L’AP arrête 30 personnes pendant une manifestation contre la mort de Nizar Banat
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L’AP arrête 30 personnes pendant une manifestation contre la mort de Nizar Banat

Les groupes des droits de l'Homme palestiniens et le Hamas dénoncent ces arrestations ; des activistes anti-corruption ou des membres du Jihad islamique se trouvent en détention

Maryam Banat, 67 ans, la mère de l'activiste Nizar Banat, critique de l'Autorité palestinienne, brandit sa photo pendant un rassemblement dénonçant sa mort entre les mains des services de sécurité de l'AP à Ramallah, en Cisjordanie, le 3 juillet 2021. (Crédit : AP Photo/Nasser Nasser)
Maryam Banat, 67 ans, la mère de l'activiste Nizar Banat, critique de l'Autorité palestinienne, brandit sa photo pendant un rassemblement dénonçant sa mort entre les mains des services de sécurité de l'AP à Ramallah, en Cisjordanie, le 3 juillet 2021. (Crédit : AP Photo/Nasser Nasser)

L’Autorité palestinienne (AP) a arrêté une trentaine de personnes, samedi et dimanche, qui s’étaient regroupés pour protester contre la mort d’un célèbre critique de l’AP alors qu’il se trouvait en détention après avoir été arrêté par les forces de sécurité à Ramallah.

Nizar Banat, un opposant féroce de l’AP très présent sur les réseaux sociaux, était décédé après avoir été arrêté par les forces de l’AP chez lui, à la fin du mois de juin. Il aurait été battu à mort.

Les manifestants se sont retrouvés sur la place al-Manara, dans le centre-ville de Ramallah, au début du rassemblement mais les forces de sécurité sont immédiatement intervenues pour les arrêter, selon des vidéos.

« Il n’y avait pas d’autorisation officielle donnée par les autorités à ce rassemblement et un groupe de personnes présentes a refusé de respecter les conditions entourant ce regroupement », a commenté dans un communiqué le porte-parole de la police de l’AP, Louay Irzeiqat.

Irzeiqat n’a pas apporté de réponse à notre question sur les conditions qui ont entouré le déroulement de ce mouvement de protestation à Ramallah. 24 personnes auraient été placés samedi soir en détention, ont fait savoir les forces de l’ordre palestiniennes. Certaines ont été ultérieurement libérées et d’autres restaient encore incarcérées dans l’après-midi de lundi.

Parmi les personnes appréhendées pendant le week-end, de célèbres activistes anti-corruption, comme Fadi Quran. Des universitaires – comme le physicien pro-Hamas Imad Barghouti – et l’éminent poète Zekaria Mohammad ont eux aussi été arrêtés.

« Ce à quoi vous êtes en train d’assister montre où nous en sommes », a dit l’épouse de Mohammad aux journalistes lors de l’arrestation de son époux, désignant les nombreux policiers anti-émeutes qui se trouvaient derrière elle.

Les forces de sécurité palestiniennes bloquent une route lors d’une manifestation dans la ville de Ramallah, en Cisjordanie, le 26 juin 2021, pour protester contre la mort du militant des droits de l’homme Nizar Banat. (Crédit : AHMAD GHARABLI / AFP)

D’autres détenus sont affiliés à des factions anti-AP, comme le Jihad islamique. Khadr Adnan, éminente personnalité de la division du groupe terroriste en Cisjordanie, a été placé en détention dimanche alors qu’il protestait contre les arrestations devant un tribunal de Ramallah où une audience des suspects avait lieu.

Selon le groupe d’aide juridique Avocats pour la Justice, qui défend souvent les Palestiniens arrêtés par l’AP, certains détenus sont accusés d’avoir « déprécié les institutions gouvernementales » et d’avoir « insulté les fonctionnaires ». D’autres sont mis en cause pour « incitation à la haine sectaire », a ajouté le groupe.

Au mois cinq Palestiniens ont été arrêtés, dimanche dans la soirée, au cours d’un mouvement de protestation dénonçant ces mises en détention et la mort de Banat, a annoncé le groupe Avocats pour la Justice dimanche en fin de soirée.

Les groupes palestiniens de défense des droits de l’Homme ont demandé la libération immédiate des prisonniers qui, selon eux, ont été appréhendés alors qu’ils prenaient part à « un rassemblement pacifique appelant à ce que les responsables de la mort de Nizar Banat rendent des comptes ».

« Les organisateurs avaient soumis les documents nécessaires pour l’organisation du rassemblement aux autorités responsables », a affirmé le groupe Commission indépendante pour les droits de l’Homme dans une déclaration.

De son côté, le groupe terroriste du Hamas a, lui aussi, condamné les arrestations. « L’Autorité palestinienne continue de recourir à l’intimidation et aux arrestations politiques contre l’élite et contre les leaders de notre peuple en Cisjordanie occupée », a écrit un haut-responsable du Hamas, Moussa Abu Marzouk, sur Twitter.

La mort de Banat a entraîné des manifestations rares, réclamant le départ du gouvernement de l’AP, qui est très impopulaire. Des milliers de personnes s’étaient rassemblées dans le centre-ville de Hébron à l’occasion des funérailles de l’activiste et des centaines de personnes s’étaient réunies à Ramallah pour réclamer la démission du président de l’AP Mahmoud Abbas.

En réponse, les forces de sécurité de l’AP ont lancé une vaste opération de répression des dissidents. Les manifestants ont été agressés par la police anti-émeutes et par des agents en civil, qui les ont frappés et qui ont cherché à les empêcher de décrire les violences dont ils étaient victimes ou de les filmer, selon les groupes de défense des droits de l’Homme palestiniens.

Les mouvements de protestation se sont largement calmés suite à cette opération de répression. Toutefois, la crise de légitimité de l’AP n’est pas terminée. Les Palestiniens considèrent de plus en plus l’AP comme une instance corrompue, autoritaire et inefficace, incapable de réaliser leur rêve d’État indépendant.

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