Lapid salue Gantz qui a dit vouloir soutenir la dissolution de la Knesset
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Lapid salue Gantz qui a dit vouloir soutenir la dissolution de la Knesset

Des députés de l'opposition critiquent le chef de Kakhol lavan pour avoir initialement rejoint un gouvernement Netanyahu ; pour Miki Zohar, la décision de Gantz est une "bassesse"

Les dirigeants de Kakhol lavan, Benny Gantz, (à droite), et Yair Lapid, (à gauche), éclatent de rire lors d'une réunion de faction à la Knesset, le 3 octobre 2019. (Menahem Kahana/AFP)
Les dirigeants de Kakhol lavan, Benny Gantz, (à droite), et Yair Lapid, (à gauche), éclatent de rire lors d'une réunion de faction à la Knesset, le 3 octobre 2019. (Menahem Kahana/AFP)

Le chef de l’opposition Yair Lapid a salué, mardi, la décision prise par le ministre de la Défense Benny Gantz de soutenir, avec son parti Kakhol lavan, la lecture préliminaire d’un projet de loi visant à dissoudre la Knesset, qui prévoit en conséquence l’organisation d’élections anticipées.

« Il apparaît clairement à tous que Netanyahu n’est pas en mesure d’extraire le pays de la crise du coronavirus. Israël a besoin d’un gouvernement qui travaillera pour le bien public », a déclaré Lapid dans un communiqué. « Un gouvernement allégé et efficace qui prendra en charge le réel. Les problèmes réels. Les petites entreprises, les chômeurs, la santé. Pas la politique, pas la corruption, pas les conférences de presse ».

Dans un discours, Gantz avait fait savoir qu’il ne pouvait plus apporter son appui au gouvernement dirigé par le Premier ministre Benjamin Netanyahu, accusant le Premier ministre de ne pas avoir respecté les dispositions contenues dans l’accord de coalition signé au début de l’année.

Le soutien apporté au texte par Kakhol lavan devrait permettre de faire avancer la motion qui devra, par ailleurs, encore franchir plusieurs obstacles – ce qui prendra des semaines, voire plus – avant de devenir officielle et que des élections anticipées soient organisées. Si le processus aboutit, la Knesset devrait probablement être dissoute fin décembre et un scrutin devrait se tenir au mois de mars 2021 – ce sera le quatrième en moins de deux ans.

Lapid, dont la formation Yesh Atid est à l’origine du projet de loi prévoyant la dissolution du Parlement israélien, s’était présenté sous l’étiquette Kakhol lavan pendant trois campagnes électorales en partenariat avec Gantz. Il avait néanmoins fait scission de cette alliance suite à la décision prise par Gantz de rejoindre un gouvernement placé sous l’autorité de Netanyahu.

« Au cours des derniers jours, j’ai appelé Benny Gantz à laisser le passé derrière nous et à voter aux côtés de Yesh Atid la dissolution de la Knesset », a continué Lapid. « Et, ce soir, il a annoncé qu’il soutiendrait notre projet de loi et je veux vraiment l’en féliciter ».

Le législateur Moshe Yaalon, numéro 2 de la faction Yesh Atid-Telem, a vivement recommandé à Gantz de promouvoir la formation immédiate d’un nouveau gouvernement qui ne serait pas dirigé par Netanyahu.

« Ce gouvernement s’est égaré dès le premier jour de sa mise en place. Il est né dans le péché et il a permis de rendre casher le mandat d’un homme traduit devant les tribunaux », a affirmé Yaalon, en référence aux mises en examen pour corruption de Netanyahu.

D’autres députés de l’opposition s’en sont pris à Gantz en condamnant sa décision initiale de former un gouvernement avec Netanyahu.

Le chef de Kakhol lavan Benny Gantz (au centre) rencontre les dirigeants de la Liste arabe unie, Ayman Odeh (à gauche) et Ahmed Tibi (à droite), le 31 octobre 2019. (Crédit : Ofek Avshalom)

« Il y a six mois, Kakhol lavan aurait pu mettre en place un gouvernement qui aurait mis un terme à la gouvernance de Netanyahu mais Benny Gantz a préféré décider de d’épauler le Premier ministre le plus raciste que nous ayons connu, celui qui s’est rendu coupable du plus grand nombre d’incitations à notre encontre », a écrit Ayman Odeh, à la tête de la Liste arabe unie à majorité arabe, sur Twitter.

Odeh a également semblé mettre en cause Mansour Abbas, comme lui membre de la Liste arabe unie, qui réfléchirait à ne pas appuyer le texte et qui a récemment pris des initiatives pour entretenir ses liens avec Netanyahu.

« Même s’il y a, aujourd’hui, des personnes qui sont induites en erreur, aucune scission que tentera de réaliser Netanyahu ne saura changer cette équation – celle que sans les citoyens arabes, il n’y aura pas de changement politique », a-t-il ajouté.

A LIRE : Pragmatisme ou nationalisme palestinien ? Un député arabe interroge

La députée du Meretz de gauche, Tamar Zandberg, a également fustigé Gantz pour s’être associé à Netanyahu.

« Ce qui est arrivé est très exactement ce qui devait arriver et Gantz ne peut pas dire qu’il n’avait pas été prévenu », a-t-elle posté sur Twitter.

Le chef du parti laïc de droite Yisrael Beytenu, le parlementaire Avigdor Liberman, a pour sa part raillé Gantz dans un post publié sur le même réseau social.

« Bonjour, soleil ! », a écrit Liberman à côté d’un gros titre qui annonçait la décision prise par Gantz de soutenir le vote.

Le président d’Yisrael Beytenu, Avigdor Liberman, fait une déclaration à l’ouverture de la réunion hebdomadaire de son groupe à la Knesset, le 7 septembre 2020. (Yisrael Beytenu)

Le parti Yisrael Beytenu, qui siège actuellement dans l’opposition, a également paru laisser entendre qu’il ne rejoindrait pas un gouvernement placé sous l’autorité de Gantz, qui avait promis de manière répétée, au cours de ses campagnes électorales, qu’il n’intégrerait jamais un gouvernement dirigé par Netanyahu.

« L’Etat d’Israël a besoin d’un vrai leadership. Le type de leadership qui ne fait pas d’allées et venues et qui ne se laisse pas tenter par des fauteuils ministériels », a-t-il déclaré dans un communiqué.

Du côté de la coalition, Miki Zohar, allié du Likud de Netanyahu, a estimé que l’annonce faite par Gantz marquait le début de sa campagne électorale.

« L’attaque contre Netanyahu – une nouvelle bassesse », a écrit Zohar sur Twitter. « Aujourd’hui, on veut dissoudre la Knesset et on veut démanteler le gouvernement, ce qui porte préjudice aux citoyens israéliens, par pur caprice politique ».

Au cours de son annonce, Gantz avait qualifié la conduite du gouvernement de « dégoûtante », et il avait accusé Netanyahu d’avoir menti au public lorsqu’il avait accepté de former une coalition d’unité et lorsqu’il avait promis d’abandonner le fauteuil de Premier ministre en 2021.

« Je suis entré dans ce gouvernement le cœur lourd mais avec tout mon cœur », avait déclaré Gantz, faisant écho à des propos tenus par le procureur-général Avichai Mandelblit quand il avait annoncé les mises en examen de Netanyahu.

Gantz, qui occupe également le poste de Premier ministre d’alternance, avait accusé Netanyahu, dans son allocution, d’avoir brisé le gouvernement et d’entraîner l’Etat juif vers de nouvelles élections, tout en qualifiant les retards accumulés dans l’adoption d’un budget « d’attentat terroriste ».

Annonçant que Kakhol lavan soutiendrait la motion de censure en lecture préliminaire – elle prévoit de dissoudre la Knesset et d’organiser un nouveau scrutin – Gantz avait estimé que Netanyahu était un « casseur de promesses en série » qui a « menti » et « trompé » les Israéliens, et qu’il était impossible de lui faire confiance.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à droite) et le ministre de la Défense Benny Gantz assistent à la réunion hebdomadaire du cabinet au ministère des Affaires étrangères à Jérusalem, le 21 juin 2020. (Crédit : Marc Israel Sellem/Pool/Flash90)

Malgré cette allocation féroce, faite sur un ton rappelant celui d’une campagne électorale, Gantz avait terminé son discours en offrant une ouverture à Netanyahu permettant d’éviter la dissolution de la Knesset – la nécessité d’adopter un budget pour l’année 2020 et 2021, conformément aux règles établies dans l’accord de coalition.

Le Likud et Kakhol lavan sont en conflit depuis la mise en place de la coalition de partage du pouvoir, au mois de mai – mais les liens entre les deux formations ont connu des tensions sans précédent, ces dernières semaines, alors que l’échéance portant sur l’adoption d’un budget se rapproche à grands pas. Si le budget n’est pas approuvé le 23 décembre, le gouvernement s’effondrera automatiquement. Gantz accuse Netanyahu de bloquer les avancées d’un budget pour l’année 2020 et 2021 – comme le stipulait l’accord de coalition – pour tenter de l’empêcher de devenir chef du gouvernement, au mois de novembre 2021, comme le prévoit également le pacte conclu entre les deux hommes.

Le seul scénario dans lequel Gantz ne deviendrait pas Premier ministre (à l’exception d’un effondrement du gouvernement causé par Kakhol lavan) est si le gouvernement doit se dissoudre en raison de l’incapacité de ce dernier à approuver un budget à la date-limite fixée pour ce faire.

Dans une déclaration faite peu avant le discours de Gantz, Netanyahu avait vivement recommandé à son ministre de la Défense de rester au sein du gouvernement, prétendant que Kakhol lavan « se fait entraîner par Lapid et par [Naftali] Bennett, [le chef de Yamina] ».

« Le moment n’est pas venu d’organiser des élections – le temps est à l’unité », a déclaré le Premier ministre.

Il avait aussi accusé une nouvelle fois Kakhol lavan de travailler contre le gouvernement depuis l’intérieur de la coalition et de ne pas respecter les accords, mais il a ajouté qu’il fallait « mettre cela de côté ».

De nombreux analystes pensent que si Netanyahu désire que des élections anticipées soient organisées, il préférerait qu’elles aient lieu à la fin de l’année.

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