La future administration pourrait rejeter le plan, au détriment des Palestiniens
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La future administration pourrait rejeter le plan, au détriment des Palestiniens

L'ex-conseiller spécial Greenblatt estime que si l'on revenait aux positions classiques sur le conflit, "Israël continuera probablement à prospérer, et les Palestiniens à souffrir"

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

L'envoyé spécial américain Jason Greenblatt s'exprime lors d'une conférence du journal Israel Hayom au Davidson Center dans la vieille ville de Jérusalem, le 27 juin 2019. (Crédit : Aharon Krohn/Flash90)
L'envoyé spécial américain Jason Greenblatt s'exprime lors d'une conférence du journal Israel Hayom au Davidson Center dans la vieille ville de Jérusalem, le 27 juin 2019. (Crédit : Aharon Krohn/Flash90)

Il se pourrait que la prochaine administration américaine rejette le plan de paix du président Donald Trump, communément appelé « Accord du siècle ». Et si cela se produit, et que les paramètres traditionnels du processus de paix étaient restaurés, les Israéliens continueront à prospérer et les Palestiniens à souffrir. C’est du moins ce qu’estime l’un des architectes du plan Trump, Jason Greenblatt.

« Une future administration pourrait désavouer le plan. C’est inévitable », prédit l’ancien représentant spécial pour le conflit israélo-palestinien de l’administration Trump au Times of Israël dans une interview par e-mail.

« Mais ils retourneront tout simplement dans le bourbier du rétablissement de la paix, et s’ils s’en tiennent aux points de discussion traditionnels, il est fort probable que ce ne sera que des paroles et aucune action. Israël continuera probablement à prospérer et les Palestiniens continueront à souffrir. »

Jason Greenblatt a quitté l’administration fin octobre, quelques mois seulement avant que le plan de paix ne soit dévoilé à la Maison Blanche en présence du Premier ministre Benjamin Netanyahu. De nombreux démocrates, dont tous les principaux candidats à la présidence, l’ont sévèrement critiqué.

« Le moment est venu de poser la question difficile – sommes-nous ici pour aider les deux parties à parvenir à un accord qui fonctionne et améliore leur vie tout en maintenant la sécurité de chacun, ou les gens veulent-ils simplement continuer à dire les mêmes choses encore et encore et n’arriver à rien », s’est interrogé Greenblatt auprès du Times of Israël à propos de la possibilité qu’un démocrate entre à la Maison Blanche en janvier 2021.

« Ceux qui font cela n’aident pas les Palestiniens. Ils leur font du mal, profondément », a-t-il ajouté.

Le Président Donald Trump et le Premier ministre Benjamin Netanyahu participent à une déclaration commune dans la salle Est de la Maison Blanche, le 28 janvier 2020, à Washington. La conférence de presse a été organisée pour annoncer le plan de l’administration Trump pour résoudre le conflit israélo-palestinien. (Crédit : Sarah Silbiger/Getty Images/AFP)

Après avoir quitté son poste à Washington, l’ancien avocat de la Trump Organization a rejoint le conseil d’administration de la Coalition juive républicaine, où il continue d’exprimer son point de vue sur le conflit israélo-palestinien. Dans notre interview, il a défendu le plan de paix sur lequel il a travaillé pendant près de trois ans contre certaines des critiques formulées, affirmant qu’il s’agissait d’une solution sérieuse, réaliste et applicable à un problème persistant qui ne pouvait être résolu en adhérant aux vieux dogmes diplomatiques.

Il a souligné que la proposition n’était qu’une suggestion et un point de départ pour des discussions, et qu’il appartenait maintenant aux Israéliens et aux Palestiniens de négocier un accord de paix entre eux.

« Aucun pays ni aucun forum international ne peut résoudre ce conflit à la place des deux parties. Seules des négociations directes entre Israël et les Palestiniens peuvent créer un accord viable », estime-t-il.

Greenblatt a toutefois refusé de répondre à plusieurs questions sur le contenu du plan, notamment sur les préoccupations concernant la sécurité et l’évolution démographique suite à l’annexion prévue par Israël d’une grande partie de la Cisjordanie, qui est une pièce maîtresse de la proposition.

Voici la traduction de l’intégralité de l’interview.

The Times of Israël : Vous avez travaillé sur le plan de paix pendant près de trois ans, et il n’a été publié que quatre mois après votre départ de l’administration. Regrettez-vous d’avoir démissionné si près de sa publication ? Cela vous manque-t-il de travailler sur ce dossier à la Maison Blanche ?

Jason Greenblatt : Pour vous, ce sont « seulement quatre mois », mais je les décrirais comme quatre mois que j’ai pu passer à redevenir un père et un mari. Quatre mois dans la vie de mes enfants, après avoir vécu près de trois ans séparément, en dehors du Shabbat et du dimanche, c’est long.

Je ne regrette rien et je continuerai à soutenir la Maison Blanche de l’extérieur, de la même manière que je travaillerai toujours pour la paix. Je continuerai à soutenir Israël et à essayer d’améliorer la vie des Palestiniens de l’extérieur. Je continue à consacrer une grande partie de mon temps à ces questions. Bien que mon travail à la Maison Blanche me manque, et ce fut un honneur, je suis actif sur ce dossier depuis l’extérieur sur de nombreux aspects.

Quelle est la part de Jason Greenblatt dans le plan qui a été présenté au monde ? Des changements importants lui ont-ils été apportés après votre départ ? Soutenez-vous le produit fini et qu’auriez-vous fait différemment ?

Il n’y a pas eu de changement significatif dans la vision qui a été présentée. En tant que l’un des principaux architectes du plan, avec Jared Kushner et David Friedman, je le soutiens à 100 %. Je suis fier de la vision que nous avons créée, en collaboration avec le président Trump et de nombreux collègues au sein du gouvernement américain.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (2e à partir de la droite) reçoit à son bureau de Jérusalem l’ambassadeur d’Israël aux États-Unis, Ron Dermer (à droite), le conseiller de la Maison Blanche Jared Kushner (au centre), l’ambassadeur des États-Unis en Israël, David Friedman (à gauche) et l’envoyé spécial Jason Greenblatt (deuxième à gauche), le 22 juin 2018. (Haim Zach/GPO)

C’est un plan fondé sur la vérité, sur la réalité. C’est un plan qui est applicable. Il nécessite d’importants compromis de part et d’autre, mais c’est réalisable, et cela peut drastiquement améliorer les vies des Israéliens, des Palestiniens et d’autres dans la région.

Les responsables de l’administration ont précisé que le plan de paix était sujet à négociation, et qu’une contre-offre des Palestiniens était la bienvenue. Dans quelle mesure s’agit-il d’une proposition sérieuse ? L’administration serait-elle vraiment prête à reconsidérer les principes de base d’un plan sur lequel elle a travaillé dur pendant trois ans ?

Bien sûr que c’est une proposition sérieuse. Cependant, je veux être clair : ce n’est pas à l’administration de repenser les tenants et les aboutissants du plan. C’est aux Israéliens et aux Palestiniens d’y travailler directement.

Aucun pays ni aucun forum international ne peut résoudre ce conflit à la place des parties. Seules des négociations directes entre Israël et les Palestiniens peuvent créer un accord viable. Tant que les dirigeants palestiniens ne reconnaîtront pas que les Nations unies, l’Union européenne et les conférences internationales ne peuvent pas résoudre le conflit à leur place et qu’ils doivent négocier directement avec Israël, ce conflit ne sera pas résolu. Il est temps que tous les pays, l’ONU et l’UE prennent conscience de cela.

Le gouvernement américain peut-être un médiateur et apporter soutien, encouragement et bien plus encore, comme peuvent le faire d’autres pays. Mais en ce qui concerne une contre-proposition et les négociations qui s’ensuivront, elles doivent se faire directement entre Israéliens et Palestiniens, si possible dans le cadre de ce qui a été présenté et avec l’aide de l’administration Trump. Penser autrement est une erreur.

La création future d’un État palestinien est conditionnée par de nombreuses exigences qui, bien que raisonnables, sont totalement irréalistes. Lorsque vous proposez un plan qui exige que les Palestiniens reconnaissent Israël comme un État juif, renoncent au droit au retour et désarment le Hamas – ce qu’Israël, avec l’armée la plus puissante du Moyen-Orient, n’a pas pu faire en plus d’une décennie – pensez-vous vraiment qu’il y ait une chance que le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas puisse jamais l’accepter ?

Notre plan est différent des autres propositions, et ce à de nombreux égards. L’aspect que vous mentionnez est précisément l’une de ces différences. Nous voulions créer un plan qui soit basé sur la réalité. Si le président Abbas ne peut pas répondre à ces éléments fondamentaux, je ne vois pas comment Israël ferait les nombreuses concessions qu’il accepte de faire au nom de la paix.

Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas (à droite), avec Jason Greenblatt, conseiller et envoyé spécial du président américain pour les négociations internationales, au bureau d’Abbas à Ramallah, en Cisjordanie, le 14 mars 2017. (Crédit : WAFA)

Par exemple, pourquoi Israël renoncerait à des pans de terre sans résolution de ces points critiques ? Si vous pensez que ces conditions sont « totalement irréalistes », suggérez-vous qu’Israël fasse un saut dans l’inconnu et fasse les compromis prévus par le plan sans obtenir d’avancées fondamentales du côté palestinien ?

Même si cette décision ne me revient pas, elle revient au gouvernement d’Israël, je ne vois pas comment elle pourrait faire sans. Comme je l’ai toujours dit, un accord de paix vrai et exhaustif ne peut se construire que sur des fondements de vérité et de réalité.

Je dirais que l’expression « solution à deux États » n’est qu’une déclaration de façade. Elle semble sympathique pour certains, pas bonne, peut-être complètement inacceptable pour d’autres, et signifie des choses différentes selon les individus.

Il est temps de prendre les décisions difficiles qui permettront d’instaurer une véritable paix. Il est temps que les gens cessent de prétendre que la paix peut être obtenue et qu’Israël renonce à des choses importantes quand, de l’autre côté, le Hamas financé par l’Iran et le Jihad islamique palestinien poursuivent leurs actions destructrices.

Étant donné la certitude absolue que les Palestiniens rejetteraient les conditions qui les mèneraient à la création d’un État, on pourrait soutenir que la référence à une « solution à deux États » n’est qu’un engagement de pure forme visant à empêcher les Européens et le monde arabe de rejeter catégoriquement le plan. Y a-t-il une raison à cela ?

Pas du tout. Nous n’avons pas passé près de [trois] ans pour tenir des paroles en l’air. Je n’ai pas consacré près de trois ans de ma vie uniquement à des paroles en l’air. Si nous voulions simplement créer des vœux pieux, nous aurions pu le faire très rapidement. Il s’agit d’une proposition réelle, authentique, et non d’un simple discours. Elle est réaliste – une solution réaliste à deux États, basée sur un ensemble très spécifique de conditions, de critères et de règles, avec des pages et des pages sur la façon dont nous pensons que cela peut fonctionner.

On ne peut pas séparer le terme « réaliste » de « solution à deux États » dans le plan. On ne peut pas non plus séparer le terme « solution réaliste à deux États » de l’ensemble du plan lui-même. Le plan propose une solution globale. En fait, je dirais que l’expression « solution à deux États » n’est qu’une déclaration de façade. Elle semble sympathique pour certains, pas bonne, peut-être complètement inacceptable pour d’autres, et elle signifie des choses différentes selon les individus.

Carte conceptuelle de la Vision pour la paix publiée par l’administration Trump, le 28 janvier 2020.

Je ne crois pas que l’on puisse utiliser cette expression pour résoudre le conflit sans avoir à régler plusieurs couches de détails. Sans les détails, la phrase ne veut rien dire. Avec les détails, il y a une chance de réussite. Donc, si vous voulez me poser une question sur les belles paroles, je dirais que l’utilisation de l’expression « solution à deux États » sans détails tels ceux que nous avons tenté de créer n’est rien d’autre que des belles paroles.

A quel point êtes-vous inquiet qu’une future administration démocrate désavoue purement et simplement le plan, revienne à des positions plus traditionnelles (frontières de 67 et échanges de terres, Jérusalem-Est comme capitale, droit au retour limité) et annule la reconnaissance par les États-Unis de la souveraineté d’Israël sur la vallée du Jourdain et les implantations en Cisjordanie ?

Une future administration pourrait désavouer le plan. Il est impossible de l’éviter. Mais elle se contentera de retourner dans le bourbier des négociations de paix et si elle s’en tient aux discussions traditionnelles, il est fort probable qu’elle ne fera que parler et n’agira pas. Israël continuera probablement à prospérer et les Palestiniens continueront à souffrir.

Le temps est venu de poser la question difficile : sommes-nous ici pour aider les deux parties à trouver un accord qui fonctionne et améliore leur vie tout en préservant la sécurité de chacun, ou les gens veulent-ils simplement continuer à dire les mêmes choses encore et encore et n’arriver à rien ? Ceux qui font cela n’aident pas les Palestiniens. Ils leur font du mal, profondément.

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