La loi pour exhumer les enfants yéménites disparus approuvée en dernière lecture
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La loi pour exhumer les enfants yéménites disparus approuvée en dernière lecture

Les familles s'entendent avec le gouvernement pour qu'un médecin soit présent en leur nom lors de l'ouverture des sépultures pour le dépistage génétique des restes

Nurit Koren, députée du Likud, pendant une conférence sur l'affaire des enfants yéménites à la Knesset, le 21 juin 2016. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)
Nurit Koren, députée du Likud, pendant une conférence sur l'affaire des enfants yéménites à la Knesset, le 21 juin 2016. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Un comité spécial chargé de superviser les efforts visant à découvrir les faits qui sont à l’origine de la disparition d’enfants yéménites en Israël il y a des décennies a approuvé lundi, en dernière lecture, un projet de loi autorisant l’ouverture de tombes à des fins de tests génétiques.

La décision intervient après que les représentants des familles concernées ont conclu un accord avec le gouvernement pour qu’un médecin soit présent au nom des familles lors de l’ouverture de chaque tombe, a déclaré la députée Nurit Koren (Likud), présidente du comité, dans un communiqué.

« C’est le plus gros cadeau que j’ai pu recevoir pour mon anniversaire, qui tombe aujourd’hui », a dit Koren.

Les deuxième et troisième lectures du projet de loi par la Knesset constituent les dernières étapes avant qu’il ne soit adopté. Il permettra aux familles d’enfants disparus dans l’affaire dite des enfants yéménites en 1958-1970 de demander une exhumation judiciaire des restes pour permettre des comparaisons d’ADN.

S’il devait être adopté, il resterait en vigueur pendant deux ans.

En janvier, le projet de loi de Koren a franchi la première lecture dans le plénum de la Knesset avec 13 députés pour, sans opposition.

Les proches devront témoigner devant les tribunaux pour justifier leurs doutes quant à l’enterrement de leurs proches dans les différents sites, précise le projet de loi.

Depuis les années 1950, plus de 1 000 familles – pour la plupart des immigrants du Yémen, mais aussi des dizaines de familles des Balkans, d’Afrique du Nord et d’autres pays du Moyen-Orient – ont affirmé que leurs enfants avaient été systématiquement enlevés dans des hôpitaux israéliens et placés en adoption, parfois à l’étranger.

Enfants yéménites arrivés en Israël grâce à l’opération Tapis volant, devant un avion d’Alaska Airlines. (Crédit : AJM)

Quelque 49 000 Juifs yéménites ont été amenés dans l’État d’Israël naissant dans le cadre de l’opération Tapis volant en 1949-1950.

Contestée par des universitaires et apparemment réfutée par trois commissions d’État qui ont examiné l’affaire et conclu que la plupart des enfants étaient morts, l’affaire a continué de resurgir, notamment parce que la plupart des familles n’avaient pas récupéré le corps de leurs enfants ou n’avaient pas été informées de leurs sépultures.

En outre, les certificats de décès étaient truffés d’erreurs, et la plupart des enfants disparus ont reçu un avis de convocation militaire 18 ans après leur mort présumée. Il y a également eu des cas où des enfants adoptés ont pu confirmer, grâce à des tests ADN, qu’ils venaient de familles yéménites qui avaient été informées de leur décès.

La loi de Koren s’appliquerait aux familles d’enfants dont les lieux de sépulture sont connus, y compris les cas où les Israéliens ont été informés de l’emplacement de la tombe des décennies plus tard, après les diverses commissions d’État. (Dans une grande partie des cas, cependant, les parents ne savent toujours pas où leurs enfants ont été enterrés).

Les témoignages des membres des familles qui ont trouvé les tombes de leurs proches ont souligné que les lieux de sépulture n’étaient pas marqués et que de nombreux corps étaient souvent enterrés dans une seule tombe, ce qui mettait en doute la véritable identité des personnes qui y étaient réellement enterrées.

« Les commissions d’enquête qui, dans le passé, ont étudié l’affaire ont conclu que la plupart des enfants disparus sont décédés », a déclaré le texte explicatif du projet de loi.

« Cependant, dans certains cas, ils ont même indiqué à la famille le lieu d’inhumation de leur proche, mais souvent la famille n’était pas présente aux funérailles et la question se pose : Comment une famille peut-elle être sûre qu’un des leurs y est vraiment enterré ? »

Immigrants yéménites dans un camp près d’Ein Shemer, en 1950. (Crédit : Pinn Hans/GPO)

En 1996, le ministre de la Santé de l’époque, Tzachi Hanegbi, a approuvé l’exhumation de 10 tombes à Petah Tikva dans le cadre de l’enquête sur cette affaire.

La proposition est allée de l’avant après que Koren a conclu des accords avec le Grand Rabbinat et les députés ultra-orthodoxes de la coalition sur le processus d’exhumation pour s’assurer qu’il n’y aura pas de violation de la loi juive ou de profanation religieuse des corps.

Le projet de loi intervient après que les archives de l’Etat ont déclassifié 400 000 documents sur l’affaire en décembre 2016. Malgré les révélations, la controverse qui dure depuis longtemps est loin d’être résolue, car les familles ont rejeté les conclusions des commissions d’enquête officielles successives de la Knesset, et les groupes de défense des familles continuent d’intensifier leurs pressions en faveur de nouvelles enquêtes.

L’information sur les adoptions est toujours tenue secrète, conformément aux lois israéliennes sur l’adoption.

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