La pandémie aggrave une pauvreté et des inégalités déjà élevées en Israël
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La pandémie aggrave une pauvreté et des inégalités déjà élevées en Israël

Le nombre de bénéficiaires du chômage a été multiplié par onze, selon une étude du Taub Center for Social Policy

Un mendiant sur la promenade de Tel Aviv. (Gili Yaari / Flash 90)
Un mendiant sur la promenade de Tel Aviv. (Gili Yaari / Flash 90)

L’impact économique de la pandémie de coronavirus se ressentira pendant longtemps et risque d’augmenter de façon dramatique le niveau de pauvreté et de creuser les inégalités, deux facettes de la société israélienne qui étaient déjà « exceptionnellement élevées » avant même que la crise ne frappe, selon une étude du Taub Center for Social Politique.

On estime que le taux de pauvreté a augmenté d’environ 8 à 14 % et les inégalités d’environ 1,5 à 4 % en 2020 à cause de la pandémie, selon les auteurs du rapport sur l’état de la nation de 2020. Les principales victimes de la crise sont les familles de travailleurs qui ont vu leurs emplois disparaître ou leurs salaires réduits, les familles monoparentales et les jeunes couples.

En termes d’emploi, la crise des coronavirus a affecté différents groupes de travailleurs de manière variée. Les femmes ont été plus touchées que les hommes, en raison de la forte présence féminine dans les professions de l’enseignement auxiliaire telles que les assistantes d’enseignement et les instructeurs, dont beaucoup ont été mises en congé sans solde lors de la fermeture des écoles. De plus, davantage de femmes que d’hommes ont pris un congé sans solde pour rester à la maison s’occuper des enfants dont les écoles ont été fermées.

Pendant les premiers mois de la pandémie notamment, les travailleurs à bas salaire et ceux ayant un niveau d’éducation relativement faible ont connu le taux de chômage le plus élevé. Les personnes proches de l’âge de la retraite ou l’ayant dépassé, ainsi que les jeunes, représentent les deux autres groupes les plus durement touchés par la crise.

Israéliens portant des masques de protections à Tel Aviv, lors du troisième confinement national d’Israël, le 29 décembre 2020. (Miriam Alster / Flash90)

Au cours des premiers mois de la crise, la hausse du taux de chômage a été plus forte parmi les jeunes de 18 à 29 ans et les travailleurs âgés de 65 à 74 ans que chez les 30 à 64 ans, selon cette étude. La définition large du chômage inclut les chômeurs et les personnes en congé pour des raisons liées à la crise, telles que définies par le Bureau central des statistiques.

Les personnes âgées sont susceptibles d’appartenir à un groupe à haut risque pour la santé, ce qui explique l’impact important de la pandémie sur l’emploi des seniors.

« Plus la crise persiste, plus la probabilité augmente que de nombreux travailleurs seniors, dont certains ont continué à travailler au-delà de l’âge officiel de la retraite, quittent définitivement le marché du travail », indique le rapport. Si ce scénario se confirme, la main-d’œuvre israélienne risque de perdre des travailleurs qui auraient continué à travailler plusieurs années sans cette crise, ce qui aura un impact sur la croissance économique et le niveau de productivité du pays.

Israéliens assis sur la place Dizengoff à Tel Aviv, lors du troisième confinement national d’Israël, le 29 décembre 2020. (Crédit : Miriam Alster / Flash90)

Dans la communauté haredi, dont les taux d’emploi étaient déjà bas, la crise semble avoir eu un « impact relativement sérieux » sur l’emploi des hommes, selon l’étude, tandis que le secteur arabe israélien « a également subi un impact relativement sérieux ».

Le secteur privé a été plus durement touché par la pandémie que le secteur public, et il y a des indications d’un « impact sérieux » sur les travailleurs indépendants, selon les auteurs du rapport.

Le nombre de bénéficiaires des allocations chômage a été multiplié par plus de onze, passant d’environ 70 000 avant la crise à environ 900 000 en avril 2020, selon le rapport.

En conséquence, le coût total des prestations d’assurance-chômage au cours du premier semestre de 2020 est passé à environ 9 milliards de shekels, et les prestations versées pour le seul mois de mai représentent un chiffre plus élevé que le total pour l’ensemble de 2019, indique le rapport.

Au cours des trois premiers trimestres de 2020, le produit intérieur brut (PIB) d’Israël a baissé de 3 % par rapport à la même période en 2019.

Contrôle de police temporaire à Jérusalem le 29 décembre 2020, alors qu’Israël entre dans son troisième confinement national en raison de la pandémie de coronavirus COVID-19. (Olivier Fitoussi / Flash90)

Selon les prévisions de la Banque d’Israël, la baisse du PIB sera de 4,5 à 5 % pour 2020. Compte tenu de la croissance démographique de 1,9 %, « cela implique une baisse du PIB par habitant pouvant aller jusqu’à 6,9 %, ce qui renvoie Israël six ans en arrière », selon les auteurs du rapport.

Selon des prévisions plus optimistes de la Banque d’Israël – qui impliquent que la pandémie soit bientôt maîtrisée – le PIB devrait augmenter de 6,5 % en 2021, ce qui signifie que même à la fin de l’année 2021, le PIB serait inférieur d’environ 5 % à ce qu’il aurait dû être sans la crise, et le PIB par habitant aurait retrouvé son niveau de 2017.

La crise a également entraîné une chute des recettes fiscales et une augmentation du déficit budgétaire du gouvernement. En 2019, le déficit a atteint 3,7 % du PIB, ce qui était déjà nettement supérieur à l’objectif prévu pour cette année (2,9 %). À la fin du troisième trimestre de 2020, le déficit accumulé avait déjà atteint 12 % du PIB annuel, ce qui semble assez proche des prévisions de la Banque d’Israël d’un déficit accumulé 13 % cette l’année.

En parallèle, la dette nationale en pourcentage du PIB devrait grimper à 76 % en 2021 si la pandémie est sous contrôle, et à 83 % dans un scénario plus pessimiste, selon les estimations de la Banque d’Israël.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à gauche, préside une réunion d’urgence des ministres les plus importants pour décider des mesures visant à freiner la propagation du coronavirus, le 16 juillet 2020. (Crédit : Chaim Tzach / GPO)

« Cela signifie qu’après la crise, le gouvernement devra réduire rapidement le déficit et encourager la croissance pour que le ratio dette / PIB retrouve son niveau d’avant la crise », qui était d’environ 60 %, a déclaré le professeur Benjamin Bental, responsable du programme de politique économique du Taub Center.

« Actuellement, la situation de notre dette nationale est bien meilleure que celle de nombreux autres pays développés et nos taux d’intérêt évolue dans un contexte très favorable », a-t-il ajouté. « À ce stade, l’économie israélienne bénéficie d’un haut niveau de confiance de la part des marchés financiers internationaux, comme le montrent la prime payée sur la dette du gouvernement israélien et sa cote de crédit élevée. Néanmoins, il convient de noter qu’une mauvaise gestion et une mauvaise utilisation des fonds pourraient rapidement altérer cette situation. »

Lors de la formulation des politiques à venir, le gouvernement doit prendre en compte les lacunes existantes en termes d’impact sur les travailleurs, en proposant des mesures appropriées tenant compte de chaque groupe.

« Il y a lieu de craindre que les travailleurs qui cessent de travailler pendant une période prolongée perdent espoir et ne tentent pas de réintégrer le marché », selon les auteurs. « En conséquence, l’économie israélienne perdrait des travailleurs qui, sans la crise, auraient continué à travailler. Ce risque est particulièrement important dans le cas des travailleurs âgés. »

La rue Jaffa, au centre-ville de Jérusalem, le 29 décembre 2020, lors du troisième confinement national dans le but d’empêcher la propagation du coronavirus. (Yonatan Sindel / Flash90)

Cependant, la crise actuelle présente également des opportunités : le grand nombre de licenciements parmi les travailleurs à faible revenu ouvre la voie à une amélioration de leur niveau de formation professionnelle et donc de leurs futurs salaires.

En outre, une expansion des technologies permettant le travail à domicile pourrait améliorer les perspectives d’emploi et la capacité des entreprises à accéder à des travailleurs qualifiés dans un bassin de travailleurs plus diversifié, selon le rapport.

Le programme économique du gouvernement pour faire face à la crise en 2020 totalisait environ 139 milliards de shekels fin novembre, ce qui représente environ 10 % du PIB de 2019, selon l’étude basée sur les données du ministère des Finances.

73 % de ce budget a été utilisé entre mars et novembre, ce qui représente « un retard » selon le Dr Labib Shami, l’un des auteurs du rapport. La sous-utilisation de certains programmes, notamment les budgets des programmes de formation professionnelle ou ceux destinés à assurer la continuité de l’activité et la croissance économique future, « est susceptible de nuire au potentiel de reprise de l’économie ».

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