La prochaine génération de Juifs en Irlande aura-t-elle l’accent israélien ?
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ST PATRICK - 'Les Israéliens se créent des racines irlandaises'

La prochaine génération de Juifs en Irlande aura-t-elle l’accent israélien ?

Pour la première fois depuis des générations, la communauté juive de l'île d'émeraude grandit - avec des Israéliens à la recherche d'une herbe un peu plus verte

Des Israéliens fêtent Pourim dans un pub irlandais : De gauche à droite,  Elad Michaely, Itamar Sinai, Michael Dulberg, Arik Warshager, Mattan Lass et Oren Shpigel. Sinai et Warshager vivent en Irlande depuis respectivement 17 et 14 ans et conseillent les nouveaux arrivants (Crédit :  Michael Riordan/Times of Israel)
Des Israéliens fêtent Pourim dans un pub irlandais : De gauche à droite, Elad Michaely, Itamar Sinai, Michael Dulberg, Arik Warshager, Mattan Lass et Oren Shpigel. Sinai et Warshager vivent en Irlande depuis respectivement 17 et 14 ans et conseillent les nouveaux arrivants (Crédit : Michael Riordan/Times of Israel)

« La communauté juive irlandaise a été trop souvent dépeinte comme une communauté en déclin », dit Lass, « mais ce n’est plus le cas. Il y a dorénavant plus de 1 500 nouveaux Juifs israéliens ici qui travaillent dans le secteur des technologies de l’information ».

Selon Lass, cette afflux pourrait représenter plus de la moitié de la population juive en Irlande.

“Il y a des crèches ici où Hanouka attire autant l’attention que Noël et j’entends souvent parler hébreu dans les restaurants », explique-t-il.

Pour la communauté locale, les nouveaux arrivants amènent avec eux jeunesse et vigueur – ainsi que la possibilité d’un nouvel avenir.

Dans le passé, les immigrants juifs dans le pays venaient majoritairement d’Europe de l’est. A son apogée dans les années 1950, la population juive sur l’île réunissait plus de 5 000 personnes. Le dernier recensement donne le chiffre de 2 000.

‘Je suis comme le Juif errant’

Né en Israël, Lass a grandi à Londres avant de retourner dans son pays natal. Puis il est reparti en suivant sa conjointe nommée à un poste dans le secteur des TI de Dublin.

« Je suis comme le Juif errant », dit-il d’un ton malicieux, et c’est commun, selon lui, aux Israéliens et aux Irlandais.

« Ce qui est nouveau aujourd’hui, c’est que les Israéliens s’enracinent ici et qu’ils ont des familles », ajoute-t-il.

 Mattan Lass, avocat à Dublin, a suivi sa partenaire en Irlande pour raison professionnelle, et a maintenant un bureau hébreu dans son cabinet d'avocat pour suivre la communauté expatriée israélienne de plus en plus nombreuse (Crédit : Michael Riordan/Times of Israel)
Mattan Lass, avocat à Dublin, a suivi sa partenaire en Irlande pour raison professionnelle, et a maintenant un bureau israélien dans son cabinet d’avocat pour suivre la communauté expatriée israélienne de plus en plus nombreuse (Crédit : Michael Riordan/Times of Israel)

Lass et sa compagne ont été mariés dans la ville par le grand rabbin Zalman Lent.

« L’avenir de la communauté juive en Irlande est inextricablement liée à la nouvelle diaspora israélienne », explique Lass.

Créer une liaison entre les affaires irlandaises et israéliennes est le quotidien de Lass : Il est heureux de souligner que son cabinet d’avocats possède dorénavant un bureau israélien.

‘La synagogue est le centre de la vie communautaire pour les Juifs de la diaspora… Les événements culturels et sociaux sont le ciment qui réunit les Juifs israéliens’

Il est également actif dans le réseau commercial israélo-irlandais (IIBN), dont l’une des ambitions est d’encourager l’établissement d’un vol direct de Dublin à Tel Aviv.

Néanmoins, l’afflux d’Israéliens venus travailler dans des entreprises similaires à Facebook, Google et Intel n’a pas proportionnellement augmenté le nombre de membres des trois synagogues restantes de la capitale.

« Etre un Juif laïque est différent », dit Lass.

« Tandis que la synagogue est le centre de la vie communautaire pour les Juifs de la diaspora, les événements culturels et sociaux sont le ciment qui réunit les Juifs israéliens ». Par exemple, l’école primaire locale juive a vu le nombre d’inscriptions d’enfants augmenter – majoritairement de la part de parents israéliens.

L’évanouissement des congrégations juives d’Irlande

Jenni Harrison habite à Dublin. Elle est présidente des rites et des pratiques au sein de la communauté juive progressiste et croit fermement que les Juifs d’Israël peuvent être le salut de la diaspora irlandaise.

“Nous les trouvons fascinants », plaisante-t-elle. « Ils sont tellement différents de nous. Nous devons toutefois trouver des points communs avec eux et il ne s’agit pas seulement de religion ».

“Notre synagogue grandit année après année, mais ce n’est que lors de Yom Kippur ou de Hanoukka qu’elle est vraiment pleine », explique-t-elle.

Harrison a le sentiment que les Juifs irlandais sont probablement plus décontractés que leurs homologues israéliens et que les membres de la communauté les plus âgés sont perplexes face à la majorité des nouveaux arrivants qui ne viennent pas à la synagogue. Mais elle n’envisage ces différences que comme un nouveau défi à relever.

 Jenni Harrison, née à Dublin, aux côtés de son époux Simon, avec des filles Katie et Amy. (Crédit : Michael Riordan/Times of Israel)
Jenni Harrison, née à Dublin, aux côtés de son époux Simon, avec leurs filles Katie et Amy. (Crédit : Michael Riordan/Times of Israel)

« L’Irlande est devenue multiculturelle ces dernières années », dit-elle. Par exemple, Harrison fait partie d’un groupe de femmes appelé ‘les soeurs de foi irlandaises pour la paix’.

‘Je ne pense pas que les Irlandais soient anti-israéliens, ils sont seulement pro-palestiniens’

« Nous sommes des Juives, des Chrétiennes et des Musulmanes, nous nous rendons visite dans nos centres respectifs, ou parfois nous passons simplement du temps à nous conseiller sur les meilleures écoles du secteur », dit-elle.

Contrairement aux informations de l’étranger, Harrison pense qu’il n’y a pas d’antisémitisme en Irlande.

“Je suis très à l’aise quand je me montre ouvertement juive en me rendant à la synagogue avec ma kippa », dit-elle. « Je ne pense pas que les Irlandais soient non plus anti-israéliens, ils sont seulement pro-palestiniens ».

Un vitrail de la synagogue orthodoxe dans le quartier Terenure de Dublin. (Crédit : Michael Riordan/Times of Israel)
Un vitrail de la synagogue orthodoxe dans le quartier Terenure de Dublin. (Crédit : Michael Riordan/Times of Israel)

Suite à la fermeture récente d’une synagogue – il n’en reste que trois dorénavant – Harrison considère que la communauté devra s’adapter.

« Nous devons encore sensibiliser les Israéliens mais si nous y réussissons, au moins, nous aurons une communauté », dit-elle.

Maurice Cohen, président du Conseil représentatif juif, est stoïque face aux changements à venir au sein de la communauté.

« Dans les prochains temps », dit-il, « la communauté juive irlandaise sera représentée par des gens qui ne sont pas nés dans le pays. Ils devront eux aussi consolider leurs propres racines en Irlande ».

‘La communauté juive irlandaise sera représentée par des gens qui ne sont pas nés dans le pays. Ils devront eux aussi consolider leurs propres racines en Irlande’

Les nouveaux Juifs israéliens sont très sophistiqués, et hautement éduqués. Ils sont venus ici pour d’autres raisons que dans le passé. Il n’y a pas de pogroms », indique Cohen.

Alors que la majorité des Juifs natifs a plus de 60 ans, l’avenir des trois synagogues restantes inquiète les membres les plus âgés de la communauté.

« Nous devons continuer à maintenir nos traditions religieuses et nous espérons que les nouveaux arrivants ressentiront le même besoin à l’avenir », estime Cohen.

Les Israéliens sont-ils à la hauteur du défi ?

Oren Sphigel, originaire d’une ville à proximité de Tel Aviv, a deux enfants. Ils sont roux.

“Ils pourraient être pris pour des Irlandais – jusqu’à ce qu’ils ouvrent la bouche », plaisante-t-il.

Cet homme de 46 ans est arrivé en Irlande il y a un an avec son épouse et leurs quatre enfants lorsqu’elle a été nommée à un nouveau poste. Abandonnant leurs emplois chez Dell et chez Oracle, ils ont voulu relever un nouveau défi. Sphigel, directeur commercial, commencera un nouveau travail la semaine prochaine.

Des rouleaux de Torah dans l'arche de la synagogue orthodoxe de Dublin. (Crédit : Michael Riordan/Times of Israel)
Des rouleaux de Torah dans l’arche de la synagogue orthodoxe de Dublin. (Crédit : Michael Riordan/Times of Israel)

Nous étions très excités de faire l’expérience de la culture européenne », dit-il, « et l’Irlande est également anglophone ».

« Les gens ici sont très accueillants. Les voisins veulent connaître nos festivals. Au travail, mon épouse allume des bougies pour Hanouka », raconte Sphigel.

Il observe que « le tempo est plus rapide en Israël et la population plus agitée. Les Irlandais sont très polis et la vie ici est plus tranquille ».

‘Mon fils a des copains de classe chinois, espagnols et polonais et ils chantent tous pour lui Joyeux anniversaire dans leurs langues’

Et la diversité de l’Irlande le séduit également.

« Mon fils a des copains de classe chinois, espagnols et polonais et ils chantent tous pour lui ‘Joyeux anniversaire’ dans leurs langues », s’exclame-t-il.

Il ajoute qu’alors que les familles israéliennes se réunissent les jours de fête, il se rend également dans une synagogue locale où il rencontre des Juifs irlandais.

« Mon épouse et moi-même avons visité l’Irlande avant de déménager et nous avons eu beaucoup d’informations de la part des Israéliens qui étaient déjà ici », explique Sphigel.

Ironiquement, il apprécie les deux éléments sur lesquels il avait été mis en garde – le climat et le rythme de vie. Mais encouragerait-il d’autres Israéliens à le rejoindre ?

“Je n’ai pas besoin de le faire », s’amuse Sphigel. « Ils le font déjà ».

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