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La Liste arabe unie éclate en deux partis, rebattant les cartes à la dernière minute

Incapables de se mettre d’accord, Hadash-Taal et Balad font cavaliers seuls, comme Avoda et Meretz, en dépit des appels à l’unité de Lapid. Cela pourrait profiter à Netanyahu

Carrie Keller-Lynn est la correspondante politique et juridique du Times of Israël.

Le leader de Hadash, Ayman Odeh, lors d’une conférence de presse avec les députés de la faction alliée Hadash-Taal, pour le dépôt de leur liste, le 15 septembre 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Le leader de Hadash, Ayman Odeh, lors d’une conférence de presse avec les députés de la faction alliée Hadash-Taal, pour le dépôt de leur liste, le 15 septembre 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

La Liste arabe unie a annoncé jeudi soir son intention de se séparer et de se présenter sous deux étiquettes distinctes aux prochaines élections.

Cette surprise de dernière minute remanie le paysage politique israélien et pourrait sensiblement affaiblir la représentation arabe à la Knesset après novembre.

La décision de scinder le parti en deux listes – Hadash-Taal et Balad – a été prise une heure avant l’heure limite de dépôt des listes à la Commission électorale centrale et, étonnamment, un jour après la conclusion d’un accord d’unité.

Finalement, Balad est revenu sur sa décision de réintégrer la Liste arabe unie, évoquant un différend sur l’accord de rotation avec Taal et Hadash.

Cette séparation aura très vraisemblablement pour conséquence de disperser les votes de la population arabe israélienne. Avant la séparation, la Liste arabe unie était créditée de six sièges. Aussi sera-t-il difficile pour Hadash-Taal ou Balad de recueillir les 3,25 % de voix – soit quatre sièges – nécessaires pour siéger à la Knesset.

Les 40 autres partis qui ont dernièrement déposé leur liste en vue des élections du 1er novembre ont réservé moins de surprises, même si HaBayit HaYehudi, mené par la ministre de l’Intérieur sortante, Ayelet Shaked, a un peu tardé.

Avec Otzma Yehudit, HaTzionout HaDatit a ajouté le parti d’extrême droite anti-LGBT Noam à sa liste juste avant de la déposer, mercredi.

Avoda et Meretz auraient pu changer la donne en unissant leurs force de gauche, mais la cheffe du Parti travailliste, Merav Michaeli, n’a pas répondu favorablement à l’invitation du Premier ministre, Yair Lapid, de faire alliance pour éviter que l’un de ses alliés ne tombe sous le seuil d’éligibilité.

Il est probable que Balad, parti nationaliste palestinien radical, ex-membre de la Liste arabe unie, soit bientôt écarté de la scène politique nationale, et Hadash-Taal pourrait lui aussi avoir du mal à réunir les suffrages nécessaires pour siéger à la Knesset.

Les députés de la Liste arabe unie se réjouissent après le vote de la Knesset qui a rejeté la prolongation de la loi sur le regroupement familial palestinien, à Jérusalem, le 6 juillet 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

On s’attend à ce que le manque d’unité ait un impact considérable sur la scène politique, dans la mesure où tenants et opposants au chef du Likud, Benjamin Netanyahu, présentent le même degré de division avant le scrutin qui, à l’instar des quatre précédents, est une sorte de référendum qui ne dit pas son nom, pour ou contre l’ex-Premier ministre.

Un Hadash-Taal affaibli priverait Lapid de sièges indispensables pour empêcher le retour au pouvoir du bloc religieux de droite mené par Netanyahu.

Dans le même temps, Hadash-Taal devrait désormais se montrer plus disposé à participer à un gouvernement dirigé par Lapid. La perspective, évoquée l’an dernier, avait été rejetée en raison de l’opposition de Balad. Toutefois, un tel scénario impliquerait le consentement des partenaires les plus bellicistes de Lapid.

Il s’agit de la deuxième scission de la Liste arabe unie en l’espace de deux scrutins, après le départ de Raam, en 2021, désireux de s’intégrer davantage à la scène politique. On pensait alors que Raam ne parviendrait pas à décrocher un siège à la Knesset mais, contre toute attente, il en avait remporté quatre, avant d’entrer dans l’Histoire en intégrant le gouvernement de Lapid et de l’ex-Premier ministre, Naftali Bennet.

Déjà créditée de faibles estimations, la participation électorale arabe devrait encore s’affaiblir avec la disparition de la Liste arabe unie, même si Hadash-Taal et Balad ont assuré qu’ils feraient le maximum pour l’encourager.

L’unique député – par ailleurs leader de Balad -, Sami Abou Shehadeh, avait tenté de gagner en influence au sein de la Liste arabe unie alors qu’il perdait progressivement le soutien populaire.

Le député Sami Abou Shehadeh prend la parole lors d’une réunion des factions de la coalition à la Knesset, le Parlement israélien, à Jérusalem, le 24 janvier 2022. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Aux termes du défunt accord signé avec Hadash samedi dernier, il était prévu qu’Abou Shehadeh occupe la 3e place sur la Liste arabe unie et que la sixième revienne également à un député de Balad, destiné à être plus tard remplacé par un député d’une autre liste.

Balad aurait souhaité à la fois une rotation bidirectionnelle avec Taal, mais sans Hadash, et accélérer la rotation, mais il n’a pas été possible de trouver d’accord sur ces points.

Toujours selon les termes de l’accord aujourd’hui défunt, Hadash aurait obtenu trois des cinq premiers sièges, Balad et Taal, un chacun. On ignore combien de sièges obtiendra Taal dans la nouvelle configuration.

Reprenant haut et fort le message intransigeant de Balad, Abou Shehadeh a déclaré que son parti continuerait à militer en faveur de la création d’un État binational israélo-palestinien s’il siégeait à la Knesset.

« L’idée est de créer un État prenant en compte tous ses citoyens, basé sur la justice et les droits de l’homme », a-t-il déclaré après avoir déposé la candidature de son parti.

A l’origine, la Liste arabe unie s’était formée en vue des élections de 2015, suite au relèvement du seuil d’éligibilité à quatre sièges, ce qu’aucun parti arabe n’avait jamais réussi à obtenir seul.

L’alliance créée a été un mariage maladroit entre communistes, nationalistes et islamistes, contraints de faire destin commun afin de conserver une influence politique. Différends et fractures ont émaillé l’activité du parti tout au long de sa courte vie.

En choisissant de faire cavalier seul, Raam souligne son désir de poursuivre et peut-être même approfondir son « partenariat politique », après les élections de novembre. On pense que le parti cherchera à faire partie de la prochaine coalition, quel qu’en soit le chef.

« Nous avons l’intention de prolonger la trajectoire du partenariat politique dans le cadre de la prochaine Knesset », a déclaré le chef du parti, Mansour Abbas, en déposant la liste de son parti islamiste à la Commission électorale centrale.

« Personne ne nous fera dévier  » de ce chemin, a-t-il ajouté.

Les membres du parti Raam viennent déposer leur liste en vue des prochaines élections à la Knesset, le 15 septembre 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

La Liste arabe unie a reproché à Raam d’avoir pris part à la politique israélienne en-dehors de toute avancée tangible sur les aspirations nationales palestiniennes ou l’avènement d’une parité pleine et entière pour les Arabes en Israël. Les partis de droite alliés au gouvernement de Lapid ont, pour leur part, essuyé des critiques pour avoir travaillé avec des islamistes.

Les médias israéliens ont indiqué qu’Abbas avait également évoqué la possibilité de changer de paradigme, en n’écartant pas la possibilité d’un poste ministériel si Raam prenait part au prochain gouvernement.

Israël semble de nouveau dans l’impasse politique, à quelques semaines de son cinquième scrutin en moins de quatre ans, et les possibles Premiers ministres ont bien tenté d’amener les petits partis à s’unir, pour leur épargner un échec à la Knesset.

Lapid a déployé des efforts considérables pour convaincre Avoda et le Meretz de faire cause commune, sans succès, car les deux partis ont déposé chacun leur liste, jeudi.

Il avait pourtant offert à Avoda et à Meretz des places de choix sur sa propre liste Yesh Atid. Michaeli a refusé toutes les offres, soucieuse de préserver l’indépendance de son parti.

« Yesh Atid a présenté une liste avec pour objectif la stabilité », a déclaré la ministre Yesh Atid, Orna Barbivai, en présentant la liste du parti, sachant que la fusion de gauche n’avait pas eu lieu.

Des membres du parti Yesh Atid viennent déposer leur liste en vue des prochaines élections à la Knesset, le 15 septembre 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Netanyahu, qui souhaite reconquérir le poste de Premier ministre depuis qu’il a été renversé, en juin 2021, est actuellement mieux positionné que Lapid dans les sondages. Toutefois, aucun des deux hommes ne dispose pour l’instant des suffrages nécessaires pour lui assurer la victoire.

Le chef du Likud a fort à faire pour composer un gouvernement de droite stable, suite aux quatre tentatives infructueuses depuis 2019. Il n’ignore pas les rumeurs qui courent, au sein de son parti et du bloc religieux de droite, qui pourraient exiger son départ de la direction du Likud en cas de nouvel échec.

Le député Yariv Levin, chef de faction du Likud, venu déposer la liste du parti à la Commission électorale centrale, a évacué les questions portant sur un possible changement de leadership dans l’éventualité où Netanyahu ne parvenait pas à former un gouvernement cet automne.

« Il est notre candidat au poste de Premier ministre », a déclaré Levin à propos de Netanyahu.

Un élément susceptible d’affecter le camp de Netanyahu est la candidature d’Ayelet Shaked à la tête du parti HaBayit HaYehudi, qu’elle avait quitté en 2018. Rien ne permet à ce stade de savoir si elle peut le priver de suffrages clefs.

Avec Shaked à sa tête, HaBayit HaYehudi serait crédité de 2,4 % des voix, selon des informations données par la Quatorzième chaîne cette semaine, à la lutte pour franchir le seuil d’éligibilité de 3,25 %.

Affiche de campagne pour la ministre de l’Intérieur, Ayelet Shaked, à Jérusalem, le 12 septembre 2022. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Si elle échouait, Shaked aurait certes sacrifié des votes de droite, mais elle est également considérée comme un joker pour Netanyahu. L’an dernier, c’est en effet à contrecœur qu’elle avait apporté son soutien au gouvernement de Lapid et Bennett, allié au parti Raam. Elle a dit que, cette fois, elle soutiendrait Netanyahu.

« Évidemment, on peut craindre que [les électeurs de droite] ne commettent une nouvelle fois l’erreur de voter pour des partis, certes de droite mais qui vont ensuite avec la gauche. Nous en savons quelque chose, avec Ayelet Shaked et d’autres », a déclaré Levin, se gardant bien de demander à Shaked de se retirer de la course.

« Je ne traite pas avec d’autres partis et je ne [dis] à personne ce qu’il doit faire », a-t-il ajouté.

Levin occupe la deuxième place de la liste du Likud, grâce à sa victoire – derrière Netanyahu – aux primaires du parti.

Des membres du Likud viennent déposer leur liste en vue des prochaines élections à la Knesset, le 15 septembre 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Trois heures avant l’heure limite et un jour après que le parti a approuvé la candidature de Yossi Brodny, HaBayit HaYehudi a déposé sa liste auprès de la Commission électorale centrale. Le parti s’était réuni après la séparation explosive de Shaked avec son ex-colistier, Yoaz Hendel.

Shaked dirige toujours techniquement le parti indépendant Yamina, qui s’est replié sur HaBayit HaYehudi pour le scrutin de novembre, avec Brodny en deuxième place. Le religieux, chef de kibboutz et défenseur des implantations, Amitai Porat, occupe la troisième place, suivi de la fondatrice et avocate de Shurat Hadin, Nitzana Darshan-Leitner, de la députée Yamina Yomtob Kalfon et de la députée Orna Shtarkman, qui a succédé à Idit Silman, renégat de Yamina, qui a démissionné de la Knesset cette semaine pour se présenter dans les rangs du Likud.

Des petits partis ne manquent pas d’attirer l’attention, comme le député désormais indépendant Abir Kara, qui a lancé son parti Hofesh Calcali dans la campagne autour des questions de coût de la vie, après avoir quitté Yamina, jeudi, pour diriger son nouveau parti.

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