La relation entre Netanyahu et MBS pourrait coûter cher à Israël
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Analyse

La relation entre Netanyahu et MBS pourrait coûter cher à Israël

De nombreux analystes de haut-rang s'interrogent sur les conséquences de la défense du prince héritier saoudien par le Premier ministre israélien suite au meurtre de Khashoggi

Ron Kampeas
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu dirige la conférence gouvernementale hebdomadaire au cabinet du Premier ministre à Jérusalem, le 28 octobre 2018. (Crédit : Ohad Zwigenberg/Yedioth Ahronoth/Flash90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu dirige la conférence gouvernementale hebdomadaire au cabinet du Premier ministre à Jérusalem, le 28 octobre 2018. (Crédit : Ohad Zwigenberg/Yedioth Ahronoth/Flash90)

WASHINGTON (JTA) – L’Arabie saoudite est en ébullition car ses agents ont assassiné un journaliste, mais le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu demande à l’Occident de ne pas ostraciser le prince saoudien.

C’est une question majeure – qui pourrait mettre Netanyahu et Israël dans de beaux draps.

Le problème auquel Israël est confronté est évident d’après un article publié dimanche dans le Washington Post écrit par Jackson Diehl, un éditorialiste auquel les responsables israéliens faisaient confiance dans le passé pour son jugement juste des préoccupations du pays.

“Pourquoi Israël lance-t-il une bouée de sauvetage aux assassins de Jamal Khashoggi ?”, titrait l’article qui critiquait âprement Netanyahu.

“Le spectacle d’un dirigeant israélien faisant pression pour excuser un dictateur arabe pour meurtre ne fera qu’aggraver les dommages qu’il a causés aux relations de son pays avec les États-Unis”, a écrit Diehl.

Des gens tiennent des affiches représentant le journaliste saoudien Jamal Khashoggi et allument des bougies lors d’un rassemblement devant le consulat d’Arabie saoudite à Istanbul, le 25 octobre 2018. (Crédit : Yasin Akgul / AFP)

Khashoggi, assassiné le mois dernier au consulat d’Arabie saoudite à Istanbul, était un dissident du régime saoudien et un chroniqueur au sein du Washington Post. Diehl, comme d’autres au journal, est plus naturellement enclin à exprimer son indignation face aux tentatives de blanchiment du régime saoudien.

Mais l’avertissement de Diehl est significatif : JTA a appris que les démocrates au Congrès – le parti vient de prendre le contrôle de la Chambre des représentants aux républicains – sont furieux contre Netanyahu qui figure parmi les rares dirigeants à défendre publiquement le régime saoudien, alors que les preuves s’accumulent pour montrer que Khashoggi a été tué sur ordre des dirigeants saoudiens.

“Ce qui s’est passé au consulat d’Istanbul est horrible et il faut y remédier”, a déclaré Netanyahu le 2 novembre lors d’un événement à Varna, en Bulgarie. “Pourtant, même si je l’affirme, il est très important pour la stabilité du monde, pour la région et pour le monde, que l’Arabie saoudite reste stable.”

La question qui est au centre de l’assassinat de Khashoggi est de savoir si le souverain du pays, le prince héritier Mohammed ben Salmane, a directement ordonné ce meurtre. Le prince l’a nié avec véhémence au président américain Donald Trump, qui a tendance à donner à Ben Salmane le bénéfice du doute. Mais on peut se demander comment un assassinat aussi sophistiqué a pu être commis sans l’accord de ben Salmane.

Le président américain Donald Trump (à gauche) et le prince héritier adjoint saoudien, et ministre saoudien de la Défense Mohammed ben Salmane, qui est devenu plus tard cette année-là le prince héritier d’Arabie saoudite, se serrant la main dans la salle à manger de la Maison Blanche à Washington le 14 mars 2017. (Crédit : NICHOLAS KAMM/AFP)

Mardi, le New York Times a rapporté qu’un des présumés assassins avait demandé à un supérieur de “dire à son patron” que le travail était terminé. Le “patron” supposé est ben Salmane.

L’investissement de Netanyahu vis-à-vis de l’Arabie Saoudite va au-delà de la stabilité du pays. Il est particulièrement proche de ben Salmane, tout comme Trump.

“Je pense que quand l’administration aura connaissance de tous les faits, elle devra décider comment il est possible, d’une part, d’affirmer que cet acte est inacceptable, mais aussi ne pas jeter le prince avec l’eau du bain, disons-le ainsi,” a déclaré l’ambassadeur israélien auprès des Etats-Unis, Ron Dermer, peut-être le plus proche conseiller de Netanyahu.

La clé pour comprendre le positionnement de Netanyahu est l’ennemi partagé par Israël et les Saoudiens : l’Iran.

“C’est la corde raide pour Netanyahu en ce moment”, a déclaré Jonathan Schanzer, vice-président de la Fondation pour la défense des démocraties dans une interview. “Pour lui et pour Israël, la question est de savoir qui combattra l’agression régionale de l’Iran, à part Israël. Les Saoudiens ont assumé ce rôle. Ils possèdent le flanc est du Moyen-Orient, Israël a l’ouest.”

Un autre facteur est la stratégie de Netanyahu qui consiste à rechercher une acceptation plus large d’Israël au Moyen-Orient en l’absence de progrès substantiels de tout accord de paix avec les Palestiniens, a déclaré Schanzer.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu est accueilli par le sultan Qaboos bin Said à Oman, le 26 octobre 2018 (Crédit : autorisation)

“C’est une occasion pour lui de s’exprimer publiquement et de ne pas déclarer ouvertement qu’il existe des liens entre Israël et les Saoudiens, mais bien de le laisser entendre et de montrer au monde arabe qu’Israël peut être un allié”, a-t-il déclaré.

Le coût, a déclaré Aaron David Miller, un des principaux négociateurs au Moyen-Orient sous les présidents républicain et démocrate, sera la réputation d’Israël.

“Les Israéliens doivent faire très attention à ne pas devenir les avocats de ben Salmane à Washington”, a déclaré Miller. Miller est maintenant le vice-président du Woodrow Wilson International Center for Scholars.

Alors que Netanyahu et ses prédécesseurs avaient naturellement tendance à adopter une politique étrangère fondée sur leurs intérêts, M. Miller a déclaré : “Il est très mauvais pour l’image et la crédibilité d’Israël de soutenir un régime qui tue et assassine ses opposants dans les rues des capitales arabes ou européennes.”

Le coût immédiat peut être lié à la réactivité de la nouvelle Chambre des représentants démocrate à l’agenda pro-israélien. Dans l’avenir proche, l’aide à la défense restera intacte, mais les démocrates seront probablement moins enclins à appuyer les déclarations pro-israéliennes, qui sont souvent la pierre angulaire des lobbyistes. A long terme, cette situation pourrait éroder le soutien général du parti à Israël.

Ce qui peut envenimer les relations avec les démocrates, c’est que Netanyahu semble soutenir l’Arabie saoudite pour plaire à Trump, qui est la bête noire du parti et des progressistes plus que tout autre dirigeant républicain avant lui.

“On les regarde comme s’ils soutenaient Trump comme un allié”, a déclaré Schanzer.

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