Alors que la coalition risque de sombrer, Netanyahu plaide pour « l’unité »
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Alors que la coalition risque de sombrer, Netanyahu plaide pour « l’unité »

Selon un ministre Likud, Gantz n'est pas "digne" d'être Premier ministre ; les discussions se poursuivent avant le projet de loi sur la dissolution, un compromis est peu probable

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, (au centre), lors d'une visite à l'administration nationale chargée de la lutte contre le coronavirus à Tel Aviv, le 1er décembre 2020. (Miriam Alster/FLASH90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, (au centre), lors d'une visite à l'administration nationale chargée de la lutte contre le coronavirus à Tel Aviv, le 1er décembre 2020. (Miriam Alster/FLASH90)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a lancé un appel public à l’ “unité” mardi, exhortant à nouveau le ministre de la Défense Benny Gantz à s’abstenir de dissoudre leur coalition alors que les discussions en coulisses se poursuivent sur un éventuel compromis pour éviter aux Israéliens de devoir se rendre aux urnes pour la quatrième fois en deux ans.

Une motion de censure va être soumise à la lecture préliminaire mercredi. Elle devra encore être approuvée par une commission de la Knesset, puis passer trois autres votes pour entraîner la dissolution officielle du gouvernement.

Deux petits partis de coalition, le Parti travailliste et le Parti Derech Eretz, ont déclaré qu’ils allaient soutenir le projet de loi de l’opposition. Il est probable que Kakhol lavan le soutienne également en lecture préliminaire, augmentant ainsi la menace électorale et espérant inciter le parti Likud de Netanyahu à trouver un compromis.

Le Likud et Kakhol lavan sont à couteaux tirés presque depuis le début de leur alliance en mai, mais les relations entre les deux partis ont atteint leur paroxysme ces dernières semaines, à l’approche d’une échéance budgétaire. Si le budget n’est pas approuvé avant le 23 décembre, le gouvernement tombe automatiquement. Gantz a accusé Netanyahu de refuser d’adopter le budget de l’État pour 2020 et 2021 en une seule fois – conformément à l’accord de coalition – pour empêcher Gantz de devenir Premier ministre en novembre 2021, également conformément à l’accord de coalition.

Le ministre de la Défense Benny Gantz lors d’une conférence de presse, le 24 août 2020. (Oren Ben Hakoon / POOL)

Le seul scénario dans lequel Gantz ne deviendra pas Premier ministre (hormis le fait que Kakhol lavan ait provoqué la chute du gouvernement) est celui où le gouvernement est dissous parce qu’il n’a pas adopté le budget dans les délais prévus.

« J’appelle Benny Gantz à opter pour l’unité et à ne pas dissoudre la Knesset », a déclaré M. Netanyahu lors de sa visite au siège du centre national d’application des restrictions sur le coronavirus, faisant écho à des remarques similaires qu’il avait faites un jour plus tôt. « Nous n’avons pas besoin d’élections en ce moment. Nous avons des résultats. Il y a un réel effort pour réduire la morbidité [du coronavirus], fournir des vaccins à tous les citoyens israéliens, accorder plus d’aide aux entreprises et aux citoyens. Nous devons faire tout cela ensemble. C’est difficile à faire pendant les élections ».

Le Premier ministre a déclaré que des efforts étaient constamment déployés pour éviter des élections, mais a accusé Kakhol lavan de violer l’accord de coalition « dès le premier jour », soulignant le prétendu refus de former une commission qui approuverait les nominations de hauts fonctionnaires.

Cependant, le ministre du Likud Ofir Akunis a déclaré plus tard à la chaîne publique Kan que Gantz « n’est pas digne d’être Premier ministre ».

Benny Gantz (à gauche) et Gabi Ashkenazi du parti Kakhol lavan arrivent pour faire une déclaration commune à Tel Aviv, le 21 février 2019. (Noam Revkin Fenton/Flash90)

Le numéro 2 de Kakhol lavan, le ministre des Affaires étrangères Gabi Ashkenazi, a réagi en s’insurgeant une fois de plus contre le refus de Netanyahu d’adopter le budget de l’Etat pour 2021 et en affirmant que cela portait préjudice au système de santé à long terme.

« Retarder le budget et le retenir en otage des intérêts personnels de Netanyahu nuit à la santé publique et met en danger notre avenir et celui de nos enfants », a-t-il déclaré.

La Douzième chaîne a déclaré que même si les pourparlers officieux entre les parties se poursuivaient, un accord qui éviterait totalement les élections était extrêmement improbable. La chaîne a déclaré que Gantz ne se contenterait pas d’une garantie légale de devenir Premier ministre, alors que Netanyahu n’est pas prêt à conclure un accord qui lui refuserait la possibilité de rompre l’accord de partage du pouvoir par la suite.

Pendant ce temps, la faction islamique religieuse de Raam du parti à prédominance arabe de la Liste arabe unie envisageait de ne pas soutenir le projet de loi visant à dissoudre le gouvernement, dans un contexte de réchauffement des relations entre son leader Mansour Abbas et Netanyahu.

Mansour Abbas du parti Raam donne une conférence de presse après une réunion avec le président Reuven Rivlin à la résidence du président à Jérusalem, le 16 avril 2019. (Noam Revkin Fenton/Flash90)

Abbas a récemment été perçu comme entretenant des liens d’amitié avec Netanyahu et son parti, le Likud, et a laissé entendre qu’il pourrait soutenir le Premier ministre lors de divers votes futurs – notamment en soutenant une loi accordant au Premier ministre l’immunité contre les poursuites judiciaires dans trois affaires de corruption en cours – si Netanyahu prend soin des intérêts de ses électeurs. Il a demandé à son parti de ne pas s’aligner automatiquement sur l’aile gauche par rapport à la droite.

« Ce qui guide les parlementaires de Raam dans leur activité en général, et les votes en plénière en particulier, c’est l’intérêt de la communauté arabe. Nous agissons en fonction des attentes de notre circonscription, et non de celles de la gauche ou de la droite », a déclaré Mansour Abbas dans un communiqué mardi.

Il a ajouté qu’ “une décision finale doit encore être prise” quant à savoir si Raam votera en faveur de la dissolution du gouvernement.

Selon les informations de la Treizième chaîne, lundi soir, le chef de cabinet de Gantz, Maayan Israeli, a parlé avec le chef de cabinet de Netanyahu, Asher Ohayon, et lui a dit que Kakhol lavan « voterait en faveur de la dissolution de la Knesset mercredi ».

Cela donnerait au projet de loi un soutien majoritaire à la Knesset.

Entre-temps, le radiodiffuseur public Kan a affirmé qu’aucune décision finale n’avait été prise et a rapporté que lors d’une réunion de la faction Kakhol lavan, certains membres du parti avaient fait pression sur Gantz pour qu’il la soutienne au moins lors du vote préliminaire, afin de faire pression sur le Likud.

Le Premier ministre d’alternance et ministre de la Défense Benny Gantz (à gauche) et le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors d’un vote pour repousser l’échéance budgétaire et ainsi éviter de nouvelles élections, à la Knesset, le 24 août 2020. (Oren Ben Hakoon / POOL)

Une décision de Gantz de soutenir le projet de loi tuerait tous les espoirs que le ministre de la Défense avait d’assumer le poste de Premier ministre dans le cadre de l’accord de rotation et mettrait un dernier clou à la malheureuse coalition des partis après à peine six mois.

Lundi, Gantz a ordonné à son parti de préparer des propositions pour un certain nombre de lois litigieuses qui n’ont pas le soutien de la coalition, dans une démarche qui pourrait mettre le gouvernement encore plus à l’épreuve.

Selon l’annonce de Kakhol lavan, Gantz avait chargé le parti de présenter trois propositions législatives visant à promouvoir l’égalité des droits : « La Loi fondamentale : Égalité », qui, selon Gantz, « vise à consacrer le droit à l’égalité et l’interdiction de la discrimination » ; « la loi sur la maternité de substitution », qui « élargirait de manière égale le cercle des personnes ayant droit à la maternité de substitution, élargirait le cercle des femmes pouvant servir de mères porteuses, et réglementerait la possibilité de recourir à la maternité de substitution en dehors d’Israël » ; et « La Loi fondamentale : La Déclaration d’indépendance », qui obligerait les juges à « interpréter toute la législation israélienne, y compris les autres lois fondamentales, à la lumière de la Déclaration d’indépendance en tant que document constitutionnel ».

Porter les propositions de Kakhol lavan à la Knesset sans l’accord spécifique du Likud viole une clause des accords de coalition signés entre les deux parties.

Kan a indiqué que les responsables de Kakhol lavan vérifiaient si les membres du parti pouvaient légalement soutenir l’adoption d’une loi à laquelle le gouvernement s’oppose et rester ministres.

Le député Likud Miki Zohar, le responsable de la coalition, a déclaré lundi soir à de nombreux médias que Netanyahu avait l’intention d’honorer l’accord de partage du pouvoir avec Gantz, affirmant que le Premier ministre n’était pas intéressé par des élections pour le moment, et rejetant la faute sur Kakhol lavan.

Cependant, « nous ne craignons pas d’aller aux élections », a-t-il déclaré à la Douzième chaîne.

Raoul Wootliff et Aaron Boxerman ont contribué à cet article.

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