La fille unique de l’ancien dictateur espagnol, Franco, meurt à 91 ans
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La fille unique de l’ancien dictateur espagnol, Franco, meurt à 91 ans

Jusqu'à récemment quand Carmen Franco sortait d'une messe à la mémoire de son père, les participants faisaient encore le salut fasciste sur le parvis de l'église, en plein Madrid

Carmen Franco le jour de son mariage (Crédit : Jorinosa/ Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International/Wikimedia)
Carmen Franco le jour de son mariage (Crédit : Jorinosa/ Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International/Wikimedia)

La fille unique de Franco voulait bien admettre qu’il avait été un chef de famille autoritaire et machiste. Mais jusqu’à sa mort vendredi à 91 ans, Carmen Franco aura défendu l’oeuvre du dictateur espagnol.

Carmen Franco Polo restait la présidente d’honneur de la Fondation nationale Francisco Franco, créée pour célébrer la figure du « Généralissime, Caudillo par la grâce de Dieu », mort de maladie en 1975 après 36 ans au pouvoir.

Jusqu’à l’année dernière, quand elle sortait d’une messe à la mémoire de son père, les participants faisaient encore le salut fasciste sur le parvis de l’église, en plein Madrid.

« Mon père, c’est à l’Histoire de le juger, pas à moi », s’est-elle justifiée cette année dans l’épilogue d’une biographie romancée – autorisée – écrite par la journaliste Nieves Herrero sur la base de conversations avec elle.

« Quand on me dit qu’il était un dictateur, je ne le nie pas mais ça ne me plaît pas parce que c’est dit souvent comme une insulte alors que pour moi, ça ne semble pas si grave ».

Comme une princesse

« Carmencita » – comme la surnommait la presse franquiste – fut élevée « dans du coton » mais confinée dans des casernes puis des palais où des gouvernantes françaises l’éduquèrent, a relaté sa biographe, soulignant que « jamais Carmen n’alla à l’école, jamais elle n’entra dans une cuisine ».

Vainqueur en 1939 d’une guerre civile sanglante, Franco s’installa, avec sa femme et sa fille dotées du même prénom, dans une résidence royale près de Madrid : le palais du Pardo et son immense domaine.

C’est là que « Carmencita » pria pour son père quand il allait rencontrer le Fuhrer du Reich allemand Adolf Hitler, en France, en 1940.

Le dictateur espagnol Francisco Franco en 1930, neuf ans avant qu’il ne prenne le pouvoir (Crédit : domaine public)

C’est là qu’elle apprit à chasser, rare activité commune avec son père qu’elle a par ailleurs décrit en chef de famille « machiste comme les hommes de son époque » et qui « aimait commander en tout ».

C’est aussi dans l’église du domaine que, coiffée d’un diadème, elle se maria en 1950 avec le marquis de Villaverde, Cristobal Martinez Bordiu.

Le couple s’en alla vivre dans un autre palais et eut sept enfants.

Après la mort de Franco en 1975, « la fille du généralissime » devint « la fille du dictateur ».

Mais le roi de la nouvelle démocratie espagnole, Juan Carlos Ier – que Franco avait choisi pour lui succéder – la fit « duchesse de Franco » et veilla à ce qu’on n’importune ni sa mère ni elle, selon sa biographe.

Carmen put continuer à chasser, monter à cheval, jouer aux cartes ou multiplier les voyages avec un passeport diplomatique accordé par le souverain, parcourant le monde jusqu’aux Philippines quand sa famille était proche de celle du dictateur Ferdinand Marcos.

Fortune incalculable

Dans une Espagne mal guérie de sa guerre civile et de la dictature, ses enfants et petits-enfants – à la vie parfois tapageuse – font à présent encore l’objet d’une curiosité constante de la presse « people », qui les traite comme n’importe quelle célébrité.

Mais la famille se voit régulièrement reprocher de profiter de la fortune opaque du dictateur – dont un très grand nombre de biens immobiliers – que des journalistes évaluent en centaines de millions d’euros.

« Carmen Franco a été l’administratice de tout ce qu’avaient volé son père et sa mère, une fortune qui n’était pas légale », dit Emilio Silva, un fondateur de l’Assocation pour la récupération de la mémoire historique.

Un patrimoine dont Carmen assurait pourtant qu’il n’était « pas aussi spectaculaire que les gens le pensaient ».

Haro sur la fondation Franco

Des centaines de milliers d’Espagnols ont récemment réclamé l’abolition de la Fondation nationale Francisco Franco (FNFF) qui fait toujours l’apologie du dictateur espagnol, au pouvoir de 1939 à 1975.

« En Allemagne ou en Italie, il serait inimaginable qu’il y ait une Fondation Hitler ou Fondation Mussolini », fait valoir la pétition déposée jeudi à la chambre des députés, notamment par des descendants de victimes du Franquisme.

Près de 219 000 signataires réclament un changement de loi pour qu’il soit impossible d’accorder le statut de fondation à une entité qui exalte la dictature et ses crimes.

« Il est incompréhensible qu’un Etat démocratique permette qu’une telle organisation soit une fondation censée accomplir une oeuvre d’intérêt général : c’est une façon de collaborer avec ses objectifs », a expliqué à l’AFP Emilio Silva, 52 ans, un fondateur de l’Assocation pour la récupération de la mémoire historique (ARMH).

« Lui faire un don donne droit à une réduction d’impôts, c’est une espèce de subvention indirecte, a-t-il poursuivi. Les gens peuvent penser et exprimer ce qu’ils veulent mais l’Etat ne peut pas faciliter le financement d’une organisation qui se consacre à blanchir publiquement le dictateur ».

Sur son site internet, la FNFF s’insurge contre les « agressions » dont elle fait l’objet, assurant qu’elles visent à « détruire la droite espagnole ».

La fondation argumente qu’Hitler et Mussolini moururent par suicide ou assassinat en 1945, à la fin d’une guerre mondiale « perdue », alors que Franco était « chef d’Etat à vie » quand il est décédé trente ans plus tard dans son lit, à 82 ans.

Benito Mussollini et Adolf Hitler (Crédit : CC-BY-SA-3.0-de)

La Fondation Franco est très active sur tous les fronts pour défendre « l’oeuvre » du dictateur.

En octobre, elle s’est félicitée d’avoir obtenu de la justice la suspension de mesures décidées par la mairie de Madrid pour changer les noms de rues et de places encore liés au Franquisme.

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