du centre médical en situation de faillite conduisent les acteurs du dossier à renvoyer la responsabilité au gouvernement israélien et vice-versa

Des travailleurs de l'hôpital Ein Kerem Hadassah, en train de manifester devant le ministère des Finances à Jérusalem - 10 février 2014 (Crédit : Hadas Parush/Flash90)
Des travailleurs de l'hôpital Ein Kerem Hadassah, en train de manifester devant le ministère des Finances à Jérusalem - 10 février 2014 (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

La tour de l’hôpital Sarah Wetsman Davidson se dresse à une hauteur de 70 mètres, accueillant les visiteurs dans une large entrée lumineuse décorée de banderoles célébrant à la fois l’Etat d’Israël et son premier hôpital, l’Organisation médicale Hadassah.

Ouverte à la fin de l’année 2012 pour un coût total de 363 millions de dollars, la tour est le projet de construction le plus ambitieux entrepris par Hadassah depuis ces 50 dernières années et constitue un symbole des ambitions de l’hôpital pour l’avenir.

Pourtant, l’avenir est maintenant incertain dans la mesure où l’hôpital, criblé de dettes, qui atteignent presque les 370 millions de dollars avec un déficit annuel dépassant 85 millions de dollars, se bat pour trouver un chemin vers la solvabilité.

Le mois dernier, l’hôpital Hadassah s’est déclaré en faillite lorsque deux banques israéliennes lui ont coupé les vivres.

La cour de justice de Jérusalem a accordé un délai de 90 jours de sursis à l’hôpital vis-à-vis des créanciers, après quoi l’organisation médicale sera restructurée ou placée en liquidation.

Le gouvernement israélien et l’Organisation américaine des femmes sionistes Hadassah, qui a construit l’hôpital et le finance partiellement, se sont mis d’accord pour accorder un financement d’urgence de 14 millions de dollars pour aider l’établissement à surmonter la crise. Dans le tumulte financier, le personnel de l’hôpital s’est mis en grève pendant deux semaines.

« Les origines de cette crise remontent à bien longtemps, explique Avidgor Kaplan qui a été nommé directeur de l’établissement hospitalier l’année dernière. Maintenant, c’est arrivé au point où cette situation ne peut plus continuer. »

Le directeur général De Hadassah, Avigdor Kaplan, à la Cour de District de Jérusalem, le 10 février 2014 (Crédit : Flash90)
Le directeur général De Hadassah, Avigdor Kaplan, à la Cour de District de Jérusalem, le 10 février 2014 (Crédit : Flash90)

Fondé en 1939, Hadassah est largement reconnu pour être l’un des meilleurs établissements de soin d’Israël, il repousse les frontières de la recherche médicale tout en proposant des traitements de pointe non seulement pour les israéliens, mais aussi souvent pour des patients provenant du Moyen Orient, y compris des citoyens de pays officiellement en état de guerre avec l’Etat juif.

L’institution, qui emploie 6 000 personnes et dédouble également son activité en tant que principal hôpital formateur de l’école de médecine de l’Université hébraïque, est un symbole à la fois de l’excellence de la médecine israélienne et de la contribution des juifs américains pour la construction de l’Etat.

Pourtant, avec des difficultés budgétaires impossibles à ignorer plus longtemps, des dissensions sont apparues entre l’hôpital, le gouvernement israélien et l’organisation des femmes.

Tous les acteurs du dossier s’accordent à dire que l’hôpital doit changer son mode de fonctionnement, mais ils restent divisés sur les raisons de la crise, sur ses responsables et sur le meilleur moyen d’en sortir.

Le gouvernement a montré du doigt les salaires des employés qui, selon lui, sont « sensiblement plus élevés » que ceux des autres hôpitaux israéliens.

L’organisation des femmes met en cause des erreurs de gestion de longue date en décrivant les administrateurs de l’hôpital comme des enfants attendant que quelqu’un soit toujours là pour les sauver financièrement.

Les responsables de l’hôpital critiquent les réglementations gouvernementales qui, de leur point de vue, les pénalisent alors qu’ils fournissent les meilleurs soins du pays.

Un bon diagnostic du problème sera fondamental pour la remise en marche de l’hôpital, mais aucune explication n’a été vraiment exhaustive jusqu’à présent.

Peu après une audience d’un comité de la Knesset le 11 février au sujet de la crise, les ministères de la santé et de la finance ont nommé un comité mixte pour mener l’enquête. Des recommandations doivent être rendues ce mois.

L’organisation finance 4 % du budget des opérations quotidiennes de l’hôpital, et au cours des années elle est également intervenue pour couvrir des déficits dans les 570 millions de dollars de budget opérationnel. De 2000 à 2012, l’organisation a donné 885 millions de dollars à l’hôpital.

Du point de vue de Kaplan, les problèmes de l’hôpital proviennent d’un mauvais contrat que l’hôpital, sous pression, a signé avec des compagnies d’assurance médicale financées par le gouvernement israélien.

Les hôpitaux israéliens donnent généralement des réductions en fonction du volume aux compagnies dans un effort pour attirer plus d’activité, mais les réductions d’Hadassah semblent supérieures à la moyenne.

En 2013, l’hôpital a accordé aux compagnies d’assurance une réduction moyenne de 26 %. Un rapport gouvernemental de 2010 soulignait que la moyenne nationale pour cette année-là était de 18 %.

Selon Kaplan, cet arrangement pénalise effectivement Hadassah du fait qu’il réalise des interventions plus complexes et plus coûteuses.

En tant qu’établissement privé, Kaplan explique qu’Hadassah doit aussi payer les retraites des employés et les assurances en cas d’erreur médicale, des dépenses qui sont prises en charge par le gouvernement pour un hôpital public.

« Le gouvernement ne s’est pas occupé de nous comme il aurait dû le faire, a expliqué Kaplan. Ils accordent des réductions très importantes aux fournisseurs, même si nous offrons le même type de service aux Israéliens. »

L’Organisation des femmes Hadassah a remarqué la dégradation des finances de l’hôpital pour la première fois en 2008 et a demandé aux gestionnaires de changer de politique.

Dans le même temps, la vice-présente de l’organisation des femmes, Barbara Goldstein, a déclaré que l’hôpital n’avait aucune idée de quel département était rentable ou quel secteur perdait de l’argent.

L’Organisation des femmes finance presque toutes les recherches de l’hôpital et le budget de développement, y compris les 250 millions de dollars alloués à la construction de la tour Davidson.

L’hôpital universitaire d'Hadassah à Ein Kerem (Crédit : Autorisation de l’hôpital)
L’hôpital universitaire d’Hadassah à Ein Kerem (Crédit : Autorisation de l’hôpital)

L’organisation finance 4 % du budget des opérations quotidiennes de l’hôpital, et au cours des années elle est également intervenue pour couvrir des déficits dans les 570 millions de dollars de budget opérationnel.

De 2000 à 2012, l’organisation a donné 885 millions de dollars à l’hôpital.

La récession de 2008 et l’escroquerie de Bernard Madoff, qui a coûté à l’organisation des femmes des dizaines de millions de dollars, a affaibli la capacité du groupe à allouer des sommes importantes à l’hôpital.

Goldstein a déclaré que l’organisation des femmes a nommé un représentant pour participer aux réunions du conseil d’administration de l’hôpital afin d’exercer une influence plus forte sur les décisions.

Elle a également reconnu que la volonté de l’organisation de compenser les difficultés budgétaires passées a contribué à la crise actuelle.

La récession de 2008 et l’escroquerie de Bernard Madoff, qui a coûté à l’organisation des femmes des dizaines de millions de dollars, a affaibli la capacité du groupe à allouer des sommes importantes à l’hôpital

« Ils pensent que nous serons toujours là pour les aider, explique Goldstein. A plusieurs reprises, un directeur général nous a appelés pour nous dire : « Nous devons 20 millions de dollars à Maccabi, pouvons-nous vous les emprunter ? C’est comme prêter de l’argent à des enfants. »

Contrairement à ses prédécesseurs, Kaplan n’est pas un médecin.

Il a un doctorat en administration médicale et a été auparavant PDG des Industries israéliennes aéronautiques. Il a déclaré que la solution à cette crise est de réduire le personnel et les salaires.

Goldstein a prédit que Kaplan remettra l’hôpital sur pied financièrement d’ici cinq ans.

« Les personnels de l’hôpital comprennent que les coupes seront une part nécessaire de la restructuration, a-t-elle déclaré. »

« Je ne crois pas qu’ils vont faire grève à nouveau, explique Goldstein. Soit ils vont survivre et aller de l’avant, soit ce sera la fin. »

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