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La Knesset adopte le budget 2022, une victoire pour Bennett et sa coalition

Au terme d'un débat de trois jours, 59 députés ont voté pour le budget 2022, et 56 s’y sont opposés - ce qui assure pour l'instant la pérennité du gouvernement actuel

Le Premier ministre Naftali Bennett et ses collègues, dont la présidente de la coalition Irit Silman, à la Knesset alors que le budget de l'État pour 2021 a été approuvé, le 4 novembre 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Le Premier ministre Naftali Bennett et ses collègues, dont la présidente de la coalition Irit Silman, à la Knesset alors que le budget de l'État pour 2021 a été approuvé, le 4 novembre 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Peu après 3 heures du matin ce vendredi et au terme d’une troisième lecture, le Parlement israélien a adopté le budget 2022. La décision intervient bien avant la date limite de mars prochain. Grâce à elle, la Knesset lève son dernier obstacle législatif immédiat alors que la veille, jeudi matin, par l’adoption du budget 2021, elle évinçait la perspective d’élections anticipées immédiates. 

L’adoption de ce nouveau budget est une victoire pour l’alliance dirigée par Naftali Bennett qui est régulièrement critiquée car composée de huit partis idéologiquement disparates.

L’adoption de la législation par 59 des 120 députés (56 ont voté contre) consolide la stabilité du gouvernement et met un terme à plus de trois ans de crises politiques au cours desquelles la Knesset n’est jamais parvenue à adopter de budget national. Cela est ainsi un signe que la coalition dirigée par Naftali Bennett est en mesure de se rassembler sur des questions majeures.

Approuvé par cette dernière, le budget de l’État pour 2022 s’élève ainsi à 573 milliards de shekels (soit plus de 48 milliards d’euros). 

Mais le plus grand soulagement est intervenu jeudi après l’adoption du budget 2021, plus urgent pour la coalition. S’il n’avait pas été adopté avant la date limite du 14 novembre, le Parlement se serait automatiquement dissout.

Quelque 600 votes parlementaires distincts ont été nécessaires pour adopter les deux plans de dépenses.

Le plan de dépenses de 609 milliards de NIS (plus de 169 milliards d’euros) pour 2021 est le premier budget qu’Israël adopte depuis 2018, conséquence d’une impasse politique prolongée qui a vu les gouvernements successifs tomber avant de pouvoir présenter une proposition à la Knesset.

Le Premier ministre Naftali Bennett s’adresse aux journalistes à la Knesset le 4 novembre 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Jeudi après-midi, la Knesset a approuvé le projet de loi sur les arrangements économiques en dernière lecture plus tôt que prévu après que l’opposition a retiré la plupart de ses objections. La loi sur les arrangements économiques – qui détermine comment les fonds seront déboursés – est généralement la dernière étape de l’adoption du budget.

Le Premier ministre, Naftali Bennett, s’est réjouit sur Twitter et a écrit : « Ce soir, nous avons remis Israël sur les rails. »

Les victoires législatives rapprochent le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid de son entrée au siège de Premier ministre en août 2023, conformément à son accord de partage du pouvoir avec Bennett.

Certains qualifient le succès de la coalition de réprimande à l’égard de l’ancien Premier ministre Benjamin Netanyahu, qui n’a pas été en mesure de faire adopter un nouveau budget depuis 2018 – un pied de nez à l’homme fort du Likud qui a plusieurs fois prédit que la coalition serait incapable de diriger efficacement le pays compte tenu des idéologies concurrentes qui la composent.

L’opposition s’est opposée au budget jusqu’au bout, ses membres protestant contre le fait que le vote approchait de Shabbat et de la prière du vendredi pour les musulmans peu avant son adoption. Les législateurs de l’opposition ont quitté le plénum immédiatement après avoir voté contre le projet de loi, évitant ainsi l’annonce de son adoption.

« Je regrette que l’opposition n’ait pas respecté cette occasion. Il s’agissait d’un processus totalement démocratique mené par un gouvernement élu », a déclaré le président de la Knesset, Mickey Levy. 

Bien que n’ayant qu’un seul siège d’avance sur l’opposition, la coalition a réussi à remporter la quasi-totalité des centaines de votes qui ont eu lieu entre la fin de journée mercredi et le début de vendredi.

La composition diverse du gouvernement dirigé par Bennett – composé de partis de droite, centristes et de gauche, et d’une faction islamiste – avait toutefois compliqué l’effort d’adoption d’un budget, l’opposition d’un seul législateur étant théoriquement capable de faire tomber la mince coalition.

Le leader de l’opposition Benjamin Netanyahu passe derrière le Premier ministre Naftali Bennett lors du vote du budget de l’État, le 4 novembre 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le vote final sur le budget 2022 a été repoussé de plusieurs heures jeudi en fin de journée après qu’un membre de la coalition a accidentellement voté contre l’une des centaines de clauses du budget. La députée travailliste Emilie Moatti a appuyé par erreur sur le mauvais bouton lors d’un vote sur les fonds destinés à la construction de salles de classe, ce qui a entraîné une égalité de 59-59 et la défaite de la mesure.

Emilie Moatti a déclaré qu’elle était désolée de cette erreur, l’attribuant au fait qu’elle n’avait eu que deux heures de sommeil après une nuit de session. Elle a également présenté ses excuses en distribuant des fleurs aux membres de la coalition de la Knesset.

Cette mesure était la première des centaines de votes relatifs au budget qui n’ont pas été adoptés alors que la coalition n’avait qu’une seule voix d’avance sur l’opposition.

Benjamin Netanyahu, qui dirige désormais l’opposition, a accidentellement voté avec la coalition à plusieurs reprises au cours de ces séances marathon, et les dirigeants du parti ont exprimé des inquiétudes quant à la fatigue et aux erreurs qui ont ralenti le processus, qui a débuté mardi par de longs discours, suivis d’un flux apparemment sans fin de votes depuis mercredi après-midi.

« Il arrive que l’on s’embrouille en votant. Demandez à quiconque a voté pour Bennett », a déclaré Benjamin Netanyahu sur Twitter.

Alors que l’échec de l’adoption du projet de loi 2021 aurait pu entraîner l’effondrement du gouvernement, l’adoption du plan économique devrait stabiliser la coalition, du moins dans un avenir proche, alors que l’opposition tente de creuser des fossés entre les différentes idéologies de la coalition.

Les critiques reprochent à Benjamin Netanyahu d’avoir torpillé le dernier budget, sous son gouvernement de partage du pouvoir avec Benny Gantz, afin de faire tomber cette coalition et d’éviter de lui transmettre le poste de Premier ministre, comme cela avait été convenu entre les deux hommes dans le cadre de leur accord.

Cette lutte a conduit directement à l’effondrement du dernier gouvernement et aux dernières élections, dont les résultats ont vu Benjamin Netanyahu être évincé du pouvoir en juin.

La nouvelle législation comprend des réformes visant à réduire le coût de la vie, à assouplir les réglementations, à réformer le secteur agricole, à relever l’âge de la retraite des femmes, à mettre en œuvre des réformes bancaires, à augmenter le budget de l’éducation et à améliorer les soins de santé, entre autres mesures.

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