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La Jordanie félicite les émeutiers palestiniens du mont du Temple

Ayman Safadi souhaite une réunion de la Ligue arabe pour faire face à "l’agression" israélienne. Abdallah s’entretient avec Sissi des "mesures provocatrices israéliennes"à Al-Aqsa

Affrontement d’émeutiers palestiniens avec la police israélienne à la mosquée Al-Aqsa de Jérusalem, au sommet du mont du Temple, le 15 avril 2022. (Crédit : Ahmad Gharabli / AFP)
Affrontement d’émeutiers palestiniens avec la police israélienne à la mosquée Al-Aqsa de Jérusalem, au sommet du mont du Temple, le 15 avril 2022. (Crédit : Ahmad Gharabli / AFP)

Le ministre jordanien des Affaires étrangères s’en est pris, lundi, à Israël au sujet des heurts survenus dans l’enceinte du mont du Temple à Jérusalem, entre les forces de l’ordre israéliennes et des émeutiers palestiniens.

S’adressant au Parlement jordanien en session, Ayman Safadi a déclaré qu’il « félicitait les Palestiniens et membres du Waqf [l’organisation soutenue par la Jordanie qui supervise le lieu saint] à Jérusalem qui jettent des pierres sur les sionistes pour se défendre contre l’occupation israélienne ».

Plus tôt dimanche, le ministère jordanien des Affaires étrangères avait convoqué l’envoyé israélien pour manifester son mécontentement suite à l’irruption de forces de l’ordre israéliennes dans le complexe d’Al-Aqsa, dimanche, afin de permettre aux Juifs de visiter le site.

Le bureau de Safadi a déclaré qu’il remettrait au numéro 2 de l’ambassade, Sami Abu Janeb, une lettre exigeant qu’Israël mette immédiatement fin à toutes les « violations » à la mosquée. Safadi souhaite convoquer une réunion avec des représentants des membres de la Ligue arabe – Égypte, Arabie saoudite, Maroc, Qatar, Tunisie et Algérie – pour une discussion d’urgence concernant la situation à Jérusalem et « l’agression » d’Israël.

Suite à la convocation d’Abu Janeb, le ministre des Affaires étrangères, Yair Lapid, a procédé lundi, à son bureau, à une évaluation de la situation avec des responsables diplomatiques afin de décider des mesures à prendre. Selon le site d’information Ynet, des « mesures sévères » ne seraient pas exclues.

Des policiers israéliens lors d’affrontements devant la mosquée Al Aqsa, dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 17 avril 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Des sources politiques israéliennes citées par la source d’information ont déclaré que la conduite de Safadi ne faisait qu’attiser les tensions à Jérusalem, affirmant qu’elle mettait « des vies en danger ». « Au lieu d’attiser les tensions, le ministère jordanien des Affaires étrangères devrait chercher l’apaisement et respecter le caractère sacré de ces fêtes religieuses », auraient déclaré les sources. « Il est dommage que les Jordaniens se focalisent sur Israël et ne condamnent pas la conduite des émeutiers. »

Le roi Abdallah II de Jordanie a passé, lundi, un appel téléphonique au président égyptien Abdel-Fattah al-Sissi au sujet de ces affrontements. Sur Twitter, le bureau d’Abdallah a déclaré que les deux hommes « avaient souligné la nécessité de mettre fin à toutes les mesures israéliennes, illégales et provocatrices, dans la mosquée Al-Aqsa ».

Dimanche, des émeutiers palestiniens avaient jeté des pierres sur des bus israéliens en route vers le mur Occidental dans la Vieille Ville de Jérusalem, ainsi que dans l’enceinte du mont du Temple, dans le but d’empêcher les non-musulmans de visiter le site.

La police avait réagi en pénétrant dans le complexe pour disperser la foule, avec des mesures de contrôle des émeutes.

Selon le Croissant-Rouge, 17 Palestiniens auraient été soignés pour des blessures reçues dimanche matin, lors de heurts avec la police. Cinq d’entre eux auraient été conduits à l’hôpital. La police a annoncé avoir interpellé neuf Palestiniens. Elle a précisé que les forces de l’ordre avaient fait en sorte d’éloigner les Palestiniens afin de permettre les visites au mont du Temple. Des visiteurs juifs avaient par la suite été vus sur le site.

Le Premier ministre Naftali Bennett a déclaré que les forces de l’ordre israéliennes avaient « carte blanche » pour mener les opérations visant à maintenir l’ordre et la sécurité, tout en soulignant que les responsables s’efforçaient de rétablir le calme.

Abdallah de Jordanie a condamné Israël pour les affrontements et critiqué le gouvernement d’avoir permis aux pèlerins juifs d’entrer sur le site. Selon un communiqué de la Cour royale hachémite, il a appelé le gouvernement israélien à respecter « le statu quo historique et juridique » en vigueur.

« Sa Majesté le roi Abdallah II ordonne au gouvernement de faire le nécessaire au niveau régional et international pour faire cesser les actions israéliennes et parvenir à une position internationale susceptible de faire pression sur Israël », indique le communiqué.

Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas (à droite) accueille le roi Abdallah II de Jordanie (à gauche) et le prince héritier Hussein (au centre), avant une réunion à Ramallah en Cisjordanie, le 28 mars 2022. (Crédit : Abbas Momani/AFP)

Le ministère jordanien des Affaires étrangères a déclaré que « la police israélienne n’avait pas le droit d’organiser des visites de non-musulmans au mont du Temple », affirmant que seul le Waqf islamique de Jérusalem en avait le pouvoir.

« Les mesures prises par Israël pour modifier le statu quo sur le mont constituent une escalade dangereuse. Israël porte l’entière responsabilité des conséquences de la flambée de violence qui contrecarre les efforts faits pour rétablir le calme », a ajouté le communiqué.

La Jordanie soutient depuis longtemps que ses traités avec Israël lui accordent la garde des lieux saints chrétiens et musulmans de Jérusalem. Bien qu’Israël n’ait jamais accepté cette revendication, il accorde l’administration quotidienne du mont du Temple au Waqf financé par la Jordanie.

Les récents heurts ont, par ailleurs, été évoqués par le président turc, Recep Tayyip Erdogan, qui a déclaré dans un tweet que son pays « serait toujours aux côtés des Palestiniens », ainsi que par le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, qui a demandé aux États-Unis d’intervenir.

De nombreux Juifs affluent vers le mur Occidental et la Vieille Ville pendant la semaine de Pessah, qui a commencé vendredi soir. Les non-musulmans ne sont autorisés à visiter le mont du Temple qu’à certaines heures et ne peuvent officiellement pas y prier. Ce lieu est considéré comme le plus saint du judaïsme et le troisième plus saint lieu de l’islam.

Des informations récentes donnent à croire que la police fermerait parfois les yeux sur la question de la prière.

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