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L’armée enquête sur un soldat qui aurait lancé des pierres sur un journaliste

Des journalistes de Haaretz disent avoir été attaqués près du village bédouin de Khan al-Ahmar, qui doit être bientôt évacué

Vue générale de l'endroit où les habitants du hameau bédouin de Khan al-Ahmar sont censés s'installer, près du village d'Abu Dis en Cisjordanie, le 30 septembre 2018.(Crédit : AP Photo/Majdi Mohammed)
Vue générale de l'endroit où les habitants du hameau bédouin de Khan al-Ahmar sont censés s'installer, près du village d'Abu Dis en Cisjordanie, le 30 septembre 2018.(Crédit : AP Photo/Majdi Mohammed)

L’armée israélienne a annoncé mercredi qu’elle ouvrirait une enquête sur un incident impliquant un soldat qui aurait jeté des pierres sur un groupe de journalistes non loin du village d’al-Eizariya, en Cisjordanie, où ils travaillaient sur le démantèlement d’un site prévu pour les futurs évacués de Khan al-Ahmar.

L’équipe du journal Haaretz affirme que le soldat a jeté cinq pierres, qui n’ont pas fait de blessé ni endommagé de matériel.

Les journalistes ont expliqué qu’un entrepreneur civil qui travaillait sur place leur a demandé de se déplacer. Ils se sont retrouvés dans une rue adjacente. Ils ont décliné leur profession à des soldats qui patrouillaient dans la zone. Ces soldats ne sont pas impliqués dans l’incident.

Deux employés, dont l’un affirmait travailler pour l’administration civile, ont commencé à insulter les journalistes.

Ces derniers ont raconté que peu après, un soldat est apparu et a commencé à leur jeter des pierres. Il aurait tenté de s’évader pour ne pas être pris en photo, mais le journaliste a réussi à le photographier et a publié le cliché sur Twitter peu après.

L’armée a déclaré à Haaretz que le soldat avait agi « contrairement aux valeurs qui sont attendues de lui au sein de l’armée, et l’incident fera l’objet d’une enquête et sera traité par ses supérieurs ».

Une source a confié au journal que les employés qui travaillent sur le site ont récemment été menacés par les Palestiniens dans la région, notamment par des responsables de l’Autorité palestinienne (AP), qui s’opposent à la construction de nouveaux logements, ce qui explique le contexte tendu.

La semaine dernière, Israël a indéfiniment reporté la démolition de Khan al-Ahmar, sans fixer de date sur une décision confirmant ou infirmant l’opération.

Le bureau du Premier ministre affirme que ce report permettra de négocier avec les résidents du hameau et d’envisager plusieurs propositions sur le sort de ce village. La radio militaire a signalé dimanche que cette décision découlait d’une offre des résidents de se relocaliser volontairement dans un site proche.

Le mois dernier, la Haute cour a rejeté le dernier appel déposé par les résidents, et les autorités se préparaient à raser le hameau et à évacuer les résidents à quelques kilomètres de là, dans la ville palestinienne d’Abu Dis, près d’al-Eizariya. Cette décision avait valu à Israël une vague de condamnations.

Des manifestants brandissent des drapeaux palestiniens pour protester contre la démolition du village bédouin de Khan al-Ahmar, en Cisjordanie, le 4 juillet 2018. (Crédit : AFP Photo/Abbas Momani)

Le site de relocalisation est relié au réseau d’eau, d’électricité et d’évacuation des eaux usées, et dispose d’une école construite avec de l’huile de friture de falafel et des pneus boueux séchés. Cette école, qui remplace une institution financée par l’Italie, est devenue un symbole de ce village.

Mais les résidents de Khan al-Ahmar – ils sont au nombre de 180, selon les Nations unies – se sont vivement opposés à la relocalisation, affirmant qu’ils n’ont jamais été consultés, que l’emplacement ne convient pas à leur mode de vie rural, et qu’il est situé à côté d’une décharge. Ils auraient été mis en garde par les résidents d’Abu Dis afin de ne pas s’y installer.

Ils n’ont également manifesté aucun intérêt pour l’autre projet de relocalisation, proposé il y a deux mois, situé non loin de l’implantation de Mitzpe Jericho et d’une usine de traitement des eaux usées.

Israël affirme que Khan al-Ahmar a été construit illégalement et que ses maisons sont situées trop près d’une autoroute. Les autorités israéliennes soulignent que la démolition a été approuvée par des tribunaux indépendants.

Les villageois, qui y vivent depuis les années 50, après avoir été évacués du Neguev par l’Etat, répliquent qu’ils n’avaient pas d’autre choix que de construire sans autorisation, car les permis ne sont quasiment jamais accordés aux Palestiniens dans les régions de Cisjordanie où Israël exerce un contrôle sur les affaires civiles, comme c’est le cas à Khan al-Ahmar.

Ils maintiennent également que cette démolition vise à permettre l’agrandissement de l’implantation voisine de Kfar Adumim, afin de créer un bloc israélien depuis Jérusalem jusqu’à la mer Morte. Certains détracteurs affirment que cela sectionnerait la Cisjordanie, réduisant à néant les possibilités d’un État palestinien contigu.

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