Avec la coalition au bord du gouffre, Gantz renforce les pressions sur Netanyahu
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Avec la coalition au bord du gouffre, Gantz renforce les pressions sur Netanyahu

Le chef de Kakhol lavan demande au parti de présenter des lois controversées sans le soutien du Likud, une initiative qui pourrait renverser le gouvernement

Raoul Wootliff est le correspondant parlementaire du Times of Israël

Le ministre de la Défense Benny Gantz, Premier ministre d'alternance, en visite à la mairie de Jérusalem, le 10 novembre 2020. (Yonatan Sindel/Flash90)
Le ministre de la Défense Benny Gantz, Premier ministre d'alternance, en visite à la mairie de Jérusalem, le 10 novembre 2020. (Yonatan Sindel/Flash90)

Dans un contexte de spéculations croissantes portant sur un retour rapide des Israéliens aux urnes pour la quatrième fois en moins de deux ans, le ministre de la Défense Benny Gantz a ordonné à son parti Kakhol lavan, lundi, de présenter des propositions concernant un certain nombre de lois polémiques qui n’ont pas l’appui de la coalition – une initiative qui pourrait renverser le gouvernement.

Cette annonce faite par Kakhol lavan, qui survient deux jours avant le vote prévu d’une motion de censure à la Knesset, a précisé que Gantz avait demandé à sa formation d’avancer trois propositions législatives : « La loi fondamentale : égalité » qui vise, selon Gantz, « à ancrer le droit à l’égalité et l’interdiction des discriminations » ; « la loi sur la GPA » qui « élargira le cercle des personnes autorisées à recourir à la GPA, élargira le cercle des femmes pouvant devenir mères porteuses et régulera la possibilité de recourir à une GPA hors des frontières d’Israël » et « la loi fondamentale : la déclaration d’indépendance » qui exigera de tous les juges « d’interpréter toute la législation israélienne – et notamment les autres lois fondamentales – à la lumière de la déclaration d’indépendance en tant que document constitutionnel ».

Suite à l’annonce, le parti du Likud a fait savoir que le Premier ministre Benjamin Netanyahu ferait une « déclaration spéciale » sur la possibilité d’organiser des élections anticipées.

S’exprimant au début de sa réunion de faction du Likud, Netanyahu a indiqué que sa formation n’apporterait pas son soutien immédiat à des initiatives de dissolution de la Knesset et qu’elle voterait cette semaine « contre de nouvelles élections et pour l’unité du peuple d’Israël », ce qui est nécessaire, selon lui, pour s’attaquer à la pandémie de coronavirus et pour conclure d’autres accords de normalisation avec les Etats arabes.

« Mercredi, l’opposition va tenter d’entraîner Israël vers des élections non-nécessaires. Le Likud votera contre les élections et en faveur de l’unité, a-t-il dit.

Il a ajouté que « les citoyens d’Israël ont besoin d’un gouvernement qui agit non pas pour les élections, non pas pour la politique mais plutôt pour eux ».

La présentation des propositions de Kakhol lavan à la Knesset, sans accord spécifique conclu avec le Likud, est une violation d’une clause contenue dans les accords de coalition qui ont été signés entre les deux parties. Mais cette initiative semble surtout avoir été prise pour forcer le Premier ministre Netanyahu à se manifester.

Jeudi dernier, Netanyahu avait déclaré « qu’avec des accords qui ne sont pas respectés par Kakhol lavan, il n’y a aucun doute sur le fait que nous nous dirigeons actuellement vers des élections ».

« Si nous constatons une approche différente du côté de Kakhol lavan et qu’une coopération est mise en place au sein du gouvernement – au lieu de voir fonctionner un gouvernement à l’intérieur du gouvernement – alors nous pourrons continuer à travailler ensemble. Si ce n’est pas le cas, tout le monde peut comprendre que cela nous entraînera vers de nouvelles élections, avait poursuivi le Premier ministre.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à une cérémonie après l’atterrissage du premier vol commercial fydubai, à l’aéroport Ben Gurion, le 26 novembre 2020. (Crédit : Avi Ohayun/GPO)

Selon les dispositions de l’accord de coalition signé entre le parti du Likud, avec à sa tête Netanyahu, et Kakhol lavan, les deux parties avaient accepté d’adopter un budget couvrant l’année 2021. Netanyahu insiste toutefois aujourd’hui sur le passage de deux budgets séparés pour 2020 et 2021, l’échec à approuver un budget lui permettant de ne pas céder le poste de Premier ministre à Gantz – ce que l’accord exige également – en entraînant des élections anticipées.

Si la question budgétaire n’est pas résolue d’ici la fin décembre, un nouveau scrutin serait immédiatement organisé – le quatrième en deux ans.

Frustré par cette impasse politique, Gantz avait fait savoir, au début du mois, qu’il avait demandé à son parti de rassembler « tous les projets de loi qui feront avancer l’égalité, la lutte contre la corruption et les autres valeurs qui nous sont chères ».

Répondant à l’annonce de Gantz, Avigdor Liberman, président du parti d’opposition de droite Yisrael Beytenu, a déclaré lors d’une rencontre de faction, lundi, que les propositions législatives n’étaient « rien d’autre qu’un écran de fumée ».

« Gantz n’a pas vraiment l’intention de promouvoir ces lois : ce qui l’intéresse, c’est le bruit médiatique. Sinon, comment expliquer le fait qu’il ait mentionné ces lois précisément pendant la semaine où une loi visant à dissoudre la Knesset sera proposée ? », a déclaré Liberman.

Lors de la rencontre de sa faction Yesh Atid-Telem, le chef de l’opposition Yair Lapid a vivement recommandé à Gantz d’appuyer sa proposition de dissolution de la Knesset et d’appeler à l’organisation de nouvelles élections, une proposition qui doit être votée mercredi.

« En 48 heures, nous pouvons mettre un terme à ce qui a été le pire gouvernement de toute l’histoire du pays. Dans 48 heures, nous voterons une loi sur la dissolution de la Knesset », a dit Lapid.

Le chef du parti Yesh Atid, Yair Lapid, à la tête d’une réunion de faction à la Knesset, le 30 novembre 2020. (Crédit : Yesh Atid)

Il a appelé Kakhol lavan – qu’il avait dirigé pendant trois campagnes électorales mais dont il avait fait scission suite à la décision prise par Gantz de rejoindre un gouvernement placé sous l’autorité de Netanyahu – à cesser d’être « complice » du Premier ministre.

« Vous aviez de bonnes intentions : cela n’a pas marché. Il est maintenant temps de s’amender », a dit Lapid. « Vous ne prenez pas part à un gouvernement d’unité mais à un gouvernement corrompu, hypertrophié, qui entraîne des dégâts incroyables dans l’économie israélienne. Le taux d’infection augmente à nouveau… Nous avons besoin d’un gouvernement qui travaillera dans l’intérêt des citoyens d’Israël. »

Le ministre des Sciences Izhar Shay de Kakhol lavan a indiqué jeudi qu’il y avait une « bonne chance » que son parti vote en faveur de la motion de censure, renversant ainsi la coalition et entraînant officiellement le pays vers un nouveau scrutin.

Gantz a refusé de dire si Kakhol lavan soutiendrait la loi. Son parti réfléchirait à présenter son propre projet de loi pour dissoudre la Knesset pour éviter de devoir attribuer à Yesh Atid le mérite de cette initiative. Il est probable que le texte de Lapid ne serait pas adopté sans le soutien de Kakhol lavan.

Pour sa part, la députée de Yamina Ayelet Shaked a noté que son parti de droite religieuse soutiendrait le projet de loi de dissolution du parlement de Lapid, alors que le gouvernement semble être arrivé au bord du gouffre.

Shaked a expliqué, la semaine dernière, que sa formation était dorénavant une « alternative au leadership » du Likud, disant que les Israéliens étaient fatigués de « ces partis en échec qui dirigent actuellement le pays ». Le leader de Yamina, Naftali Bennett, est « capable, il est digne de confiance et c’est lui qui doit être le prochain Premier ministre », a-t-elle ajouté.

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